LA SCULPTURE
Malgré la sobriété de l'art de Philibert de I < )rme1 la sculpture jouait un assez, grand rôle a Anet. Elle se présentait parfois sous forme géométrique dans les frises, corniches, colonnes et encadrements. Mais elle connaissait aussi la fantaisie et la souplesse soit dans certains enlacements autour des colonnes, soit en certains chapiteaux, ou en d'autres motifs décoratifs. C'est ce qu'on peut constater sur la vasque de fontaine qui se trouve aujourd'hui à l'extrémité de l'aile gauche et qui jadis ornait un des parterres \ Une simplicité pleine de grâce la caractérise et lui donne une allure toute française, bien que l'élégance italoantique s'y lise aisément. La sculpture comptait aussi, à Anet, quelques bas-reliefs et quelques œuvres en ronde bosse. Pour la plupart on se trouve dans l'impossibilité d'avancer un nom de sculpteur, notamment pour le cerf et les quatre
1 Cette vasque fut trouvée en 1842 dans des travaux de terrassement, au château: son couronnement le fut en 1844 chez un tonnelier d Anet. Le support est moderne. C'est la copie d'un des pieds des autels de la chapelle découverts par Barhet de Jouy au Louvre.
LE CHATEAU l>K DIANE DE PuiTIKKS
chiens du grand portail, superbes d'allure au peste, niais d'origine douteuse1. Pour le médaillon, en bas - relief, placé sur la cheminée de la salle à manger, où l'on voit Diane nue, près d'un cerf, il ne faut y reconnaître qu'un travail d'école où l'influence de J.
Goujon s'est fait sentir. D'ailleurs, en dépit de l'exemple de Lenoiretde bon nombre des historiens d'Anet, Ion ne saurait être trop prudent dans ces questions d'attribution.
Jean Goujon à Anet.
— Il n'y a pas à le dissimuler, la preuve matérielle de la présence de J. Goujon au château d'Anet fait défaut, et, malgré mes
l'hoti. cii. Meunier
Femme ailée
(Placée sou> lo péristyle de la chapelle.)
1 Le groupe actuel est un surmoulage exécuté par ordre du comte de Leusse. Mais oà l'artiste, chargé par M. <lc Caraco an de la première restitution, a-t-il pris ses modèles ? Les originaux n'existaient plus à cette époque. Il faut doue voir en ce groupe une restitution d'après les vieilles estampes.
58 LK CHATEAI d'àNEI
recherches, j<' n'apporte aucun document nouveau. Il j * i « * semble cependant qu'on pourrail tirer un meilleur parti qu'on ne le lait de La découverte de M. Bapst, où nous voyons Goujon recevant du roi. en [554, l'office de « récepteur des aydes en l'élection d'Evreux ». N'y ;i-t-il point en ce Fait un argument en laveur de la présence de J. Goujon à Anel plus encore qu'en Faveur de son origine normande ? En i554, on est encore occupe au travail de décoration au château. Si Goujon y a travaillé c'est le beau moment de ^<is travaux. Or Anet est situé à proximité d'Evreux. On aurait agi pour le grand sculpteur connue pour l'architecte, puisque, en 1 548, peu après son arrivée, Ph. de l'Orme obtenait le bénéfice; de l'abbaye voisine d'Ivry. Du reste, sur la foi d'une ancienne el solide tradition, d'après l'étude comparée des œuvres, sur quelques autres indices encore, le doute aujourd'hui n'est en l'esprit de personne. A. de Montaiglon, M. Gonse, Sir Reginald Lister, enfin M. Paul Vitry 1 laissent bien à J. Goujon sa part incontestée a Anet.
L'Atelier de Jean Goujon Goujon travailla
donc ta Anet. Mais est-il l'auteur de toutes les sculptures qu'on lui attribue? Il est peu vraisemblable que l'artiste, à ce moment en plein renom et très occupé, ait passé son temps à ciseler, par exemple, les tètes de chérubins qui garnis-
1 P. \ itrv : Jean Goujon.
DO
seul les caissons de la voûte, dans la chapelle. D'autre pari nous possédons un compte au nom
de Jean Marchand « tailleur de pierres », a Paris, mais passé à Anet, par devanl notaire, pour une fontaine triangulaire, du reste destinée à Saint ( ler-
00 LE CHATEAI h W I i
main '. Il n'y avail donc pas uniquement J Goujon comme sculpteur à Anet.On devine aisément toul un atelier autour du maître. Nous en retrouverons plus tard la survivance. Cesl ;i cel atelier, si Ton n'ose remonter jusqu'à la main même de Goujon, qu'on peul attribuer les Renommées <l<' la porte monumentale, à la façade principale, et les quatre ligures mythologiques qui en garnissaient les piédroits. 11 en est de même pour les deux femmes ailées, presque nues, qui furent quelque temps des A*iges, a Saint-Pierre de Dreux. Leur corps allongé et gracile, sculpté a très bas relief, rappelle J. Goujon. Pareillement les trois ligures en bas-relief, mutilées, qu'on voit rangées dans un coin du péristyle de la chapelle doivent être les restes d'une décoration sortie des mêmes ciseaux. Si une malheureuse incurie n'avait pas pendant longtemps régné, au xix° siècle, sur les restes épars du château, nous posséderions sans doute un chef-d'œuvre de plus. C'est le grand bas-relief de Y Ascension, provisoirement déposé dans une des deux cages d'escalier de la chapelle. La composition, très nette, bien que les ligures aient été en partie effacées ou même mutilées, rappelle l'harmonie des tableaux de Raphaël. Les plis des vêtements, l'aisance des attitudes, non complètement dépourvues de léger maniérisme, le méplat très caractéristique font souvenir du jubé de Saint-Germain-l'Auxer-
1 L. de Laborde : Comptes des Bâtiments du roi .
LK CHATEAU DE DIANE I>K POITIERS (il
rois. Tous ces morceaux sortent de l'atelier d'Anet '.
Les bas-reliefs. — Mais il est quelques œuvres qu'on peut hardiment attribuer, en entier, à Jean Goujon lui-même. Ce sont les bas-reliefs de la chapelle et la Fontaine de Diane. Ces œuvres furent exécutées de i55^> à 1559, comme para î t l'avoir établi M . Vitry.
Les huit Renommées de la chapelle sont placées dans les écoinçons qui surmontent les quatre arcades intérieures. Ce sont de jeunes femmes ailées, dont quatre tiennent des couronnes et des branches de laurier tandis <|ue les quatre autres sonnent de la trompette. Leur corps élégant s'allonge avec souplesse et aisance, suivant la ligne harmonieuse des arcs. Leurs vêlements légers, qui les dévoilent en partie, (luttent autour délies s;ms accuser ni dissimuler leurs formes; un discret ornement doré se déroule sur la draperie et avive Tellet général. On sent le nu païen des Grecs du ive siècle retrouvé d'instinct par un artiste à la fois sensuel et délicat, épris de belles lignes mais éloigné de toute volupté.
Les huit enfants porteurs des instruments de la Passion, d'un modelé plus savoureux, n'ollïent pas tout à fait la même élégance charmante. C'est
1 11 faut ajouter à cette liste les deux figures de la Foi et <le la Force données par M. de Caraman au Musée du Louvre, où elles figurent assez étrangement sons le nom de G. Pilon On \ retrouve le même art que dans les précédents morceaux. Ces deux figures, les Anges ailes et Y Ascension, proviennent de l'église paroissiale.