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house et Saint-Gall avaient bien tout promis, mais n’6taient pas disposés à fournir autre chose que des promesses sur le apier.
’ Après ce préambule, le traité d’alliance du Summiswald fat lu au peuple assemblé. il régnait le plus profond silence. L'acte commençait par une invocation à la Sainte-Trinité, puis il donnait à connaître que l’ancien pacte des premiers confédérés devait être renouvelé pour faire cesser toute injustice en conservant aux seigneurs et aux autorités, ainsi qu'aux paysans et aux sujets, ce qui appartenait à chacan. C'était le droit des confédérés d’être protégés daus leur vie et leur propriété sans distinction de religion. Les membres de la confédération auraient à traiter pour eux-mêmes are leurs magistrats; mais, s’ils étaient en discussion avec eux, les sujets ne devraient pas user de leur propre force pour maintenir leur droit : la diète générale déciderait. Si les gotverneurs employaient leurs soldats ou des troupes étrangères pour opprimer la confédération, il faudrait se lever en masse contre les oppresseurs; il faudrait faire de même toutes les fois qu’un seuil membre de la confédération serait attaqué, à cause de l'alliance même, dans sa vie ou dans ses biens. Aucune partie des confédérés ne pourrait sans le cossentement de tous se réconcilier ou faire la paix avec son gouvernement. Si un membre de la confédération avait l’impudence d’agir ou de parler contre son serment, le coupable devrait être puni comme un traître parjure et sans foi. Tous les dix ans on renouvellerait le serment d'alliance. Puis suivait la liste des bailliages et des seignouries des divers cantons qui étaient déjà entrés dans la confédération. Pendant cette lecture, Addrich, debout derrière le siége du président, riait à part lui un peu malicieusement. Comme dans l’assemblée tenue aux Mousses, il avait travaillé dans la réunion de Summiswald contre la formation aventureuse de la confédération qui était sortie surtout du cerveau de Leuenberg. Il avait pénétré avec un regard perçant et juste l'inconsistance d’un pacte qui éléverait les sujets aa rôle de surveillants et de juges de leurs suzerains, jetterait les deux partis dans une opposition et une guerre perpétuelles, et finirait nécessairement par l'asservissement du peuple et la dissolution de l'alliance ou par le renversement et l’expulsion des gouvernements. Cependant ca qu'il n'avait pu em-
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pêcher, il le laissa faire, plein de mépris pour la courte vue des chefs et convaincu qu'il ne subsisterait rien de ce qui aurait été établi, mais que tôt ou tard la question entre l’État et le pays serait véritablement tranchée par l'épée sur le champ de bataille. Le vainqueur irait ensuite aussi loin qu'il pourrait. Préparé à cela, tout son vœu était un armement général et l'occupation des principaux passages entre Berne et Zurich. La grande solennité de la prairie communale d’Hutwyl demeurait à ses yeux, sinon une manifestation superflue , au moins un ridicule enfantillage.
Cependant il fut bientôt saisi malgré lui de la grandeur du spectacle, quand le président appela le peuple assemblé à la prestation du serment, et que des milliers d'hommes s’agenouillerent, la tête nus, à terre, sous la voûte du ciel, en levant les mains pour le serment, Le secrétaire de la confédération lut à haute voix la formule : « Je m'engage à suivre, à observer et à accomplir fidélement tout ce que le pacte m’impose. Si j'y manque, que Dieu ne me fasse pas miséricorde ! Mais que Dieu me soit en aide, et nous garde de toute perfidie et trahison. »
Le secrétaire lut successivement chaque phrase, et chaque phrase fut répétée par l'immense multitude avec un grondement sourd semblable à celui du tonnerre dans le lointain. Cette cérémonie religieuse avait ému les esprits. Leuenberg regarda, avec des yeux humides, le cercle de la foule agenouillée, et dit: « Jadis trois hommes ont juré sur le Rutli; trois mille jurent ici aujourd’hui. Il y va de la liberté et de la justice! Confédérés, il y va du salut de nos enfants ! La vie n’est rien à côté du noble joyau que nous devons acquérir pour nos descendants. »
Il était trop ému pour en dire davantage, et le tremblement de sa voix l’empêchait de se faire entendre de tous. Cependant le peuple lui répondit par de bruyantes acclamations et, aussitôt que le président se fut couvert, tous se relevèrent de terre.
Il fallut laisser passer beaucoup de temps avant que les flots de cette mer humaine agitée se fussent calmés, avant que le tumulte des voix se fût affaibli, que les groupes qui se séparaient ou se réunissaient eussent été amenés au silence et qu’on püt reprendre les affaires du jour.
. On lut ensuite le mémoire de l'ambassodeur de France an
engageait à la réconciliation avec les gouvernements, rappelait les maux que les dissensions intestines et la guerre civile avaient causés à la monarchie française, avertissait de se tenir en garde contre l'Autriche, l’ennemie née de la con. fédération : car l’archiduc Léopold se trouvait près de la frontière de Suisse pour augmenter par ses émissaires la confusion générale, ou saisir un prétexte de faire entrer une armée dans l'intérieur du pays. Cet écrit se terminait par le vœu le plus pressant et le conseil du roi très-chrétien d'offrir la main aux autorités pour un accommodement à l'amisble. A tous ces avertissements le secrétaire de l'ambassade française ajouta encore quelques mots de vive voix.
Bien que, pour donner plus de force à sa proposition, il s’ornät, dans le goût du temps, de toutes les fleurs de l’eloquence religieuse, il n'en manqua pas moins son but. M. de la Barde, à Soleure, eut le sort des hommes qui peuvent tout cacher, excenté leur finesse : aussi lui fallut-il se rési— gner à ne pas trouver plus de créances dans la plaine d'Hut— wyl que dans l'assemblée des confédérés à Bade. Après que la proposition de l'ambassade française eut été discutée par plusieurs orateurs qui rappelèrent tons le serment qu'on venait de prêter, l’assemblée déclara sa volonté en levant les mains. Le chef des confédérés s’en fit l'interprète en ces termes qu'il adressa à l’envoyé du ministre de France :
« Nous ne sommes pas des rebelles, car nous voulons rester dans la sujétion et l’obéissance de nos maîtres et seigneurs, comme l'ont fait nos ancêtres. Cependant, nous voulons nous opposer à une tyrannie injuste et à l'arbitraire, et nous demandons qu'on respecte nos anciennes libertés ei propriétés, comme nous respectons les libertés, les droits et les propriétés des villes. C’est l’unique objet du serment que nous venons de prêter devant Dieu et que vous ave entendu. Nous avons dû nous réunir parce que nons ne pouvions trouver de caution pour nos droits contre les villes, si ce n'est dans notre union. Cependant, nous ne doutons aucunement qu'il y aurait entre nous et les autorités un accommodement possible. Aussi, nous prions M. l’ambas- Sadeur de vouloir bien y aider par écrit et de vive voix, ei de justifier les populations de la Suisse et leur conduite auprès de Sa Majesté le roi de France, et auprès des seigneurs de sa cour, cat nuos n'ignarons pas que notre en-
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treprise est faussement décride dans le monde et defiguree par la calomnie. »
Ce discours, qui eût fait honneur à des hommes d'État exercés, fut remis par écrit à l’envoyé de l'ambassadeur, en réponse à la lettre de messire Jean de la Barde. |
On lut ensuite l’écrit de la diète de Bade que le vicebailli de la ville avait apporté. On n’y répondit que par une copie du serment d'alliance avec ces mots laconiques : « Nous voulons nous y tenir. » On fit aussi rédiger quatre circulaires identiques du pacte d'alliance pour le peuple des cantons de Berne, de Soleure et de Bâle, et on y apposa le sceau d’Entlibuch.
Ainsi se termina l’assemblée, qui avait duré depuis cinq beures du matin jusqu'à cinq heures da soir.
La marche de l'insurrection.
« Eh bien! nous leur avons serré le nœud! dit Addrich d’un ton de triomphe, le soir, à Fabien, lorsque celui-ci, qu'il n'avait pas vu de tout le jour, entra dans leur petite chambre à coucher.
— J'ai vu le contraire, répondit Fabien. Vous avez brisé un nœud pourri. Tout tombe de tous côtés, et vous tous, tant que vous êtes, vous ne pourrez rien renouer.
— Je comprends, Fabien, dit Addrich en souriant, tu penses à ta peau et tu voudrais te voir loin d'ici. Ne crains rien! Nous ne pouvons pas perdre la partie, parce qu'il nous est impossible de reculer. Chacun sait qu'il y va de sa gorge et de sa tête. Ainsi, on ira jusqu’au bout. Mais le plus fort est le maître, et le plus fort, c’est l’homme désespéré à qui on a dit: e Mange ou meurs. » Je ne donnerais pas un angster' de l'intelligence de Leuenberg. Il ne jait pas, à l'heure qu'il est, où il va. Mais il faut le pousser
4. Petite monnaie de la valeur d’un centime. (Note du traducteur
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en avant où il doit aller. Il u’a plus le choix. Ce sera mon affaire. Demain, nous passons dans l'Oberland bernois. Berne doit tomber d'une manière ou d’une autre.
— Mais il n’est pas question de cela dans les articles de la confédération. Vous vouliez respecter l'autorité et lui obéir. .
— Certainement, repartit Addrich, si elle reconnaît la confederation d’Hutwyl. Fou que tu es! mais tous ces seigneurs se laisseraient circoncire et se feraient Turcs, plutöt que d’adopter nos doctrines. En conséquence, tu peux comp ter le reste sur tes doigts. Nous allons demain tous deux dans l’Oberland. Le peuple est en ce moment prêt à tout. Il faut battre le fer quand il est chaud. Les villes sont divisées entre elles. Avant qu'elles s'entendent, nous les aurons dans le sac. Quand les bergers se querellent, le loup a bon marché du troupeau. »
Le lendemain matin, Addrich partit pour l’Oberland, accompagné de Fabien. Il était infatigable. Qu’on tfut quelque part un conseil, que la fidélité d’une commune füt suspecte,
* ou qu'on parlät d'un soulèvement, on le voyait partout. Il avait une souplesse incroyable pour s’accommoder avt idées opposées et aux projets contradictoires, afin de les détruire en eux-mêmes, s'ils lui déplaisaient, ou de les faire servir à son propre plan. Il voulait le concours de tous, pour la liberté de tous, par conséquent l’anéantissement de tous les priviléges des villes, le rejet de toute offre d’un arrangement à l'amiable faite par les autorités. Il redoutait la crédulité, si facile à tromper, des paysans, leur crainte des villes rendue héréditaire par une longue habitude, et, en outre, le penchant enraciné du peuple suisse, aussitôt qu'il pouvait agir avec indépendance, à se poser non-seulement de canton à canton, mais de commune à commune, de vallée à vallée, de village à village, de l’un à l’autre, comme des républiques distinctes et indépendantes, avec une constitution propre, des lois et des magistrats, et même à donner à chaque village l'air d’une petite confédération de familles.
Quelque admirable que fût l'activité du vieillard des Mousses, on n’entendait pourtant jamais dire qu'il füt un des chefs de l'insurrection ; nulle part il ne paraissait à la tête. Il ressemblait plutôt à l'un des nombreux émissaires
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qui transmettaient les avis et les ordres. Ce qu'il faisait au fond pour l'audacieuse entreprise ne pouvait être connu que de quelqu'un qui, comme Fabien, le voyait, en cent lieux différents, agir toujours de la même façon, au service de son plan. Sur chaque point isolé, son action paraissait insignifiante.
Mais on se tromperait si on attribuait le moins du monde la conduite si bien calculée du vieillard à la lächete ou à la prudence, afin de pouvoir, en cas d’insuccès, échapper sans être reconnu. Non : il était peut-être plus qu'aucun autre résolu à sacrifier à cette œuvre une vie qui n'avait plus de prix pour lui; mais il voulait animer et faire agir le plus grand nombre, faire de sa cause leur cause et leur pensée ; les pousser en avant avec l’aiguillon de l'ambition ou de la vanité, pendant qu'il s’effaçait lui-même dans un rôle secondaire.
Nos lecteurs seront sans doute bien aises que je ne leur decrive pas en detail toutes les allées et venues d’Addrich à travers le pays insurgé. Mais la direction que prit en général depnis cette époque le soulèvement ne peut nécessairement point être passe& sous silence.
La journée d’Hutwyl avait été décisive. Ceux qui y avaient prêté serment à l'alliance, portörent l’etincelle ou la flamme de leur inspiration dans les vallées les plus éloignées, et y répandirent le désir de la révolte. Malheur à qui voulait rester neutrel Il était, comme traître et mou, poursuivi par le parti des durs, et sa vie même n'était pas en sûreté. La barriere de l’obéissance et des anciennes coutumes, une fois rompue, laissait le champ libre à toutes les passions. Mainte cabane fut brûlée, et maint malheureux mis en pièces par la fureur populaire. Comme c’est le cas ordinaire dans un semblable déchaînement , le grossier égoïsme , la froide ambition et les haines privées jouerent un grand rôle sous le règne de la terreur. La lie vint à la surface; la populace en guenilles voulait le pillage des riches ; les malfaiteurs, frappes par la justice, voulaient se venger de leurs anciens juges.
Les paysans occupaient tous les défilés, avec de forts détachements; ils ouvraient les lettres, surtout celles des autorités, ils ne respectaient même pas celles de l'ambassade française, ils tratnaient les voyageurs en prison, et les telächaient rarement sans les avoir rançonnès.
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C'était dans la première quinzaine de mai. Partout on rac semblait toute espèce d'armes, on en forgeait de nouvelles on forçait les maisons du gouvernement qui n'étaient point fortifides, et on emportait ce qui s’y trouvait. On se reunissait par bandes de mille hommes et plus, et on vivait aux frais du pays qu'on traversait. Les paysans de Bâle se rassemhlèrent enarmes à Liestalet menacèrent leur capitale. Christen Scbybi, avec les hommes d’Entlibuch et le peuple des autres bailliages, s'avança vers Lucerne, lui coupa toute communication avec la campagne et menaça de la réduire en cendres. Les troupes d’Uri, de Schwytz, d’Unterwalden et de Zug, arrivèrent en core & temps pour defendre la ville. Mais les hommes de Schwytz, deZug etd’Unterwalden disaient à qui voulait l'entendre qu'ils voulaient bien protéger la ville, mais non aiderà oppression des campagnes. Le colonel Zweyer réussit, par une sortie courageuse qu'il fit avec deux cents hommes d'Uri, à repousser les révoltés et à s'emparer du passage de l’Emma. Il y laissa quelques morts et quelques prisonniers, les insurgés eurent aussi huit hommes de tués; mais la dissension en dedans des murs de Lucerne même paralysa longtemps toutes les entreprises. La bourgeoisie y était encore en querelle avec l'aristocratie, à cause des priviléges qui avaient été arrachés à la première par ruse et par force, pour l'élection des m:gistrats, les places du grand conseil, les charges et les bailliages. La bourgeoisie mit à profit le moment favorable pour reprendre ce qu'elle avait perdu. Moins forte encore que Lucerne, Soleure tremblait derrière ses portes fermées. Tout le peuple des campagnes y avait pris les armes, et, comme on n'avait rien à craindre de la ville, il s'était divisé en plusieurs bandes dont les unes restèrent sous les murs de la ville, et les autres allérent se joindre aux confédérés des autres cantons.
Une fermentation et une confusion semblables régnaient en Argovie. Les insurgés s’y étaient rendus maîtres du passage de Windisch sur la Reuss. Quatre cents dus leurs formaient uno garde avancée à Kœnigsfelden contre Brugg. Les
paysans des bailiiages francs occupaient la ville de Mellingen, pendant que les ponts de la Reuss, de Sinz, de Gisikon et de Bremgarten, étaient gardés par les hommes de Zug. Les autres villes de l'Argovie conservèrent encore dans cette tempête générale \eur indtpenAance. Aarberg at Lenzbourg,
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au pied de leurs hauts murs de rochers, demeurärent proteges par eux contre les bandes des paysans. Bade sut empêcher amis et ennemis de l’occuper.. Brugg, dont les murs donnèrent asile aux magistrats fugitifs de Berne, opposa une vive resistance. Zofingen fit de möme, et ce fut en vain que Nicolas Leuenberg demanda à ses bourgeois de la grosse artillerie. La ville d’Aarau était le plus vivement pressée; elle fut bloquée pendant plusieurs jours par une foule innombrable qui voulait se faire ouvrir les portes. On avait détourné le cours du ruisseau si indispensable aux industries de la ville, et on avait tout dévasté aux alentours. Mais quand, après plusieurs tentatives bienveillantes des habitants d’Aarzu, l’eloquence même du doyen fut restée vaine, et que le vieillard qui s'était rendu à la tête de quelques membres du conseil dans le camp des révoltés eut été presque maltraité et en péril de la vie, les bourgeois de la ville jurèrent de couvrir de leurs corps leurs vieux murs d'enceinte, et de faire résistance jusqu’au dernier homme. Par bonheur, l’effusion du sang fut arrêtée au bout de quelques jours par la nouvelle que Berne avait enfin, le 17 mai, conclu la paix sur le champ de Muri, avec le chef des confédérés.
En effet, le conseil de Berne, même après l'assemblée d'Hutwyl, avait continué les négociations avec Leuenberg, qui s'était enfin avancé, à la tête de six mille hommes de l’Oberland et quelque grosse artillerie, contre la capitale. Il campa à une distance de quelques lieues seulement, à Ostermundipgen, pendant que la faible garnison de la ville se tenait autour du fort, derrière de bons retranchements. Berne voulait gagner du temps, et réunir les secours qui lui avaient été promis d'Italie, de Fribourg et de la principauté de Neufchâtel. A ce prix, elle regarda tranquillement autour d'elle la dévastation de son territoire et le pillage de ses maisons de campagne. Enfin, le chef des confédérés remarqua qu'il était retenu avec intention par les Betnois, et qu'ils le trompaient. Des messagers annonçaient qu’une armée considérable s’avancait de Morat, vers le passage de Gumminen et le long de la Saane, au secours de la ville. Les renforts de Neufchâtel se dirigeaient vers Aarberg. Leuenberg pressa alors, en menaçant d’une soudaine attaque, la fin des négociations. Il voulait tout accepter, pourvu que les prineines da l'alliance jurée à Hutwyl ne fussent pas conkestès , eX ans \s
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ville payât à son peuple 50 000 livres en or pour les frais de la guerre.
Berne, qui craignait de soutenir une lutte inégale contre le désespoir de sujets révoltés, et qui n’avait point de nouvelle des secours qu'elle attendait, parce que tous les messages étaient interceptés par la vigilance des paysans, résolut de signer un traité qui, par un changement favorable des circonstances, pouvait rester inexécuté. L’unique pensée avait été de sauver dans cette situation la seule chose qui fût à sauver pour le moment, l'honneur de la suzeraineté. Elle accorda ainsi les 50 000 livres, non pour les frais de la guerre, ou comme dédommagement de la dépréciation des monnaiss, mais par « clémence paternelle en faveur des plaintes du peuple sur la misère. » La somme ne devait d’ailleurs étre payée qu'après l'entière retraite des paysans dans leurs pays, après la remise du pacte d'alliance et après la prestation d'un nouveau serment de fidélité!
Leuenberg consentit soudain à tout sans se croire lie sé rieusement, afin de se trouver libre et en sûreté de ce côté; car il avait appris que Conrad Wertmüller marchait de Zurich, avec plus de 6000 hommes d'infanterie et de cavalerie et une formidable artillerie, contre Heitersberg et la Reuss. Outre les Zurichois, Wertmüller avait encore sous ses drapeaux des hommes de Schaffhouse, de Thurgovie et d’Appengall. Les jours du denoüment approchaient. Leuenberg, aussitôt qu'il crut avoir contenté Berne, fit retentir dans toutes les montagnes et les vallées l’appel à un soulèvement général, et fit diriger toutes les forces sur l’Argovie et sur la Reuss. Lui-même y courut, le cœur fort ému et se félicitant d'avoir décidé Berne à ne pas lui nuire, au moins pour le moment.
Toutes les mauvaises nouvelles que Leuenberg recevait sur la route des armements des confédérés avaient fait sensiblement évanouir sa fierté et sa résolution. Si sa vanité ne lui permettait pas de montrer ouvertement son embarras, il ne pouvait pourtant pas se dissimuler à lui-même qu'il n'était nullement à Ja hauteur d'une entreprise qui avait pris de si énormes proportions. La quantité de questions qui lui étaient faites de toutes parts des allants et des venants et auxquelles il fallait répondre sur l'heure, la masse d'ordres et d’instruc-
tions qu'il devait adresser de toux ets Vanrient tellement
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bouleversé, que son esprit abîmé dans un chaos de détails perdait toute vue d'ensemble. Il sentait aussi clairement en Jui le manque de toutes les qualités d’un général : il n’avait ni la présence d'esprit, ni la pénétration du coup d’eil, ni l'intelligence de l’occasion, ni la fermeté de la volonté. Et cependant il était entraîné par la force des circonstances, par la confiance aveugle du peuple, par la renommée qu'il s'était acquise en jouant parmi les confédérés le rôle de général en chef.
Cependant quand en passant en Argovie, près du château de Wildegg, il vit sa suite nombreuse se déployer dans la plaine qui devait être le lieu de réunion et de campement de l’armée insurgée, sa confiance en lui-même si fort ébranlée se releva. Il voyait déjà se rassembler 10 000 hommes, dont le nombre s’augmentait sans cesse par l’arrivée de nouvelles troupes. Tous étaient bien armés et, d’après la différence de leurs armes, divisés en bataillons, la plupart sous le commandement de capitaines qui avaient déjà servi comme simples soldats à l'étranger ou dans le pays. Tous avaient aussi en général le même costume, afin de pouvoir dans le combat ou dans les marches se reconnaître de loin. Leur uniforme consistait en une chemise de laine rouge, que chacun portait sur ses habits. L’aile droite de cette armée s’appuyait au village de Mægenwyl et aux roches escarpées voisines du village, l’aile gauche à la hauteur boisée de la montagne d’où les murs et les tours à moitié ruinés du vieux château de Brunegg dominaient au loin les alentours. Toute l’armée était divisée en quatre corps, avec autant de bannières qui étaient celles des cantons de Berne, de Lucerne, de Bâle et de Soleure, d'où venaient les combattants.
Tout avait été réglé et mis en ordre par Christen Schybi, qui était peut-être parmi tous les chefs l'homme de guerre le plus capable. Il avait établi une avant-garde et une arrièregarde, il avait pourvu à de riches approvisionnements que les villages des alentours devaient volontairement lui fournir, mais ordinairement aux frais de ceux qui étaient suspects d’être modérés. Des villages entiers furent sous co prétexte dépouillés de leurs bestiaux et de toutes leurs provisions de grains. Pour la discipline, la régularité des mouvements, le maniement des armes et le service de l'artillerie, l'armée laissait encore beaucoup à désirer. Ces qualilés À allaurs ua
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mauquaient pas seulement alors aux troupes des paysans rvoltés, mais même aux troupes confédérées.Cette même nation, qui avait dû à son essor militaire et à son habileté dans les armes la liberté à l'intérieur et l'indépendance vis-à-vis de l'étranger, se trouvait alors dans l'art de la guerre bien audessous de tous les États voisins. Aussi la marche des corfédérés sous le commandement de Wertmüller montra la plu déplorable confusion. On voyait des compagnies entières se débander pour piller des fermes éloignées, pour brûler ces métairies et s’abandonner au désordre. On comptait déjà des blessés et des morts avant d'avoir rencontré l'ennemi, rien que par la maladresse avec laquelle les soldats et les caraliers maniaient le mousquet et la pique‘.
Cette décadence militaire venait en partie de la malheureuse économie et de l’avarice des gouvernements de la corfédération, mais surtout de la crainte qu'ils avaient de leurs sujets, dont le contentement, il est vrai, avec la réduction continue de leurs droits et de leurs libertés, ne pouvait étre en hausse. La séparation toujours plus grande dans les derniers temps entre les gouvernants et les gouvernés, etla languissante sécurité des chefs par suite d'une longue païl avec l'étranger, augmentaient le fatal mépris de l’art militaire à un tel point que, cent cinquante ans plus tard, la Suisse succomba presque sans se défendre lorsqu'elle fut surpris par la politique envahissante de la France.
Le camp.
Le même jour où Leuenberg prenait le commandement de son armée de confédérés, Addrich et Fabien venaient d’arriver au camp. Du pays d’Hassli au pied des montagnes de neige, Addrich s'était rendu par le Brunig dans les belles et roman-
I. Souvent un cavalier tirail au milieu même de son propre escadron. C'est ainsi que périt plus tard victime de la maladresse de ses soldats, à Zofingen, te Ale du génèral Wertmiüller, jeune homme de vingt ans.
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tiques vallées du Kernwald; il avait observé là les dispositions des hommes libres d’Unterwalden et recueilli partout de consolantes promesses; puis il s'était tourné par le canton de Lucerne vers les bailliages libres au pied de la Reuss, et il avait partout trouvé les hommes en état de porter les armes, ou prêts à se soulever, ou déjà en marche par troupes sur les grandes routes. Il avait rassemblé, mis en ordre et inspiré par sa parole les bandes isolées et confuses, et il les conduisit en une longue colonne de prés de deux mille hommes, à travers les champs marécageux d’Othmarfingen, au quartier général de l’armée.
Les nouveaux venus y furent salués par les cris de joie sauvages des milliers d'hommes déjà campés. Leuenberg, Schybi, Zeltner et les autres commandants qui étaient allés au-devant de ces nouvelles troupes pour les passer en revue et les incorporer dans l’armée générale, ne reconnurent pas plus tôt Addrich qu'ils s’elancärent à sa rencontre et saluérent joyeusement sa bienvenue.
« Diable! de quelles montagnes et de quelles vallées as-tu encore ramassé tout ce peuple, vieux balai de guerre ? s’écria Christen Schybi en secouant la main d’Addrich ; c’est une véritable arrière-garde.
— Une arrière-gardel repartit Addrich en riant; je pense que c'est l'avant-garde d'une nouvelle armée qui se joindra à nous aussitôt que vous l’appellerez. Les gens d’Obwalden et de Nidwalden , vous dis-je, ceux de Zug, d’Uri, de Schwytz, sont prêts à entrer en campagne; ils n'attendent qu'un signal.
— Eh bien! quand, comment, aù faut-il le donner? s’ecria Leuenberg ravi, demain, aujourd'hui, en ce moment |
— C'est sur le champ de bataille, sur le champ de victoire qu'il faut le donner, si vous voulez qu'ils l’entendent | répondit Addrich, Il n'y a pas d’eclair qui brille plus vite et plus loin qu'après une bataille gagnée l'éclair des canons du vainqueur sur le dos de l'ennemi en fuite. Je vous dis que, si nous sortons heureusement du premier grand engagement, tout sera décidé ; les siéges des conseillers s’écrouleront, et tout le peuple de Suisse se lèvera pour la cause de la liberté. Ainsi pas d’hésitation, sans rien précipiter | Où est l'ennemi ?
— Sur les prairies de Schlier, à la frontière de Zurich comme
DE
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nous l’ont appris nos éclaireurs, dit Adam Zeltner. Le géneral Wertmüllsr n’est pas à son aise: il ne se fie pas à ses gens, qui aimeraient mieux tourner leurs piques contre la ville et contre les gens du lac. Il veut se fortifier de deur compagnies d’Appenzell et de Ausser-Rhoden, qui sont es route.
— En avant! s’ecria Addrich. Allons à sa rencontre! Pourquoi rester comme des fainéants derrière la Reuss ? Pourquoi ne pas marcher vers la Limmat et ne pas descendre devant Zurich ?
— Addrich, ne dérange pas mon plan, repartit Schybi. J'ai brûlé plus de poudre que toi. Nous avons ici une forte position, la Reuss devant nous, Mellingen et Bremgarten occtpés. Wertmüller nous payera d'abord chèrement le passagt de la Reuss, puis il nous aura devant lui sur les hauteurs et il sera dans le bas avec le fleuve à dos. Si tout va bien, nous les jetterons tous dans l’eau et nous leur apprendrons à n+ger. Ce sera une défaite complète. Ceux qui ne mordront pis la poussière se tueront à force de boire.
— Messieurs, nous reprendrons ce sujet ce soir au quartiet général, dit le chef des confédérés. Les braves gens qu l'homme des Mousses nous a amenés doivent avoir besoin di repos. Commandant Schybi, montrez-leur la place où ils dot vent camper. Monsieur le sous-bailli, comme grand malır des approvisionnements, veillez à ce que rien ne manque ces braves défenseurs de la patrie! Les affaires terminée! rendez-vous auprès de moi au quartier général. Je vais e avant avec Addrich et son aide de camp, et il montrait Fi bien. Il y a encore beaucoup de choses à régler. »
Tous obéirent sans objection à l’ordre du commandant € chef. Les rangs serrés des paysans, qui s'étaient pressés avt curiosité autour des chefs, s’ouvrirent pour les laisser pa: ser. Addrich et Fabien reçurent pour quartier une grant ferme isolée, où logeaient aussi le commandant et les officie de son état-major. À droite et à gauche la maison était cot verte par des troupes campées à côté, qui avaient réuni leu! fusils et leurs piques en faisceaux,et qui préparaient autot de plusieurs feux le repas du soir. A l'entrée même il y ava des sentinelles se promenant de long en large.
Fabien trouva dans cette agitation de la vie militaire | meilleure distraction à son trouble. Il y avait même quelqt
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chose de propre & le relever dans ce spectacle nouveau d’une immense foule inspirée par la liberté et armée pour elle. La résolution commune d'accepter tous les sacrifices, la constance et l’entrain de chacun au milieu des difficultés et des privations, l’obéissance aveugle avec laquelle les ordres de Leuenberg étaient exécutés, pouvaient en général présager l’heureuse issue de la grande entreprise. Fabien la mettait d'autant moins en doute qu’assez avant dans la nuitilarriva wessagers sur messagers pour annoncer de nouveaux renforts de confédérés, tandis que Wertmuller avait à peine rassemblé en tout sept mille hommes capables de marcher contre Leuenberg. Seulement Fabien demeura fidèle à sa résolution de ne pas prendre part à l’action, mais de veiller seulement sur Addrich et de jouer le rôle de spectateur. Addrich tint aussi parole, et il ne demanda rien au jeune homme que l'exercice de son art salutaire comme chirurgien quand il serait nécessaire. En effet les nouveaux généraux avaient bien pensé au combat et à la victoire, mais non aux blessures, et encore moins au moyen de les guérir. Aussi traitérent-ils le jeine homme avec beaucoup de distinction, et le commandant le nomma sur-le-champ chirurgien en chef de l’armée des confédérés, avec invitation de se tenir toujours dans le voisinage du quartier général. Cette même nuit, Leuenberg envoya encore des ordres dans les villes voisines pour se procurer de la toile, des onguents, des drogues et des médicaments de toutes sortes, ainsi que des instruments de chirurgie tels que Fabien les avait indiqués ; en même. temps il fit ordonner, sous peine de mort, à tous les médecins, chirurgiens et barbiers du voisinage, de se rendre au camp.
Le lendemain ce fut encore Addrich qui, comme d’ordinaire, sauta le premier hors du lit et réveilla le jeune homme endormi et rövant à Épiphanie.
« Debout, debout]! cria-t-il : l'homme de guerre doit toujours veiller, ou ne dormir que les yeux à moitié ouverts. Il y a encore fort à faire. Viens, mon garçon, et courons un peu dans le camp pour voir ce qu’il adviendrait de nous si, avant vingt-quatre heures, l'ennemi voulait nous rendre visite. Le commandant Christen Schybi est bien tout à fait un homme, toujours sur pied, et la parole en avant; mais il cautient encore plus de cuivre que d'argent, il est comme un
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huissier, il peut courir sans s6 fatiguer, boire beaucoup sans s’enivrer et mentir sans rougir.
— Tu aurais mieux fait de me laisser dormir, dit Fabien d'un ton un peu bourru en s’habillat. C’est mal à toi de me prendre ce que tu ne pourras jamais me donner.
— Hem, camarade! fit Addrich. Es-tu sérieusement si las de vivre? Patience! ta femme aux Mousses te dedommagers bientôt. Tu n’as rien à craindre. L'expérience est la meilleure école. C'est là justement la misère de la vie, que ces toujours quelque chose d’inoomplet, un éternel va-et-vient entre ce qui est st ce qui n'est pas. J'aimerais mieux aussi tout ou rien, ou n'avoir jamais vécu, ou ne jamais mourir.
— Pourquoi reviens-tu encore là-dessus ? reprit le jeune homme. Que signifie cet étrange discours ?
— Ou ne jamais vivre ou ne jamais mourir, répéta le vieillard, ce serait de toute fagon l’immortalite; car quin'a jamais vécu peut aussi peu mourir que qui ne cesse jamais de vivre. Le sommeil, c'est la mort: s’6veiller, c'est naître. Il y a des jours, des semaines, des mois où je voudrais dormir sans m'éveiller et où je maudis la cruauté de la nature, qui ne me fait pas la faveur de me laisser insensible. Maintenant je préférerais toujours veiller, et il me faut chaque nuit brider malgré moi le fil de toute activité que j'aimerais mieux co2tinuer sans interruption. »
Fabien le considéra de côté en souriant avec quelque étornement et dit : « C'est la première fois, Addrich, que jete vois désireux de vivre, mais je ne sais pas 'si je dois men réjouir.
— Réjouis-toi toujours, repartit le vieillard : car, dans ls mer orageuse des événements et des affaires de ce genre, j'arrive à tout oublier, et je n’en demande pas davantage. Je me sens assez fort pour arracher de leurs gonds rouillés les vieilles portes de fer de la prison du monde, et pour précipiter tout un peuple de l'air empesté des cachots au pur soleil de la liberté. Zeltner, Leuenberg, Bremer, Schybi, tous le sentent et le reconnaissent, et hier au soir ils m'ont juré de ne pas faire un pas sans mon avis. Ils m’appellent leur
maître. Aussi, Fabien, partons et allons inspecter l’armée et ses positions. Je ne veux point mêler et donner les cartes; mais il faut que je voie dans le jeu de chacun, pour que personne ne jette son akouk. »
ADDRICH DES MOUSSES. do!
bien mit son baudrier sur son épaule et répondit avec ême étonnement : « Je suis prêt, Addrich. Mais où tu es de ta fin ou tu’es sur le chemin de la guérison de la lle maladie dont tu souffres. Car il s’est produit en toi grand changement. Tu te sens de nouveau vivre, après e été si longtemps sourd et engourdi. L’amour-propre ‚te chatouiller et te donner le désir de vivre, quand rien ouvait plus t'affliger ni t’exoiter. Viens, ne me contredis t. Tu es en bonne voie; j'espère que cela ira encors 1x. »
Idrich, comme surpris de la vérité des paroles du jeune me, sourit et voulut parler. Mais Fabien ne voulut entendre, rit et l’emmena. La vue du camp, dès qu’ils nt dehors, donna bientôt à leur entretien une autre tion.
Mauvaise rencontre.
; allèrent à travers les longues lignes du camp jusqu’au rsberg ', sur le versant oriental duquel était suspendu le x château de Brunegg. La matinée était couverte; un d’un gris lourd et uniforme était étendu sur le paysage. t là s'élevaient des colonnes de fumée de feux fraichet allumés, auxquels les paysans, transformés en guer- }, préparaient leur repas du matin. On n’apercevait que ques tentes. La plupart avaient passé la nuit en plein air ane botte de foin ou de paille. On voyait bien çà et là, wise de tente, appuyées les unes contre les autres, des ches et des portes que l’on avait enlevées aux maisons, granges et aux étables du voisinage, ou bien de grandes s prises à des voitures de transport, et des sacs déchirés dus sur de grandes perches.
n'en régnait pas moins dans la foule une grande gaieté,
Montagne des aigles. [Vote du traducteur .)
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La nouveauté de cette vie, l'obligation de faire de nécessité vertu et de suppléer à ce qui manquait par de nouvelles ir ventions, les heureuses idées de l’un, la pitoyable maladresse de l'autre, entretenaient tout le monde en bonne humeur. Addrich et son compagnon se plurent dans cette confusion et ce tumulte. Jls partagèrent avec un des groupes son solide déjeuner et ses énergiques plaisanteries. Puis ils allèrent tous deux plus loin pour visiter encore les gardes avancées du camp, qui avaient dû être placés le long de la Reuss et devant la ville de Mellingen.
Après un quart d’heure de chemin à travers les prairies, ils arrivèrent au taillis qui couvrait les pentes de la hauteur qui longe l’etroite vallée de la Reuss. Devant eux, assez près, était la petite ville de Mellingen. Sur le sombre torrent de la Reuss, on trouve, suivant l'art et le goût antiques, des murs d'enceinte et des fossés. Derrière s'élevait, par degrés, la montagne sauvage et boisée, et l’Heitersberg, par lequel un chemin escarpé conduit à Zurich.
« Descendon dans la petite ville, les troupes des francs bailliages l’occupent, dit Addrich; car nous sommes allés trop loin à gauche sur les prairies. L’avant-garde est dans le voisinage de Wohlenschwyl, sur la hauteur, près de la route de Lenzbourg. Suivons ce sentier; il conduit à droits, sans doute dans le village. »
Ils avaient fait à peine quelques pas, quand ils entendirent de loin retentir dans le taillis les voix et les cris des combat tants des campagnes. Leur sentier les eut bientôt conduits à une cabane isolée’au milieu d’un espace découvert, sur la pente de la hauteur, d’où on avait une vue libre sur la vallée, le torrent et la montagne. Un vieux chêne, qui étendait ses bras noirs sur le toit de chaume, semblait vouloir le protéger contre la tempête, et le derrière du bâtiment paraissait devoir sa solidité moius à lui-même qu’à l’appui d’un énorme bloc de granit, qui avait été amené là des Alpes par un des courants du monde primitif, et qui sortait encore à moitié de terre.
« Je gage, dit Addrich en montrant une petite croix de bois qui ornait le faîte du toit, que c'est ici le nid de quelque cénobite fainéant. Nous pouvons faire visite au frère des bois. On a toujours quelque chose à apprendre de ces gens. »
La porte était ouverte. Is enkrètent dans une petite pièce
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où l’on voyait encore sur la table deux bouteilles à moitié vides, des morceaux de pain et de la viande fumée , débris d’un déjeuner ou du souper de la veille. A droite, ils apercurent, sur un sac de feuilles, à terre, au lieu du frère des bois, un jeune et svelte guerrier profondément endormi.
Addrich, qui était entré le premier, recula à cette vue, regarda d'un air sombre du côté de Fabien, et dit:
« Si mes yeux ne me trompent pas, c'est un coquin qui a presque mérité une once de plomb dans le crâne. Je vais donner un coup de pied à ce misérable, et nous nous en irons ensuite. »
Fabien reconnut alors dans le dormeur le capitaine Gédéon Renold. Son cœur tressaillit. Il se détourna brusquement en criant :
« Fuyons cette peste. Qu’ai-je de commun avec ce scélérat? »
La vivacité avec laquelle il prononça ces mots reveilla le dormeur. Celui-ci se redressa sur son séant et regarda d’un air incertain les formes qui flottaient devant lui. Plus elles devenaient distinctes, plus ses yeux fixes et son expression devenaient ceux d’un homme qui aperçoit avec effroi des fantômes. Son pâle visage était rendu plus affreux par les teintes violacées et cadavériques répandues autour de ses yeux et sur ses lèvres.
Addrich, qui le crut malade, sentit à son aspect une sorte de sentiment de pitié, et il dit d'une voix douce et avec un enjouement forcé :
« Toi ici, Gédéon? Que fais-tu là, fainéant ? La paresse ne va qu'avec les gros revenus ou les hauts gibets.
— Quoi? des gibets, » dit d’une voix inintelligible, comme si les sons ne pouvaient sortir de sa gorge desséchée, le capitaine toujours immobile dans la même position.
Puis tout à coup, comme par suite de quelque réflexion, il se mit à crier à plusieurs reprises :
« Au meurtre ! à la garde ! au secours |
— Enfant! es-tu en délire? dit Addrich; ne me reconnaistu pas?
— Pourquoi me surpreriez-vous dans mon sommeil ? » reprit Gédéon en se levant tout à coup.
Et il les regarda tous deux, en même temps que ses gens épiaient tout autour, à droite et à gauche.
HE
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« Malbeur à qui met la main sur moi | Vous saves, je suis le commandant des avant-postes, et chaque cheveu de ma tête est protégé, bien que je me trouve en oe moment sans défense. »
En prononçant oe discours et d’autres semblables, il reculait sans les perdre tous les deux des yeux, et insensiblement, comme si ceux-ci ne devaient pas le remarquer, vers un coin enfoncé de la chaumièrs: là, il se courba brusquement de côté, saisit une épée couchée sur le sol, en jeta le baudrier par-dessus son épaule, et, se couvrant la töts de son chapeau qu'il avait pris en même temps, il l’enfonss profondément sur son front.
« Maintenant, messieurs, dit-il avec une fierté d'attitude et une fermeté de voix qui annonçaient le sentiment de sa sécurité; maintenant je vous inviterai, dans votre intérêt, à quitter sur-le-champ la place et à ne pas m’incommoder plus longtemps, sans quoi, l’un comme l'autre, vous alles recevoir la récompense de votre vil atteritat. | |
— Écoute, rude camarade, dit Addrich, je soupgonne que tu as perdu ton dernier grain de raison à l'incendie du lac de Thun, et ça ne te ferait encore que trop d’honneur, car autrement il n’y aurait pas en toi une fibre honnête. Il ne faudrait pas alors te pendre, mais seulement te plaindre. En tous cas, il a mis la charrue devant les bœufs, oelui qui t'a placé ioi comme commandant des avant-postes. Un fou doit être gardé, mais non monter la garde, et la place d'un scélérat n’est point parmi les honnêtes gens.
— Laisse lä tes insultes, infAme paysan, ou je te fais rentrer tellement la langue dans le gosier qu'elle ne fera plus jamais de faux serments, Je puis en tout temps me présenter aveo une conscience tranquille devant les honnêtes gens; mais toi....
— Oh! oui, interrompit le vieillard avec un sourire amer, tu peux te montrer quand il fait nuit, et tu peur te vanter de ta conscience; tu l'as asses large pour qu’une charrette de foin y puisse passer à travers; mais à ton approche on sent
l'odeur de l'incendie.
— L'incendie! s'écria le capitaine on se redressant. Que les cent mille diables te déchirent, car tu leur as depuis longtemps engagé ton âme scélérate. Comment! l'incendie? Et quand on t'enverrait un coq toute Cuankar war ta hersque
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des Mousses, ne l'aurais-tu pas mérité? Penses-tu que je me laisserai mener par le nez et battre avec les jongleries d’un Satan comme toi? Ne m’as-tu pas promis Epiphanie, et ne l’as-tu pas donnée à ce ohenapan? Par le martyre, par les plaies et le sang de Dieu, retire-toi, ou je te passe cette lame à travers le ventrel »
Addrich secoua la tête, et répondit tranquillement :
« Tes jurons ne nous feront point fuir. Mais je veux bien te répondre. Ma nièce est devenue la femme de cet honnête homme, parce que c’etait le dernier souhait de ma fille mourante et la volonté d’Épiphanie. Je ne t'avais pas promis de contraindre Fanny, et elle te haïssait de tout son cœur. Mais quand rien de tout cela n'aurait été, j'aurais jeté la fille de mon frère à la tête d'un palefrenier ou d’un porcher, plutôt que de la donner pour une tonne d’or à un incendiaire comme toi.
— Bon, bon, reprit Gédéon d’un ton ironique, triomphez, banquetez; vous verrez comment le diable assaisonnera votre repas de noce, car vous trouverez des orties et des nielles dans votre lit et de la vermine de lansquenet dans la ruelle Tu sauras ce que c'est que de manquer de parole à un brave officier. J'ai vu d’autres majestés.
— Moi aussi, repartit Addrich; j'ai beaucoup voyagé dans le monde; mais, sur l'honneur, nulle part, en decà et au delà des mers, je n’ai vu un aussi infâme coquin que toi.
— De grâce, laissez l'honneur hors de cause, cria Gédéon avec un rire amer. Il y a bien des honneurs qui traversent aujourd'hui la mer et qui ne s’y noient pas, parce qu’ils sont réservés pour la corde. Et maintenant, sortez d'ici... ou je...» Et il tira l'épée du fourreau. «Ma parole de cavalier, je vous envoie dans la gueule du diable. »
I n’avait pas encore achevé ces mots, que Fabien, qui avait écouté jusqu'ici l'entretien en silence, s'élança la lame à la main, et repoussant le vieillard derrière lui, s’ecria:
« Ah] vipère! Eh bien, mets-toi en garde!
— Oh! non pas! reprit Gédéon avec mépris, je veux te ménager; tu es né pour porter des cornes, et il faut que tu vives pour voir comment je donnerai ta maîtresse à tous mes hommes afin d'en user à leur plaisir. >
Addrich fit reculer le jeune homme et lui retint ls bte sa disant :