‹ Le chasseur taupierChapitre 9 sur 73 · DES DIVERS MOYENS DE FAIRE LA CHASSE AUX TAUPES · texte numérisé non relu

DES DIVERS MOYENS DE FAIRE LA CHASSE AUX TAUPES

Moyens de faire fuir les Taupes du lieu où elles se sont

gtablies.

Si j'indique Les moyens qu’il faut employer pour chasser les taupes d’un champ, ce n’est pas pour inviter les cultivateurs à les suivre; ‘je n’admeïtrai jamais ce principe d’ésoïsme qui nous fait sacrifier les intérêts d'autrui pour les nôtres , et, dans ce cas, ce principe est trop dangereux , même pour celui qui le met en pratique , pour se permettré de le tolérer; en envoyant chez le voisin ce qui peut lui uuire, le voisin naturellement en agira de même à votre égard , et par cet échange de mauvais services, on laissera exister long-temps ce qui incommode et nuit à l’un et à l’autre.

Je veux donc montrer dans ce chapitre , que les moyens infailubles que l’on emploie pour chasser les taupes, offrent rarement des résultats heureux ; que ces animaux ne font que changer un moment de domicile , lorsque la terre d’où on les chasse est douce , légère et abondamment pourvue de vers ou de larves , et que, pareils aux oiseaux de passage, 1ls reviennent dans la conirée qui leur plaît, apres

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que les causes qui les avaient éloignés n'existent plus. Les

horticulteurs du siècle passé ont inventé beaucoup de recettes et donné beaucoup de procédés pour chasser les taupes d’un héritage ; les uns recommandent de ficher dans leurs galeries de petits bâtons de sureau, ou de jeter dans leurs trous de petites branches de saule, du chanvre vert, de la poirée, de l’ognon, de la fiente de cochon, etc.; les autres donnent comme infaillibles les écrevisses pourries, répandues autour des taupinières, et les noix bouillies avec du sel et du sulfate de fer. Paxanus conseille de placer dans leurs trous un petit vase étroit et solide, et d'y mettre de Ja paille avec de la résine de cèdre , ou, selon Paladius, de la cire; enfin on chasse les taupes d’un champ avec de l'acide sulfureux, avec tous les gaz qui ont une odeur forte et pénétrante, avec l’eau, la fumée de bois ou celle des herbes aromatiques ; pour cela, on enlève les taupinières, on fait des coupures à travers les boyaux et les galeries , et l’on brûle, dans ces espèces de tranchées, le soufre, la plante ou le bois dont on veut se servir, en ayant la précaution de diriger la vapeur ou la fumée dans l'intérieur des bovaux. On complète l'opération en poussant la matière inflammable en ignition, et à moitié consamée , dans les boyaux, et en fermant les ouvertures : si le domicile de la taupe est peu profond, souvent ces moyens suffisent pour étouifer l'animal ; mais on ne doit pas compter là-dessus, on doit s'attendre seulement que lorsque la taupe ira visiter ses galeries, elle se trouvera surprise par une odeur suffocante, etqu'elle cherchera à s'échapper : c’est ce qui arrive toujours. Un taupier de Paris, nommé Calme , imagina, il y a une quarantaine d'années, un appareil pour introduire

dans les réduits des taupes les fumigations de soufre et de tabac, afin d’étouffer ces animaux ou de les faire fuir ; voici comment il est construit : à la clayère d’un soufflet à deux âmes, et un peu fort, est ajusté un fourneau de cuivre ovale, qui reçoit des charbons allumés, semés par-dessus de soufre ou de tabac à fumer ; l’on visse , à l'extrémité de ce pétit fourneau, un bout de tuyau de forme cônique , qui sert à diriger , dans le réduit de l’animal, la fumée qu’entretient le jeu du soufflet. J’ai fait différentes épreuves avec les recettes indiquées par les auteurs, elles m'ont toutes réussi, je veux dire que les taupes ont fui de la pièce de terre où je les ai atfaquées; mais elles sont revenues le printemps suivant : Je vais citer un exemple pour prouver cette vérité. Dans un pré qui contenait cinquante-six taupuuères, et dans lequel je soupçonnais la présence de douze à quinze taupes, je fis expérience suivante : j’enlevai avec une bêche toutes les taupinières jusqu’à leur tuyau de commumication , après m'être assuré de la direction du passage souterrain ; je fis quelques incisions à deux ou trois pieds des taupimières ct sur le passage de la taupe ; J’enlevai soioneusement la terre que j'avais fait tomber en creusant, “afin de bien mettre à découvert les trous des boyaux et des galeries que j'avais incisés, et entre ces coupures je fis brüler des feuilles de noyer et des pelures vertes de noix que je trouvai sous ma main ; j’eus soin, pendant la combustion, de boürrer l’intérieur des trous avec la matière inflammable en ignition, et de fermer les ouvertures; cette opération dura plusieurs heures ; le lendemain matin je visitai le pré, et je trouvai sur le sol, par-ci par-là, non pas les taupinières ouvertes, parce que je les avais fermées avec des

ET. A feuilles de noyer à demi-consumées, mais des trous parfaitement ronds et sans monticules; je soupçonnai alors que ces animaux avaient fait dans la nuit ces nouvelles issues , et qu’ils s’en étaient échappés ; et en effet, de toute la saison je ne vis dans ce pré n1 taupes , ni ouvrage qui püt indiquer leur présence ; mais dans les pièces de terre voisines du pré, quelques taupinières furent élevées ; le taupier de la ferme , qui vint alors faire sa tournée, tua une partie des taupes qui les avaient formées , et 11 m’assura , lorsque je lui fis le détail de mon opération, que l’année suivante le pré serait de nouveau infecté de taupes, qu’elles feraient de nouvelles taupinières et de nouveaux souterrains; je vis alors que je n'avais fait que reculer le mal pour le rendre plus grave, car ce que me prédit le taupier fut à la lettre, et le printemps suivant les taupes vinrent prendre résidence dans le pré, et y firent de nouveaux ravages; cet exemple doit suffire pour ôter aux eultivateurs l’envie de faire fuir les taupes de leur héritage , et ils doivent se convaincre que le meilleur moyen de s’en débarrasser ou de les rendre moins nombreuses, c’est d’en faire périr le plus que l’on peut. |

Lorsqu'on veut faire déloger une taupe de son domucile par le moyen de l'eau, on s’assure du nombre des taupimères qu'elle a faites, on les enlève, on creuse un peu avant dans la terre pour mettre bien à découvert leurs boyaux , et on verse dans chacun une quantité d’eau assez grande pour qu’elle pénètre jusque dans l’intérieur du domicile; ce moyen ne réussit que lorsque le réduit de la taupe est pen profond, et qu'il m'a pas de nombreuses ISSHES.

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Des substances végétales et minérales que lon emploie pour faire périr les taupes ; de la manière de les mettre en usage, et de l’opinion que l'on doit avoir sur les

appaits empoisonnés.

Quelque bien établie que soit, dans les campagnes, l'idée qu'on peut détruire beaucoup de taupes avec les substances végétales vénéneuses, je puis affirmer qu'elle est loin d’être fondée : sans doute la ciguë , le stramonium , la belladonne, le tabac feraient périr les taupes, si ces animaux pouvaient s’en nourrir ou se laisser surprendre par des appats imprégnés du suc de ces plantes, mais 1} est prouyé'que , loin d'en faire usage , elles les ont en horreur. Sous quelle forme que soient les poisons végétaux, ils portent avec eux une odeur forte et nauséabonde qui inspire le dégoüt à presque tous les quadrupèdes; les msectivores et les herbivores sont comme les hommes, ils savent choisir leurs alimens , et ceux qui sont les plus frais et qui leur plaisent le mieux, sont ceux qu'ils préfèrent. Les taupes sont très délicates, tout aliment qui n'est pas frais et naturel ne leur plaît pas; elles sont aussi très sobres, peu de chose contente leur appétit, et la variété des plats n'est pas ce qu'elles recherchent ; tout leur apprèêt gastranormique ne se compose que de quelques vers et de quelques racines qu elles trouvent abondamment dans l’intérieur de la terre : de-là vient l'indifférence qu’elles montrent pour tous [es appâts quon leur donne. Je soutiens donc que les plantes vénénenses et narcotiques ne sont pas

Me: RS propres à faire périr les taupes, parce que ces animaux

ne Îcs mangent pas parce que leur incorporation dans l'aliment qu'on veut empoisonner suffit pour les leur faire dédaigner ; je ne crois pas non plus que les noix bouillies dans unc forte lessive soient propres à cet usage , car la décoction que la noix a subie dans un véhicule alcalin, lui donne un goût désagréable et une odeur repoussante, en sapomsant sa parie huileuse; plusieurs expériences faites à ce sujet m'ont convaincu de la vérité de ce que j’avance. Le secret d’empoisonner les taupes par les noix bouillies dans la lessive, a été donné par les nommés Mitchet et Habattre, habitans d'Ostubac, dans la Basse- Bretagne , comme un des meilleurs moyens pour les détruire; ils prétendent s'être exercés pendant deux ans à faire périr les taupes qui désolaient leurs terres, et qu'ils y ont parfaitement réussi. Il est étonnant qu'en Bretagne les taupes aient des goûts différens de celles des environs de Paris. J’ai fait plus d’un essai, tant avec les noix bouillies qu'avec d’autres poisons végétaux, et Je n'ai jamais eu lieu d'en être satisfait : voici ce que je peux affirmer. Jai choisi cinq taupinières séparées les unes des autres, et contenant chacune une taupe mâle , je les ai enlevées avec la houe, pour bien m'assurer de quel côté était le boyau communicateur des galeries ; j'ai fait, à deux pieds de la taupinière , deux incisions à ce boyau , et j'ai placé aux deux extrémités de chaque coupure, savoir : à la première taupmière, de la ciguë, du stramonium et de la racine d’ellébore fraîchement cueillis ; à la deuxième, j'ai mis des squammes fraiches d’ognons de colchique, des peilicules blanches de purreau et de racine du Sceau de Salomon, saupoudrées

légèrement de ciguë et de jusquiame ; à la troisième, j'ai mis des vers de terre tout vivans et des chenilles, et j'ai répandu , dans l’intérieur du boyau, de la poudre dénà citée, afin que ces animaux puissent s’en couvrir en rampant dessus; à la quatrième, j'ai mis des larves de hannetons et de chenilles, entre l’épiderme desquelles J'avais introduit de la même poudre; dans la cinquième, j'ai mis des noix qui avaient été bouillies dans une forte lessive , et des boulettes faites avec des vers et des larves imprégnés du suc de belladonne ; j'ai laissé ces appâts pendant cinq jours dans l’intérieur du boyau , et , au bout de ce terme , je les ai trouvés intacts et tels que je les avais mis, excepté les vers qui s’étaient enfuis. Deux taupes seulement avaient abandonné leur domicile. J’ai plus d’une fois mis d’autres appâts qui cachaient d’autres plantes vénéneuses, telles que le tithymale et la chélidoine, etc., etc., et j'ai presque toujours eu le même résultat. Je dis presque , car une fois ayant amorcé les trous de deux taupes avec un appât dont la reccttese trouve dans le Dictionnaire économique de Chomel , rédigé par Delamarre, les taupes le mangèrent, et une d’elles mourut dans son réauit. Voici la recette : prenez de la racine d'ellébore ou de l'écorce de cynocrambe { mercuriale sauvage }, ou d'apocyn, pilée et tamisée, et l'ayant bien arrosée de farime d'orge et d'œuf, détrempez, pétrissez le tout avec du vin et du lait, coupez-le en petits morceaux , et jetez-les dans les trous. J’attribue au goût particulier que les taupes ont pour l'orge et les œufs cet appat. |

, ia réussite de

TE Du Voici une autre recette qui, dans son temps, a été don-

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née comme imfailhible : prenez autant de noix qu'il ÿ a de trous de taupes, avec une poignée de cigue , et faites bouillir le tout une heure et demie dans de l’eau; faites-en des espèces de boulettes , ou si la pâte est trop liquide, mettezen sur un morceau d’ardoise dans les trous. Tous ces appâts, je le répète, restent le plus souvent dans les trous des taupes sans étretouchés ; on a plus d'avantage et plus de succès d'apprêter les appâts pour les taupes avec des poisons minéraux. Saupoudrer légèrement d’arsénic le blanc d’un porreau frais, un ognon de colchique, ou bien des vers de terre, ou quelques grosses larves de hannetons, placez-les aux extrémités des coupures que vous avez faites aux galeries, et l’animal viendra de temps en temps se prendre ; mais comme nous l'avons fait observer, la taupe est déheate, elle préférera toujours les alimens naturels qu’elle trouve en fouillant la terre, à ceux que lui apprête une main étrangère. Les expériences que j'ai faites à ce sujet m'ont couvaincu que les substances végétales vénéneuses sont d’un très petit secours pour détruire les taupes, que l'on réussit mieux avec les poisons minéraux; mais qu'il vaut mieux employer , pour les détruire, les moyens naturels et les piéges.

Méthode naturelle de prendre les taupes.

j'appelle ainsi le moyen de surprendre la taupe dans son travail, et de s’en rendre maître, en lui coupant tout moyen de communication avec son réduit , par un coup de bèche ou de houe que l’on donne à un demi-pied de terre dans le boyau qu'elle établit.

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Je sais les éloges mérités que l’on donne à la manière de prendre les taupes de Lafaille ct de Lecourt ; j'apprécie les connaissances pratiques de d’Aurignac, que M. Dralet nous a fait connaître, et je me dispose à consacrer un article à chacune de ces méthodes ; mais , Je dois le dire , la manière simple et facile dont les jardmiers et les gens de la campagne prennent les taupes, si elle n’est point la meilleure, doit être la plus généralement suivie; car, indépendamment qu’elle est bonne , elle abrège le temps , et n’entraîne ni embarres ni dépenses; cette méthode, du reste, est la plus ancienne de toutes, le cultivateur, en tout temps, s’est occupé à prendre ou à chasser de son héritage les taupes, lorsqu'elles lui étaient trop mcommodes, et il ne s’est jamais servi de piéges ni de filets; encore aujourd’hui les jardiniers et les cultivateurs ne font usage que de leur bêche ou de leur houe pour détruire les taupes, etles paysans du midi de la France sontsi habiles à cette chasse, que sur douze où quinze taupes qui habitent dans un pré, ils vont gager de n'en pas manquer une. Comment font-ils? me diront ceux qui ne savent sc servir que de piéges et de filets. As font à-peu-près comme quand le chat guette la souris : quand ils ont aperçu, dans leur jardin ou dans leur terre, une taupinière fraichement élevée quirécèle uñe taupe , ils prennent l'heure où cet animal travaille , ils vont se blottir tout à côté de sa nouvelle fortification , et au moindre mouvement de l’ouvrier, ils lancent un coup de bêche à un demi-pied de terre, du côté opposé où ils ont aperçu que la taupe rejetait son déblai, et ils trouvent ordinairement dans la motte qu’ils soulèvent , l'animal qui ne peut leur échapper; si, comme cela leur arrive quelquefois, il

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leur échappe , ils abaissent la taupimière et ils attendent la {aupe à son retour au travail; souvent ils n’ont pas la peine d'attendre long-temps, car elle vient tout aussitôt au’elle s'aperçoit qu'on a détruit sa taupinière.

Si la demeure de la taupe qu'ils poursuivent a plusieurs taupinières , ils les affaissent toutes en piétinant dessus , et ils restent en sentinelle. Les taupes, pour ne pas aimer mi le grand Jour ni le grand air, n’ont pas moins besoin, pour vivre, de la présence de l’air atmosphérique qui leur arrive du trou de la taupinière par les nombreuses galeries; lorsque cet air est intercepté , elles ne manquent pas de se diligenter pour lui ouvrir une issue , et lorsqu'on ferme leurs taupinières , on les voit bientôt paraître et pousser la terre. D’un autre côté, la taupe est amie de la ütberté : du moment qu’on obstrue une des routes qu’elle s’est tracées, ele n'a rien de plus empressé que de la réparer; cette constante manière d'opérer rend facile la prise de ces animaux, car 1l suffit de faire des coupures à leurs galeries ou de détruire leurs taupinières, pour les voir accourir réparer le dommage , et alors il est d'autant plus facile de s’en rendre maître, qu’elles sont plus ardentes au travail , et, par conséquent, moins méfiantes. Ainsi, on peut prendre les taupes par la méthode naturelle, au moment de leur travail, en comblant leurs taupinières ou en faisant des coupures à leurs galeries : dans l’un ou dans l’autre cas, 1l suffit de les guetter en silence, et de leur «couper toute communication avec leur souterrain, On serait presque toujours sûr de prendre une taupe qui travaille à un assemblage de taupinières, si on voulait prendre la peine de les

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enlever toutes et de découvrir tous les boyaux ; mais ce procédé est trop long et trop pénible ; cependant on le met quelquefois en pratique pour détruire les nids des taupes : lorsqu'on a découvert un de ces nids à l’époque du part, plusieurs hommes, munis de bêches , se placent autour de ce gîte , et à un signal donné 1ls coupent toutes les galeries qui communiquent avec le foyer paternel, ensuite ils l’attaquent et détruisent la taupe avec ses petits.

De la manière de prendre les taupes avec des chiens.

Childrey , dans son Histoire des singularités d'Écosse, dit qu'il y a, auprès de Portsmouth, une race de petits. chiens dont on se sert, en ce pays, pour faire la guerre aux taupes ; je puis assurer que presque toutes les espèces de chiens peuvent être employées à cet usage; il suffit de les dresser comme il convient. J'avais, lorsque j'habitais le Dauphiné, un chien noir, le ventre blanc, à poil ras et luisant , de moyenne taille, qui avait un talent singulier pour prendre les taupes, et je puis dire qu'il réussissait beaucoup mieux que les taupicrs de la contrée. Le matm, à l'heure que les taupes travaillent, je l’amenais dans un pré où je savais trouver des taupinières fraiches ; arrivé sur le pré, lui-même reconnaissait les plus propres à être attaquées , 1l se couchait à côté, et attendait que la terre remuât assez fort pour lui annoncer la présence de la

taupe; dans le moment il sautait sur le tas de terre, et

avee ses pattes et son museau il enlevait la terre et l’ani-

mal ; ayant une fois réussi, il fallait qu’il en eùt plusieurs, et je lui en ai vu prendre six et huit certains jours, selon les terrains et la température ; cependant il n’en à jamais mangé, mais il les tüait et les lächait seulement quend elles ne bougeaient plus.

Pour dresser les chiens à prendre les taupes , il faut les prendre fort jeunes ; on les amène pendant la saison qu’elies travaillent le plus, dans une pièce de terre où se trouvent beaucoup de taupinières , on lui fait parcourir toute la pièce de terre deux ou trois fois, pour lui en faire prendre le flair, et après on le laisse en arrèt auprès d’une taupimière fraiche et isolée, que l’on a préalablement affaissée; la taupe ne manque pas de venir réparer sa fortification, le chien qui la guette , se jette sur elle au moment qu'il l’aperçoit; dans les premiers jours il manque ordinairement sa proie, mais par la suite il devient plus adroit et plus avisé , et sans s'amuser à fixer le centre de la taupinière par où sortent les miettes de terre que la taupe rejette , 1l

pousse la faupinière avec son museau et fait sauter la taupe sur le pré.

Des armes à feu, comme moyen de détruire les taupes.

Je ne crois pas que les armes à feu soient d’une grande utilité pour détruire les taupes, et ce qui me fait penser ainsi, ce sont les raisons que plusieurs avancent pour les admettre comme un moyen de destruction : M. Dralet, dans un article intitulé : Supplément à l'Art du Taupier ,

inséré dans la feuille du Cultivateur de l'an 6, s'exprime ainsi à ce sujet : Lorsque la taupe forme des taupinières dans un carreau de jardin , ou dans tout autre terrain que l’on craint d’endommager par des incisions , on a recours aux armes à feu ; pour ne pas perdre son temps inutilement, il faut guetter la taupe aux heures indiquées, charger un fusil à petit plomb, et tirer presque à bout portant; par ce moyen, si l’animal échappe au plomb, il peut être étoufté par la fumée; mais il faut avoir la précaution de diriger votre coup vers l’endroit d'où la taupe apporte la terre; pour connaître cet endroit, enlevez d’abord avec la bêche Ja taupmière, et creusez-la Jusqu'à ce que vous trouviez les boyaux qui y aboutissent; la taupe viendra réparer ces dégâts, vous verrez de quel côté elle apporte la terre à l’endroit endommagé , et c'est vers ce côté que vous devez diriser le coup. Si les armes à feu ne sont utiles que dans le cas dont parle M. Dralet, 1l est en fait qu’elles ne remplissent pas le but qu’on se propose, puisque, en enlevant la taupinière et en creusant jusques aux boyaux communicateurs, on fait le dommage que l’on voulait éviter; d’un autre côté, si la taupe ne sort pas de terre pendant son travail , très certainement on la manquera, et si le plomb ne peut l'attemdre, à coup sûr ia fumée ne l’atteindra pas mieux ; et puis enlever la taupinière, la creuser jusques aux boyaux , attendre que la taupe vienne réparer le dommage, tout cela demande du temps et de la peine, et le procédé, à mon avis, est loin de valoir ia méthode raturelle, qui se borne à donner un coup de houe à la gorge du boyau où la . taupe souffle,

Afanière de prendre les taupes avec de petits faisceaux de

bois épineux.

On sait que la taupe, blessée au sang, meurt presque toujours ; cela à fait naître l’idée de mettre dans les galeries d’une taupe, de petits faisceaux de bois épineux, afin que l’animal, obligé de passer à travers , puisse se blesser et mourir : voici comment s'exprime l’auteur de ce procédé , dans la Bibliothèque physico-économique : «Il faut fouiller un peu la terre sous ces petites éminences fraîchement remuées, connues sous le nom de taupinières ; on y trouvera une ligne de conduite horizontale; il faut bien nettoyer les deux avenues et placer au fond de chacune un petit faisceau de ronces choisies, dont les épimes soient fortes et bien aiguës, de la longueur de quatre à cinq pouces, et de grosseur suffisante pour remplir exactement la capacité de ce boyau souterrain, après quoi l’on remet de la terre que l’on foule un peu avec le pied; la taupe, en suivant la route qu’elle s’est tracée, vient s’y piquer et périt.

On pourrait y substituer de petits bâtonnets garnis de pointes de fer par leurs deux bouts, ce qui serait plus dispendieux, mais plus certain. Dans l'ouvrage de M. Mortimer , intitulé : Agriculture complète , ou l'Art d'améliorer les Terres, il est fait mention d’une taupière à-peu-près semblable. On se sert, pour cette sorte de piége, ou de l'églantier, ou de l'épine blanche; les habitans du Velau ne prennent les taupes que de cette manière.

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Manière &e prendre les taupes avec un pot de terre.

Ce moyen nous a été conservé par Olivier de Serre, et tous les auteurs qui ont parlé sur l’art de prendre les taupes l’ont répété : si je le rappelle à mon tour , c’est que je crois qu'on peut le mettre avantageusement en usage, en mars eten avril, époque où les taupes se recherchent pour s’accoupler.

Pour préparer le piége comme f convient, on se munit d’un pot de terre vernissé à l’intérieur, ou plus étroit en haut qu’en bas, et assez profond, fig. 11 ef 12, afin que l'animal n’en puisse sortir; on place dans le fond une taupe femelle, et on va l’enfoncer dans un pré jusqu’à fleur de terre ; cette opération se fait le soir; on doit chercher, pour placer le pot, un pré ou une pièce de terre où il y ait beaucoup de trous de taupes; dans la nuit, la femelle, qui se trouve emprisonnée, ne manque pas de crier et d'appeler à elle les taupes ses voisines, qui, ordinairement, accourent et se précipitent dans le pot, où elles sont obli-

gées de rester.

Ou peut les atlirer aussi, en mettant des écrevisses vivantes dans le pot. C’est ainsi qu’on prend les taupes dans

plusieurs cantons de la Suisse.

Un propriétaire, qui avait un champ que les taupes désolaient , s'avisa de faire des trous en terre pour y placer

des pots un peu prefonds , comme , par exemple, une cru-

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