‹ Le Château d'AarauChapitre 13 sur 28 · ADDRICH DES MOUSSES · texte numérisé non relu

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coure alors à son poste! mais auparavant prenons une décision, pour agir tous de concert : car c'est dans ce but que nous nous sommes réunis dans ce pays.écarté des Mousses.

— Eh! Leuenberg, dit Renold avec ironie, que tu reçois froidement ce message! On dirait que ces paroles tombent sur ton visage comme de päles flocons de neige.

— Que ne vois-tu pas ? repartit Leuenberg avec un rire forcé. Des étincelles te sautent-elles par hasard aux yeux? Allons, messieurs, au fait. Le temps est trop précieux pour le perdre en mauvaises plaisanteries.

« Hâte-toi, père Ulli! donne le coup d'alarme et marche avec ton monde sur le Rhin contre la ville de Bâle. Ses riches habitants ne sont pas pour la guerre, s'ils ne peuvent pas la faire avec des balles d’or et d'argent. Le premier qui se présente , soit ami, soit ennemi, ils lui apportent les clefs de la ville, pourvu qu'on ne leur demande pas celles de leurs coffresforts |

« Toi, Renold, tu resteras près d’Addrich et tu organiseras avec les autres capitaines le landsturm de l’Argovie.

« Quant à toi, brave Christen Schybi, dont le nom connu de tout le monde est prononcé avec respect par les femmes et les enfants dans les montagnes et les vallées de l’Oberland....

— Par saint Nicolas! tu entendras bientôt parler de moi, s’écria Schybi. Je te tiendrai parole!

— Tu maintiendras avec énergie l’alliance des dix bailliages , reprit Leuenberg; et tout ce qui a pu être traité, arrêté et conclu entre votre peuple des campagnes et des villes de Lucerne par les députés des six communes catholiques, sera forcément nul et de nul effet.

— Certes, si vous vous étiez dépêchés un peu plus, vous autres de l’Oberland et de l’Argovie, dit Schybi, nous n’aurions jamais prêté l’oreille aux négociations et aux propos de paix! Aujourd'hui je serais avec mes têtes brunes de l’Entlibuch dans les murs de Lucerne, et j’y réglerais mes comptes avec le bailli, le conseil et les Cent.

— Tiens, dit Addrich en ouvrant la petite fenêtre double, j'aperçois là-bas Félix qui descend du haut de la Bampf comme un trait. Qu’apportes-tu de nouveau, mon garçon ? Entre vite. »

Et presque aussitôt la porte s’ouvrit, et il entra un jeune homme tout essoufflé.

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Tous se pressèrent autour de lui.

« Holà ! alerte! petit drôle! dit Gédéon ; la frayeur a-t-elle élargi tes chausses et resserré ton gosier ? Attends donc que les balles nous sifflent aux oreilles. On verra alors plus de dyssenteries que pendant le temps des grosses pluies en automne.

. — Il me semble, capitaine, répondit Félix, que tu en as déjà fait l'expérience sur toi-même, et que tu as filé du lin jaune. Mais on voit bien que tu ne nous connais pas, nous autres montagnards! Monte jusqu'à la Bampf; tu découvriras de là toute l’Argovie, et tu verras comme le peuple s’y remue.

— Voyons, Félix, dis-moi, quelles nouvelles nous apportes-tu ? demanda Addrich.

— Maître, on sonne le tocsin. Je l'ai d'abord entendu à. droite, du côté de Brugg, comme dans le lointain; puis davantage du côté de Lenzbourg ; mais bientôt les cloches ont sonné à gauche du fond des vallées de Kulm et de Grænichen : et enfin encore à droite près de Sion et de Birrwyl. C'est leur fête, ça. Tantôt elles se taisent toutes, tantôt elles carillonnent séparément, ou bien elles tintent de nouveau toutes à la fois. Dans les intervalles on entend parfaitement le roulement des tambours, des cris qui se croisent, et enfin un tapage comme si le feu était partout.

— Distingue-t-on quelques mouvements dans le fond des vallées ? demanda Leuenberg.

— Rien, répondit Félix. Il n’y a que les gens travaillant aux champs qui traversent la plaine pour gagner le chemin le plus proche du village. Sur les grandes routes on voit pas- . ser çà et là un cavalier, comme une fourmi égarée. Ce sont sans doute des garçons meuniers qui portent des dépêches.

— Il est temps que nous partions, s’ecria le sous-bailli de Bucbsiten, pour retourner chez nous sains et saufs, et pour ne pas nous jeter au milieu de l'ennemi.

— Avant de vous mettre en route, messieurs, dit Addrich, prenez un léger repas. Vous êtes ici aussi bien en sûreté que si vous étiez dans l'église. Les chemins sont longs; d’ailleurs vous ne serez peut-être pas longtemps sans être mieux informés de ce qui se passe.

— Ne précipitez rien, mes amis, Addrich a raison , ajouta Leuenberg; nous avons bien des choses à arrêter ensemble et nous n’allons pas nous embarquer aujourd'hui dans le

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bateau de Zurzach, Je suis d’avis d’accepter l’offre courtoise de notre höte. »

Tous partagèrent l'avis de Leuenberg. Les servantes apportörent le repas, qui, entremêlé de nombreux discours sur lés événements auxquels on devait s'attendre et de libations interminables, se prolongea bien au delà du temps assigné par le prudent Leuenberg. Ils étaient encore tous à table, plaisantant et discutant avec beaucoup de bruit, à l'exception d’Addrich qui, selon son habitude, était sombre et silencieux, lorsqu'une servante vint le prévenir qu’Epiphanie était à la porte et demandait à lui parler. A ces mots, le sous-bailli de Buchsiten s’écria : « Fais entrer ta nièce, Addrich! Pourquoi la cacher à nos yeux? Nous avons reconnu la vérité de la renommée publique qui court sur ton compte, que tu es servi par les plus jolies filles de l'Argovie; mais ta fille et ta nièce surpassent, dit-on, toutes les beautés du pays!

— C'est facile à concevoir, reprit Leuenberg , car le capitäine Gédéon Renold, ce vaillant héros qui a fait la cour à tant de belles en Allemagne, en Hongrie, en Suède , a fini par se laisser captiver par une jeune fille suisse. Aussi je ne conseillerais à personne de le rendre jaloux! »

Sur l’ordre d’Addrich, Épiphanie entra. Elle s’inclina avec timidité et en rougissant devant tous ces hommes, mais pourtant avec une sorte de dignité qu'on ne rencontre pas d'ordinaire chez les jeunes filles élevées à la campagne. Aussi les étrangers, frappés de son gracieux maintien, se levèrent avec un respect involontaire de leurs chaises de paille aux couleurs variées : Gédéon remarqua la surprise de ses amis avec un secret triomphe, et fit un signe avec un sourire familier à la jeune fille; mais elle passa devant lui sans l’honorer d’un regard. Son âme paraissait occupée d'un autre objet. Un secret que son sérieux affecté cherchait à cacher se trahissait par le doux transport qui éclatait malgré elle dans ses beaux yeux. Elle se pencha vers Addrich et lui murmura à l'oreille : « Que je te dise un seul mot; mon anniversaire a porté bonheur à ta maison! »

Addrich se leva pour lui parler à l’écart :

« Dis-moi d'abord, je t’en prie, qui est auprès de ma fille? Comment va cette pauvre Lenore ?

— Réjouis-toi, Addrich, répondit-elle. Ta fille touche à sa convalescence. Elle reviendra à la santé. Hâte-toi d'aller

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la voir. Tu la trouveras sortie d’un long assoupissement, plus calme et plus forte qu’elle ne l’a été depuis longtemps. - Ses joues päles ont repris un doux incarnat, sur ses lèvres brille un charmant sourire; et, comme si elle sentait le besoin de ranimer ses forces, elle a demandé elle-même qu'on lui donnät à manger et à boire.

— Retourne auprès d’elle, répondit Addrich, sans que le nuage qui voilait toujours sa sombre figure se fût dissipé. Aussitôt que les étrangers auront quitté la maison, j'irai la voir. L'ange qui prenait déjà son essor vers le ciel s’abaisse encore une fois vers la terre, pour me dire adieu, à moi pauvre vieillard privé de toute joie. Sois-en sûre, Lenore ne séjournera plus longtemps parmi nous. Mes espérances sont brisées, mon cœur est déchiré, et tes consolations ne sauraient retarder l’œuvre de la destruction.

— Prends courage, mon oncle, je pourrais t'en dire plus long. Je serais peut-être plus incrédule que toi, s'il n'était arrivé des choses extraordinaires qui semblent faites pour fortifier mes espérances.

— Lesquelles, par exemple, Fanny ?

— Tu te moqueras de moi comme de coutume; mais interroge Aenneli et Rudi le chasseur. Une voix étrange s’est fait entendre dans la maison et dans ma chambre. Nous lavons tous entendue.

— Une voix, étrange fille! Et quelle voix ?

— Qui saurait le dire ? Mais ce qui est certain, c'est que nous l’avons tous entendue. Les murs ne parlent pas, et l’air est muet. Ce n’était pas une voix humaine; elle était douce comme celle d'un tout jeune enfant, mais en même temps elle avait une force qui nous a tous effrayés. Moi je crois, mais ne te moque pas de moi, que c'était la voix d’un esprit des bois. » "

Elle prononga ces derniers mots d’une façon presque inin- 4elligible, en levant d’un air timide et craintif les yeux vers Addrich. Celui-ci parut vouloir interrompre cette conversation , et sa figure se contracta, peut-être malgré lui, en un rire sardonique et méchant.

«Ob! je le pensais bien, Addrich, dit-elle vivement et d’un ton sérieux. Tu te moques de moi, mais ne te joue pas des esprits, crains leur colère. Sais-tu que je les ai vus la nuit du mercredi des Cendres, quand je veillais auprès de Lenore,

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et que pour aérer la chambre je fus forcée d’ouvrir la fent- .tre? Jeles vis alors se promener au clair de la lune sur la lisière du bois: dans la prairie, près du platane. Ils ne dansaient pas comme le font d'ordinaire les genies, mais ils chemipaient lentement avec leurs longs manteaux, comme s'ils cherchaient quelque chose, puis ils rentrérent isolément et tristement dans le bois. Cela annonce une année de malheurs; tu te rappelles, je te l’ai dit. Eh bien! cela ne s'est-il pas déjà réalisé? Les troubles et la guerre ne sont-ils pas venus ?

— C’est bien, c’est bien, Fanny. Et quet'a dit la voix mystérieuse de ton Schrætteli!?

— Nous entendimes distinctement ces mots : « Plus le dan- « ger est grand, plus Dieu est proche.» Et figure-toi, quand j'entrai ensuite dans la chambre de Lenore, je la trouvai éveillée ; elle me sourit pour la première fois depuis sa ma- Jadie, me tendit la main, et sur ses joues brillèrent les pâles teintes roses de la convalescence, comme les premières lueurs du jour au retour de l’aurore! Elle me dit : « Oh! je suis « divinement bien! — La voix étrangère a donc prédit la vé- « rité, » m'écriai-je en lui racontant tout. »

Addrich secour sa tête grise avec un triste sourire ; mais, comme s’il ne voulait pas affliger Epiphanie par son incrédu- lité, il lui caressa doucement les joues, et la renvoyant, il lui dit : « Va vite auprès de Lenore, je ne tarderai pas à te suirre. Ton message he me console pas, quelque merveilleux qu'il me paraisse! Va, mon enfant. Quand une lampe est sur le point de s’éteiridre, elle jette encore une dernière lueur. Les glaciers aussi, après le coucher du soleil, avant de disparaltre dans les ombres de la nuit, s 'eclairent encore parlois soudain au moment oü onnes’y attehd plus! Tu me comprends, mon enfant; va, va!»

Épiphanie obéit en silence.

t. Esprit ou génie familier en Suisse. (Note du traducteur.)

La messagère de Sion.

Tous suivirent du regard la belle jeune fille, et en faisant leurs préparatifs de départ ils ne cessèrent d’adresser les paroles les plus flatteuses à Addrich aussi bien qu'à Gédéon sur le compte d'Épiphanie. Mais rappelés bientôt à des idées plus sérieuses par la gravité des circonstances, ils arrétèrent les dernières mesures et prirent en se serrant la main l'engagement d'exécuter fidèlement ce qui avait été convenu. Si le jour qui baissait de plus en plus ne les eût avertis qu’il fallait songer à la retraite, ils l’eussent oublié au milieu de leurs délibérations et de leurs discours.

Enfin ils venaient de sortir de la maison et, prenant congé d’Aadrich, ils étaient sur le point de se séparer, quand un nouvel incident retarda encore leur départ. Du haut de la Bampf, on vit descendre le long du bois une jeune femme accompagnée d'un homme des Mousses, On ne les apergut que quand ils étaient près d'arriver.

« D'où vient cette femme, Baschi? demanda Addrich au garçon.

— Je l'ai rencontrée là-haut sur la Bampf. Son affaire ne me paraît pas très-claire. Elle s’informait de Mlle Fanny; je l'ai arrêtée parce qu'elle cherchait à se glisser furtivement aux Mousses.

— Eh! menteur et sournois! s’écria la jeune femme en colere. Qu'est-ce qui voulait se glisser ? Je puis me montrer en plein jour et sur les grandes routes, tandis que toi tu ne l’oserais pas, avec ta figure de bandit où se peignent les sept péchés mortels. Voyez donc ! m'arrêter, et pourquoi ? Qu’on arrète des coquins comme toi, cela se comprend, mais non pas d’honnèêtes gens.

— Et pourquoi cherchais-tu à m'échapper là-haut et voulais-tu toarner à gauche quand je t'ai barré le chemin? repartit Baschi, un peu abasourdi des nouveaux noms dont le gratifiait la langue déliée de la paysanne.

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— Je distingue le pot au son, répondit-elle, et des pendards comme toi, j'aime mieux les voir au gibet qu'à mes trousses. Vrai, mes bonnes gens, je suivais tranquillement mou chemin, sans m’inquieter en rien de ce lourdaud, qui s'est mis à courir après moi comme un chien échappé.

— Ne croyez pas cette langue de vipère, dit Baschi. Elle a été envoyée pour espionner. Sa mauvaise conscience se trahit dans ses yeux. j |

— Eh! que le ciel me garde, s’écria la femme. Espionner! Mais voyez! Qui donc au monde voudrait savoir quelque chose d’un pareil teigneux? Je n’ai pas-fait une seule question à ce gibier de potence ; moi je ne touche pas à une charogne | Mais sa langue allait toujours comme la roue d’un moulin. Il ne se lassait pas de questionner, et il en a été pour sa peine |

— Femme! je n’ai nulle envie de disputer avec toi, dit Baschi avec dépit : car il faudrait bien de la bouillie pour te boucher le gosier. Si tu te maries , il te faut épouser un homme à moitié sourd, pour que tu ne l’enterres pas dans la quinzaine. Je veux être pendu, messeigneurs, si celle-là, avec sa langue de choucas et ses yeux d’épervier, n’est pas venue aur Mousses pour espionner ! Tout ce qu'elle voit lui sort en sifflant de la bouche aussi vite que s'échappe l'eau par un crible! J'ai aussi appris d’elle en route... »

La jeune femme, qui suivait des yeux chaque mouvement de ses lèvres, et qui déjà plusieurs fois avait cherché à lui couper la parole, l’essaya encore cette fois. Mais Addrich et ses hôtes l’apaisérent par prières et par menaces, en s’engageant à l'écouter quand le valet aurait fini de parler. ”

« Chemin faisant, continua Baschi, j’appris d’elle que der- . riere Brugg la campagne était couverte d'hommes de guerre de Schaffhouse, que plusieurs milliers de Zurichois les suivraient par Wittingen et le Heitersberg ; que ceux de Mulhouse etde Bâle étaient déjà arrivés devant Aarau, que les auxiliaires de Berne approchaient par le Nurgenthal et qu'ils avaient juré de brüler les villages, d’exterminer tout être vivant et de ne pas épargner les enfants dans le ventre de leurs mères. Elle ajoutait que tout était perdu.

— As-tu enfin tout dit? lui cria la paysanne furieuse.

— À présent c’est à ton tour de parler, bonne femme, dit

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Addrich d’un ton bienveillant. Voyons, est-ce vrai ce qu'il a raconté? ,

— Oui et non, répondit-elle. Comment un tuyau pourri vous rendrait-il l’eau claire de la fontaine? Tout est perdu, dit-il. Oui, si tous nos hommes étaient de lâches poltrons comme toi, lièvre à deux pieds. Va, cours, et la crainte te fera trouver quatre pattes. Vous autres, ne croyez pas un mot de ce qu'il vous a débité. Demain tout notre monde marchera avec le landsturm sur Aarau. Nous autres femmes, nous suivrons avec les chariots et les sacs. La petite ville sera pillée, car elle est pour Berne. Les soldats étrangers seront refoulés et écrasés comme des vers, et il n’en retournera pas un seul de l’autre côté des montagnes.

— Vraiment, tu crois, demanda Leuenberg en souriant, que tout ira si vite?

— Cela ne fait pas le moindre pli, répondit-elle. I est enfin temps que nous réglions nos comptes, une fois pour toutes, avec les seigneurs; car les pauvres gens ne peuvent pas endurer davantage ce régime. Les collecteurs les écorchent tout vifs. Je voudrais bien voir les lettres patentes accordées par le bon Dieu aux seigneurs des villes pour gruger ainsi les gens des campagnes, pour s’arroger les droits de pêche, de chasse, de haute futaie et de glandée. Ils gardent tout pour eux et nous donnent à peine gratis l'air que nous respirons, et une place au cimetière. Tous les saints jours de la semaine, nous sommes pourchassés par les huissiers et les collecteurs : l’un réclame l'argent du tonnage, l'autre l’amende du bois coupé, parce qu’on a pris un manche à balai dans une futaie; un troisième vient percevoir les impôts sur les maisons; un quatrième exige les chapons et les poulets de redevance; celui-ci demande le droit de rutli (deboisement'); celui-là le droitseigneurial, prélevé sur le sol et les constructions. Voilà encore un huissier qui, pour ses citations en justice, réclame en payement des gerbes de blé.

1. Taxe pour défrichement des terres anciennement boisées, rendues à la calture.

Dans le Guillaume Tell de Schiller nous voyons Melchthal , Stauffacher et Walther Furst jurer sur le Rutli (lieu déboisé près du lac des quaire cantons) de délivrer leur patrie du joug de l'Autriche.

(Note du traducteur.)

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Quand une pauvre veuve se trouve réduite à vendre sa dernière vache au marché de Lenzbourg, aussitôt c'est le droit de pondage pour les seigneurs de Berne. Un pauvre diabls ensemence-t-il un maigre bout de champ, ilse voit obligé de payer la dime du grain‘. Et au pauvre orphelin on prend la meilleure bête à cornes, sans compter les vêtements et les ustensiles pour la main-morte. Cela ne peut pas durer plus longtemps comme cela | Car, ma foi, une pauvre accouchée ne peut pas boire sa tasse de lait sans que le bailli et les huissiers l’aient écrémée. Cela crie vengeance! Aussi j'espère qu'avec l’aide de Dieu on en finira demain avec eux. S'ils redeviennent jamais les maîtres, croyez-en ma parole, mes bonnes geus, la botte de paille se réduira en cendre, et le grand prevöt attachera un curdon à toutes les portes des maisons *®, Pensez à ce que je vous dis là. Je me nomme Kæthi.

— Nomme-toi comme tu voudras, mais on devrait te donner des chausses, un collet et un janke*. Tu servirais de prédicateur au landsturm qui marche contre Berne.

— C'est une honnête femme. Laisse-la en repos, Baschi. De quel pays es-tu?

— De Sion. Vous connaissez sans doute tous mon mari, Karli-Marti-Gloor d’Anken Joggli? Nous sommes, ma foi, de bien pauvres gens, et il nous faut payer bien cher aux hommes la grâce que le bon Dieu nous a faite en nous créant. Mon mari va travailler en journée dans les trois petites villes d’alentour, ou bien il colporte des marchandises. Moi, je file du lin et de la laine. Depuis la mort de ma tante, la vieille Tschopli, comme on l’appelait (elle était sœur du vieux sous-bailli), nous avons ajouté à nos trois chèvres une vache que nous avons achetée au dernier marché de Lenzbourg. La petite succession de notre tante, que Dieu ait son âme, nous est arrivée bien à propos, cır avant

4, Celui qui avait défriché assez de terre pour donner comme dime une gerbe, était en oulre obligé de livrer tous les ans à son seigneur un quart d'avoine.

3. Ce n'était plus guère alors qu'un dicton conservé par l'usage. Jadis, disait-on, quand le jour de payer le droit seigneurial était venu, on allumait une botte de paille devant chaque maison. Quand on ne payail pas avant que la paille eût brûlé, le grand prévôt faisait attacher un cordon à la porte, et la maison était adjugée de droit à l'autorité,

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