‹ Le château d'AnetChapitre 3 sur 18 · L'ORNEMENTATION · texte numérisé non relu

L'ORNEMENTATION

Presque tout ce qui ornait Anet au temps de Diane a disparu. Pourtant, à laide de différents textes, il est possible de restituer la physionomie d'ensemble de la déeoration. Plus heureusement encore, il reste, à Anet ou ailleurs, quelques-uns des plus purs chefs-d'œuvre de ee château.

L'ensemble décoratif. — L'impression d'ensemble qui se dégage pour nous de la reconstitution des choses disparues ou de l'étude de celles

LE CHATEAU l>K DIANE 1 » I : POITIERS 3g

(jui ont été sauvées esl celle d'une grande somptuosité. Les contemporains furent très admiratifs. L'ambassadeur d'Angleterre qui visita A net en i 55 j, déclare que les curiosités du château étaient « si somptueuses et si princières qu'il n'en avait jamais vu de semblables ». Le florentin Gabriel Simeoni, grand voyageur et, de ce chef autant que par sa nationalité, habitué à voir de belles œuvres, écrit en 1 55^7 : « La Maison dorée de Néron n'eusl seeu estre ni plus riche ni plus belle. » Brantôme parle de a la belle Maison d'Anet qui devait servir pour jamais d'une telle décoration à la France qu'on ne peut dire pareille ». Enfin, Joachim du Bellay qui parle quelque part du « Paradis dWnet », énumère avec plus de précision, en un de ses sonnets, les principales beautés du château :

De vostre Dianet — de vostre nom j'appelle Vostre Maison d'Anet — la belle architecture,

Les marbres animez, la vivante peinture, Qui la font estimer des maisons la plus belle.

Les beaux; lambris dorez, la luisante chapelle, Les superbes dongeons, la riche couverture, Le jardin tapissé d'éternelle verdure, Lt la vive fontaine à la source immortelle...

Montrent un artifice et despence admirable.

[Les Regrets, Ll

(Test donc bien une impression de riche décoration qu'on éprouve en évoquant par ces textes l'intérieur du château au temps de Diane.

/|<> 1,1 (Il \ II. \ I h \ M. i

Mais quelle était («'lie décoration? Dans une ccriaiiic mesure, <■! en dehors des quelques chefsd'œuvre <|ui restent, nous pouvons ;t L'aide du livre de Lemarquant nous en faire une idée.

La décoration était surtout constituée par !<• mélange des marbres, des panneaux de bois et des lambris peints. Les cheminées de marbre y étaient nombreuses. Elles étaient parfois surmontées, comme ornement, par un sarcophage tel que celui qui a été reconstitué dans le salon rouge actuel. Les chambranles des portes étaient eux-mêmes en marbre dans certaines pièces. Là encore, un motif en forme de tombeau se rencontrait parfois. Ce symbole parait s'être multiplié à Anet.

Nous pouvons nous rendre un compte plus exact de ce qu'étaient les boiseries, parles quelques portes qui restent, soit à Anet, soit à Paris. Les lignes de leur encadrement en étaient simples et harmonieuses. Il semble que les plus modestes offraient un intérêt d'art a en juger par le dessin de celle de l'Orangerie. Aussi n'est-on pas surpris devant la beauté des portes du grand portail, de la chapelle ou plus encore devant la richesse de celles qui se trouvent à l'Ecole des Beaux-Arts, à Paris. Les panneaux de ces portes, en général pleins, mais quelquefois à jour, comme ceux de la porte principale de la chapelle, représentent en leurs sculptures des motifs allégoriques, des chiffres, les armes de Diane et d'Henri II. Souvent les reliefs sont dorés. Le travail en est souple, ingénieux et léger. Il n'y a pas encore la profusion de

LE CHATEAU l»i: DIANE DE POITIERS

détails el l'excès de goût mythologique qui va bientôt envahir les meubles. Os portes se fer-

Panneaux de porte EN BOIS SCULPTÉ 11 DORÉ (Bibliothèque de l'École des Beaux-Arts.)

inaient à Taide de belles serrures de même style, comme on peut en voir quelques-unes encore

I • LE CHATEAI h \ M. i

Les plafonds constituaient un des principaux ornements du château d'Anet. En voici un décril par Lemarquanl el qui datait évidemment du temps

de Diane : « Le plat-fonds de cette salle une salle de l'aile gauche] est un parquel à compartiments, décoré de sculptures et de dorures. Dans l'un brillent les armes de Diane de Poitiers, dans d'autres des emblèmes qui ont rapport à la laveur dont elle jouissait. Ici une Mèche qui traverse deux branches d'olivier entrelassées, avec cette inscription : Sola vivil in Ma; là une lune en croissant avec cette devise : Donec totum impleat orbem ; sur les poutres un javelot avec cette légende : Consequitur quotcumque petit1 » On peut se faire une idée des anciens plafonds d'Anet par celui qui a été transporté au pavillon du Gouvernement. Il provient d'une salle de l'aile gauche et malgré quelques restaurations et peut-être un groupement factice des caissons, il est bien un témoin fidèle du genre de décoration qui régnait au château.

Les motifs que nous trouvons en ce plafond, augmentés de deltas, de flèches et de D ou d'il entrelacés, de bueranes, de branches d'olivier, de devises et de grotesques étaient répandus sans compter sur les panneaux, dans le marbre, dans la pierre, aux balustrades, sur les crêtes des combles, même sur les petits carrés émaillés qui ser-

1 irc inscription : (Lire in illo) . Seule elle vit en lui — 2e : Jusquït ce qu'il complète son cercle (c'est le sens littéral appliqué au croissant de lune). Jusqu'à ce qu'il remplisse le monde (sens allégorique). C'était la devise de Henri II. — 'ip Elle atteint tout ce quelle désire al teindre.

LE CHATKAU l)K DIANE DE ÎUHTIKHS

vaient au pavement. C'est sans doute dans la charmante profusion de ces emblèmes caractéristiques que se retrouve le mieux l'influence de Diane1.

'Nous savons en effet qu'elle s'intéressait vivement aux travaux el qu'elle intervenait parfois. Philiberi de l'Orme le laisse en effet très nettement entendre quand il dit, parlant de « planchers quarrez» : o j'en fis faire à Anet malgré moi, parce qu'il m'estail commandé. >■ D'autre

I LE CHATEA1 I» \M I

Là peinture concourait aussi ;i l'embellissement du château. M;iis ;i pari quelques rares panneaux, qui ont été sauvés et ont servi à des reconstitutions, nous n'avons pas de renseignements I > i < - r i précis. Cependanl la Description anonyme de 1640 contient quelques détails intéressants. Son rédacteur parle d'une galerie « toute remplie de plusieurs excellents tableaux de païsages H autres représentations ». Il est déjà vraisemblable que ces tableaux venaient de Diane, car on ne voit lequel de ses successeurs jusqu'à cette époque eut pu ou voulu taire ces embellissements. Ce que nous savons deux autorise l'hypothèse. Mais il est une partie de l'ornementation picturale qui, certainement, vient de la première châtelaine. La Description en eiïet continue en parlant de nombreux poitrails de Diane de Poitiers1, d'un portrait d'Henri II et de bien d'autres, parmi lesquels sont des personnages de la famille de la duchesse de Yalenlinois. Enfin Lemarquant signale en maints appartements des décorations de lambris et notamment des arabesques qui doivent être reportées au temps de la construction.

part dans une lettre de Diane au Connétable de Montmorency, on lit : « ...je ne vous scaurais parler que de nies massons où je ne pertz une seulle heure de temps... »

1 II y est dit notamment que Diane y est « tantost peinte en chasseresse, en la forme et nue comme la Diane des anciens temps, tantost richement vestue et en grande pompe à la mode du temps, tantost comme elle estait en ses plus jeunes ans, et tantost plus asgée... » On saisit dès ce moment la confusion qui pendant longtemps a été faite entre les Dianes allégoriques et les portraits vraiment iconographiques de la grande sénéchale.

LE CHATEAU DE DIANE DE POITIERS j5

Pour les meubles nous sommes très peu renseignés. Nous pouvons toutefois aisément croire à leur beauté non point seulement pour les raisons générales, tenant à l'histoire de l'art du bois à cette époque et au désir de magnificence de la châtelaine, mais aussi parce qu'il en reste deux dans le château actuel dont l'origine parait authentique et qui légitiment celte appréciation. Le premier, un bahut, dans le salon rouge, passe pour être de J. Goujon l. Cette attribution n'a d'autre valeur que celle d'une tradition locale. Ce qui est plus certain c'est qu'il est exquis et qu'il porte les caractères propres à l'école de J. Goujon : motifs décorai ifs antiques, dessins d'architecture, personnages dans des niches, incrustations de marbres dans le bois. Le travail décèle une main habile. Il se pourrait que ce meuble eut appartenu au mobilier primitif. Cette affectation parait certaine pour le beau lit à colonnes qu'on montre dans la chambre dite de Diane2. C'est un très beau spécimen de l'ameublement de Diane de Poitiers, mais il ne faut y voir ni l'influence de Philibert de l'Orme ni celle de Jean Goujon. Il y a plus de fantaisie gracieuse que chez le premier, moins de simplicité harmonieuse que chez le second. On y retrouverait plutôt un meuble du style François Ier. La courtepointe et la courtine en soie brochée

1 II provient du château de Louye, non loin d'Anet, où il était allé après la vente des meubles d'Anet.

* Un hôtelier d'Anet en avait été l'acquéreur lors de la dispersion

des meubles du château .

î<) LE CHÂTEAU D'AN RI

relèvent «lu même art el s'harmonisent avec la boiserie.

Les tapisseries Parmi les richesses décora

tives du château d'Anet, nue place spéciale semble devoir être faite aux tapisseries. Philibert de L'Orme écrit en effel en parlant des portes : « Quant à y faire ornements, moulures ou corniches, j<" n'en serais point d'avis ». ce sérail « argent perdu » ; car « les diets ornements ne se voient à cause de la tapisserie qui est toujours devant une porte ». La vogue des tapisseries durait depuis Longtemps déjà. Nous savons même que, désireux d'enlever aux Flandres une part de leur ancienne reuoiiinu e, François Ier avait créé, vers 1 535, a Fontainebleau une fabrique dont de l'Orme devait, sous Henri II. prendre la direction.

Le château d'Anet possède encore quatre des tapisseries tissées pour Diane, sur des métiers de haute lice et sortis de cet atelier. C'est L'opinion formelle de M. J. Guiffrey. Non seulement les sujets se rapportent tous à Diane, mais on y trouve, outre les éléments décoratifs des cadres, analogues à ceux qu'on voyait un peu partout dans le château, les armes de la duchesse, en haut dans les angles et, même malgré le chiffre des Grille1, en bas, son propre monogramme. Les sujets des quatre tapisseries représentent : i° Latone changeant les

1 Ces tapisseries étant venues on ne sait comment en possession de la famille italienne des Grille, ceux-ci avaient fait tisser leur propre chiffre sur celui de Diane.

paysans en grenouilles (naissance de Diane ; 2° Diane tuant le chasseur Orion ; 3° Diane sauvant Iphigénie ; 4° La Mort de Méléagre. Il n'\ a plus la

Pholo E. Léi j .

Tapisserie dite des « Grenouilles » atelier de Fontainebleau.)

naïveté des tapisseries du xiv' siècle ni même du xv', mais l'effet en est très décoratif et les Ions sont demeurés le plus souvent 1res purs ci forl harmonieux. La composition y esl équilibrée avec bonheur. Ce n'csi pourtanl poinl vers le molif central

[8 i i i n \ i i \i n'wi i

que L'intérêl esl particulièremeni attiré. Une très grande partie de La beauté <l<- ces tapisseries vient de la bordure qui les encadre. Dans certains détails du sujet central on seul quelque italianisme Mais L'encadrement avec son mélange de croissants, d'arcs, <le carquois, de tètes de chiens et de cerfs, de torses féminins et masculins, de deltas et de D enlacés est exquis d'originalité dans Le groupement et de simplicité dans l'effet. Gomme L'écrit M. Guiffrey : « On ne saurait rien imaginer de plus riche et de plus ingénieux à la fois que ces admirables bordures, bien françaises d'inspiration et de goût. Il est visible que lors de leur exécution, Philibert de rOrme a remplacé les Italiens comme suprême ordonnateur des constructions et des manufactures royales1. » Ces belles pièces offrent encore L'intérêt de leurs dimensions qui sont environ de 4m>7° de hauteur sur 4m, io de largeur. « Capables, comme ajoute M. GuifFrey, de soutenir la comparaison avec les chefs-d'œuvre les plus vantés des fabriques étrangères », ces tapisseries sont sinon les uniques du moins les très rares spécimens de la fabrication si courte (environ vingt-cinq ans de Fontainebleau 2, à la condition d'y ajouter la cinquième pièce de cette série qui appartient aujourd'hui au Musée de Rouen. Ces très belles tapisseries, tissées dans une manufacture royale, dirigée

1 J. GuifFrey : Histoire de ta Tapisserie .

i M. Muntz serait disposé à accorder à cette fabrique deux autres tapisseries : une Bacchanale entourée de grotesques, et une série de grotesques. (Coll. part. — Cf. E. Miintz : La Tapisserie .

LE CHATEAU L)K DIANE 1>K POITIERS zj<)

par Ph. de l'Orme, à l'époque de la décoration inlerieure d'Anet, elen harmonie avec celle-ci, doivent être attribuées au mobilier primitif de cette maison

Les vitraux. — Avant que Vendôme lui posses"

seur du château, les vitraux s'y comptaient m grand nombre. On ne les voyait pas seulement à la chapelle, mais encore dans bien des fenêtres. De l'Orme même nous parle des vitraux « en façon d'émail, comme sont les vitres que j'ai faict faire. dit-il, au chasteau d'Annet qui ont été des premières vues en France pour émail blanc >>. C'est ce qu'on a appelé les grisailles d'Anet1. Il n'en reste malheureusement que des fragments très mutilés 2, qu'on a raccordés entre eux par des parties neuves, et qui forment huit panneaux clans la Bibliothèque actuelle. Sur des fonds translucides et décolorés, des sujets, simples de ligne et de modelé, traduisent différents épisodes de la mythologie ou reproduisent les chiffres et emblèmes de Diane et du Roi. De charmants encadrements les entourent aujourd'hui, mais ils sont une reconstitution d'après Lenoir. Or ce dernier semble bien les avoir ajoutés en copiant tout simplement ce dessin sur la planche Ve de Du Cerceau, dans Les Gva n ds Ara besq ne s .

1 Le dessin est formé par un trait noir tracé au pinceau. Le modelé s'obtenait par dos couches d'émail blanc et translucide, donl le nombre on l'épaisseur donnait les valeurs différentes des tons.

- Ils furent trouvés par. M. Morean ù Anet ou dans la campagne voisine.

Il CIIATEA1 I» \ M I

Quel esl L'auteur de ces grisailles .' La tradition semble s'être établie dès le \ \ i m siècle, au moins, de les attribuer à Jean (Ions in Ce qui esl certain, c'esl que Lenoir qui, comme le dil A. de Montaiglon, « savail parfois trop de choses » n'hésite pas à les attribuer à Cousin. Rien n'autorise cette attribution el il n'apporte aucune preuve. Nous connaissons si peu cet artiste mystérieux, qu'il faut nous tenir en garde contre les tentations d'attribution par raisonnemenl ou par analogie. Nous savons seulement qu'il lui es! arrivé de donner des <;irlons pour des vitraux. Comme « imagier » il parai! avoir passé de son temps pour un artiste de second ordre. Sur les Comptes des Bâtiments du Roi il esl indiqué comme gagnant quatorze livres par mois. Est-il dès lors légitime de lui laisser une part si considérable dans l'œuvre collective des artistes collaborateurs de Philibert de l'Orme?

Far contre, il se pourrait que nous pussions retrouver en ces vitraux une main plus illustre et surtout, pour certains historiens, plus inattendue en ce lieu, celle du Primatice. Je dois en effet à la compétence de M. L. Dimier un renseignement plein d'intérêt. Au cours des recherches entreprises par lui pour son étude sur le Primatice, il trouva au Musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg, un dessin représentant, dans un nuage, Diane qui vient de lancer sur une jeune femme, renversée à terre, une flèche dont elle a traversé la langue de celle-ci. Plus tard le hasard mit sous ses veux un texte, bien peu connu, cYi.n anonyme du

LE CHATEAU I>i; IMAM-; DE POITIERS

xviii0 siècle (jui, ayant visité Anet, vit les débris des « fenêtres peintes». Le narrateur écrit: a Au bas d'un

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Chioné percée d'une flèche pu; Diane

(Dessin du Musée do L'Ermitage

tableau qui représente Chioné percée d'un trait de I )iane, (jue Ton voit en l'air portée sur un nuage ' . . . »

uionymc (abbé Leblanc?] Observations sur les ouvrages </e

.) 2 II Cil \ l 'EAl D \M I

Sini le quatrain français qui accompagnai! chaque sujet). Le Conservateur en chef du Musée de l'Ermitage avant l)icn voulu, sur ma demande, faire photographier le dessin en question, on peut se pendre compte que celui-ci correspond exactement a la description. Or, tout permet d'attribuer au Primatice le dessin représentant cette fable, du reste peu connue des artistes en général. C'est pourquoi il me semble légitime de réserver celle part au peintre italien dans la décoration du château d'Anet. Nous ignorons l'atelier où Curent exécutées ces grisailles. Cependant une hypothèse peut se formuler. Philibert de l'Orme nous dit qu'il les a « faiet faire », ce qui indique qu'il a dû tenir à en surveiller le travail, d'autant qu'elles ont été « des premières veùesen France ». Or. une corporation de peintres verriers, que nous connaissons par un édit de Henri II, en i 555, existait à cette époque à Anet. On peut dès lors supposer que les vitraux du château furent exécutés dans les ateliers du bourg.

Les émaux — Les émaux d'Anet1 sont célèbres et ils le méritent. Nous nous trouvons en leur présence devant une série complète et sans mutilation, même de détail, d'un des plus notoires chefsd'œuvre de L Limosin. Ils sont authentiqués par les deux initiales de Pémailleur LL sur les plaques

M. M. de V Académie de peinture et de sculpture, exposés au Satan du Louvre, en Cannée 17 V).

' Us se trouvent aujourd'hui à l'église Saint-Père de Chartres.

de sainl Paul et de saint Jean, et la date (547 sur

('elle de saint Jacques le Mineur. M. A. Alexandre a proposé de voir en eette série une suite indépen-

5 i le en \ti;\ i i » \ n i i

(huile des apôtres <l Anet. Mais le texte d<- Lemar- (|ii,ini. une communication à la Société des Antiquaires de France, faite par L. Delisle, le \6 novembre 1870, enfin les travaux de Gh. Duplessis ne permette ni plus de doutes. De qui sont les dessins de ces émaux ? A la suite de L. de Laborde1, on les a attribués à RocheteL Qu'il faille passer par ce dernier, cela est certain; mais peut-être ne faut-il voir en lui qu'un intermédiaire, ce qu'il étail d'ordinaire. Il se sérail borné à préparer, au point de vue spécial de la copie par rémail, les dessins fournis par un artiste créateur, le Primatice. La démonstration (pie tente M. Dimier à ce sujet est séduisante, et sa conclusion est très affirmative, car il écrit en parlant de ce peintre : i< j'ai pu restituer au maître une série de pièces d'émail fameuse -. » (Test la série d'Anet.

Au centre de ces grandes pièces, uniques (Tailleurs par leurs dimensions (l'ensemble delà plaque mesure om.c;2o de hauteur sur om,425 de largeur l'apôtre se dresse, en pied, porteur de l'instrument qui le caractérise. Une bordure l'encadre contenant, en haut, son nom, au centre des bandes latérales les F de François Ier qui les avait commandées ; la salamandre est figurée dans le bas Des arabesques charmantes accompagnent ces motifs. La tonalité générale de l'œuvre est claire et chantante, avec de beaux reflets accusés par les légers

1 L de Laborde : La Renaissance des arts à la <■"/// de Fiance. ' L. Dimier: Le Primatice,

reliefs et les méplats du cuivre qui soutien! l'émail. Leur transparence, sans permettre d'atteindre le métal, laisse, pour ainsi dire, l'œil pénétrer dans la pâte même. Il y a cependant un peu trop detendance à l'effet dans l'attitude des Apôtres et quelque lourdeur dans les draperies ou dans le rendu de certains muscles. Par contre les bordures, comme le dit très justement A. de Montaiglon, « sont d'une légèreté exquise et de la grâce la plus heureuse ». A coup sur on ne peut nier, en ces émaux, tout au moins, une influence italienne et même Primaticienne.

La Bibliothèque. — S'il y avait, lieu d'essayer une étude psychologique complète de Diane de Poitiers, Je principal intérêt présenté par sa bibliothèque résiderait dans le choix de ses livres On y verrait que ceux qu'elle préféra furent toujours des ouvrages français. Celle bibliothèque, augmentée d'acquisitions postérieures, fut vendue et dispersée en 1734» comme en fait foi le catalogue du libraire P. Gandouin, chargé de cette mission, et qui figure dans la Bibliothèque actuelle du château. Mais son principal intérêt est pour nous dans ses reliures. Elles y sont en général riches et élégantes. On y retrouve avec les chiffres, monogrammes, armoiries et de\ ises de Diane. les arabesques en honneur dans la décoration du reste du château. Mais il faut se garder d'attribuer à Diane tous les livres dont la couverture est ornée de croissants ou de II I).; beaucoup appn:*-

i,k chateai n \ni;t

tiennent ;i Henri II. Diane faisait souvenl apposer

sur le plal d<'s siens ses propres armes, parties

de Brézé ei de Saint-Vallier, enfermées dans un cartouche en losange. El élance el sobriété carac térisaienl ces reliures

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