‹ Le Château d'AarauChapitre 25 sur 28 · ADDRICH DES MOUSSES · texte numérisé non relu

ADDRICH DES MOUSSES

fumants. Il ne se montra pas un voisin pour porters pas un seau d’eau. Les flammes tourbillonnaient tri et aucune cloohe n’a sonné. La fin a été affreuse. Di préserve des mauvais voisins ! Je n’ai rien sauvé, enfant, que ma vie et les hardes que je porte sur |. Aucune cabane ne s'ouvrit à Æsch pour me recevo. vieille mère Watti n’avait pas eu un cœur plus chréi serais morte dehors pendant l'orage.

— Et Epiphanie? cria Fabien, pâle comme un mo: tremblait de tout son corps en traversant la jeune ses regards fixes.

— Eile était descendue tous les jours à la tombe dı et le septième elle ne revint pas, dit Aenneli. Vous r vous comment la couronne d’herbe s'est séparée aı tre union , et le dernier mot de Faneli lors de vos Oh! de ma vie je n’oublierai ce douloureux maria jours d’enterrement sont plus gais. Si je n’etais triste, je rirais bien encore aujourd’hui de la miser: lette de la maride. Mais tout cela est maintenant bı a été pillé par le peuple. Que Dieu le lui pardonne!

— Et Epiphanie ! s'écria plus vivement le jeune . où est-elle? Parle donc.

— Demandez-le à celui qui sait tout, répondit fille. Nous l'avons cherchée, nous avons appelé son cime en cime et de bois en bois, tout le jour, teute toute la semaine, et nous n’avons point trouvé tra Nous avons interrogé toutes les vallées, tous les chal les villages jusqu'à Aarau, et la ville même. Per: l'avait vue le septième jour, personne ne l'avait rer comme à l'ordinaire, sur le chemin de Kulm, persor le village, ou comme d'habitude au cimetière. Les saient d’affreuses choses. Mais Faneli était un sai Oh ! certainement, elle était tout à fait un saint an, ceux qui prient et chantent à l’église ne sont pas de

“et sous le toit d’Addrich nous n'étions pas tous des des ténèbres. Lorsque je m’enfuis hier à Æsch, dev cendie et le peuple armé, ils me repoussèrent de le en me criant : « Va-t'en frapper à la porte de l'enfer « ouvrira, car on t'y attend. C'est le diable qui a en « ménage des Mousses. Il a commencé par enlever « sédée, puis, sept jours aprta , \n Enetcheuse 4

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«enfin dans sept jours il te prendra par la nuque. » Et pendant qu'ils me chassaient de leur village, les enfants criaient : « Servante de Satan ! fille de Bélial ! sorcière Aennelil »

L’impatient jeune homme répéta en vain ses questions sur Epiphanie. Il n’apprit rien de plus que ce qu’il savait déjà, quelques détails que la jeune fille lui donnât pour décharger son cœur, sur toutes les circonstances les plus insignifiantes.

Pendant ce triste entretien, devant la cabane, la mère Watti, la propriétaire, était aussi sortie. La vieille femme se lamentait tout haut sur le sort de ses deux fils, qui étaient allés au combat de Mellingen et qui n'étaient pas encore de retour. Cependant sa douleur ne lui fit pas oublier les soins de l'hospitalité, et elle in vita le jeune homme, ainsi que l’ancienne servante d’Addrich, à entrer dans la chambre pour partager son déjeuner du matin. Là, en présence de la chaude soupe au lait et du pain noir, il apprit par le bavardage d’Aenneli, sinon ce qui était le plus important pour tous, au moins beaucoup de choses qui ne lui étaient pas d’un médiocre intérêt. Il sut que la fille d’Addrich avait aimé secretement depuis plus d'un an le capitaine Renold, même quand elle avait connu son méchant caractère, et qu'elle n'aurait jamais pu renoncer à lui. Il apprit qu’elle avait obligé son père, qui aurait tout fait pour son enfant chéri, à ne pas emmener Fabien avec lui sans l'avoir marié avec Épiphanie dans l'église de Kulm. Elle avait reçu la nouvelle mariée à son retour de Kulm avec une joie infinie et lui avait avoué que la surprise de leur union avait été son œuvre et son dernier souhait avant de mourir. « Sans cette surprise, avait-elle dit, vous n’auriez pas été mariés de longtemps, je vous connais, peut-être n'auriez-vous jamais été unis devant Dieu, et la scélératesse de Gédéon aurait conservé le pouvoir de vous séparer peut-être pour toujours. »

Aenneli racontait encore qu’Epiphanie n'avait jamais eu de gaieté depuis. ce jour, qu’elle avait souvent pleuré en secret et qu'elle n'avait jamais quitté la maison jusqu’à la mort d’Eleonore. Cette mort, un paisible assoupissement, avait eu lieu le douzième jour après le départ d’Addrich. Mais per- ‚sonne, à l'exception des habitants des Mousses, n'avait accompagné le cercueil au champ de l'éternel repos, et, lorsque le convoi avait traversé le village, personne ne 8 4 EN \nion

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que le pasteur et le sacristain. Chaque matin depuis Épiphanié était allée en grand deuil avec des fleurs frafohes à la tombe de sa sœur, jusqu'à ce qu'elle ne revint plus.

Fabien, pour s'expliquer la disparition de sa jeune épouse, avait soupçonné un rapt et un.enl&vement; son soupçon se portait tour à tour sur l’homme à qui Épiphanie promettait un jour sur la Bampf tant d'amour, de confiance et de secret, et sur le capitaine Renold, dont il connaissait la passion violente pour Epiphanie. Il se rappelait les dernières menaces de Renold, auxquelles la terreur d’une conscience bourreke, que Gédeon n'avait pas cachée dans la cabane de l’ermite, donnait une affreuse vraisemblance. Tl se rappelait les paroles qu'avait alors prononcées le Suédois :

« Tu verras comment je livrerai ta maîtresse à tous mes hommes pour eu user à leur plaisir. »

— Ce n’est pas un propos en l'air, pensait Fabien en frissonnant. Le coquin n'aurait pas fait cette menace, s'il ne l'avait pas eue entre ses griffes. »

Il adressa alors cent demandes à Aenneli, si le capitaine ne s'était jamais, après le départ d'Addrich, montré dans la maison, si on n'avait pas vu aux Mousses ou dans le pays des gens inconnus et suspects.

« Non, répondit la jeune fille, jamais, si ce n’est hier, en ce jour de malheur où le peuple revenu du combat pénétra dans la maison et pilla tout. Mais l’épouvante me donna des ailes quand j’entendis hurler la foule, et j'étais dans la forèt avant que les sauvages paysans n’arrivassent. Tout brülait, et c'est alors que Baschi s’enfuit le visage ensanglanté dans la forêt et qu'il me rencontra. Je le reconnus à peine à ses vêtements; il me dit que o’étaient tous des étrangers, mais qu'il croyait avoir vu le Suédois parmi eux. Mais sans doute il fait tort au bon et beau capitaine que nous aimions tant et qui était choyé chez nous comme l’enfant de la maison. Oh! s'il avait seulement paru à l’heure fatale, rien ne serait arrivé. Mais maintenant... Comme Addrich va arracher ses cheveux blancs sur la tombe de Loreli et sur les cendres de sa maison, s’il vit et qu'il doive voir de ses yeux eet horrible spectacle! »

“ Aenneli parla encore longtemps avec des plaintes et des lamentations. Fabien ne faisait plus attention à ses paroles. Il en avait assez entendu: gar, aı Beachi sasit ere tecannaître

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le Suédois dans la bande des incendiaires, c'était pour lui une preuve incontestable que Gédeon Renold avait été l’instigateur de l'œuvre de destruction. Il s’élança de son banc; il voulait chercher le vieil Addrich abandonné; il voulait courir partout sur les traces d’Epiphanie; il voulait poursuivre le oapitaine Renold jusqu'à ce qu'il l’eût trouvé. Cent projets traversaient à la fois son esprit, et chacun lui semblait demander une exécution plus immédiate que les autres.

« Mais moi, oria la jeune fille d’un ton lamentable, en se jetant sur lui et en le serrant avec angoisse contre sa poitrine, lorsqu'après un remerciment et un court adieu il se disposait à partir. Mais moi, au nom de la miséricorde divine, me laisserez-vous, pauvre orpheline, périr dans la misère? Je suis seule au monde. Personne ne me connaît, personne ne veut de moi, >

Fabien plein de pitié prit quelques pièces d'argent ot les lui donna en disent :

« Rends-toi à Aarau, va trouver le pieux doyen Rusperli, dis-lui notre affreux malheur et prie-le, en mon nom, de se charger de toi. Ilsera ton soutien. Va, mon enfant, va avec Dieul »

ll s’arracha des bras de la jeune fille et, s’élançgant hors de la maison, il se mit à gravir la montagne du haut de laquelle il était descendu la nuit précédente, en proie à tant de trouble d’esprit et de désespoir.

Le combat du lac d'Herzogenbuch.

N allait aux Mousses. La pitié pour Addrich l'y appelait. 1 rougissait de sa ‘propre faiblesse d'avoir abandonné l'infortuné vieillard dans un moment où le ciel et la terre s'étaient conjurés pour abattre l’inebranlable courage du martyr aux cheveux blancs. Il rougissait de l’égarement qui, à la

pensées du sort d’Epiphanie, l'avait {ik erter &Xauaniıre. |

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