‹ Le château d'AnetChapitre 5 sur 18 · II. CHATKAI l> AN Kl · texte numérisé non relu

II. CHATKAI l> AN Kl

que, malgré la connaissance <|u il dui avoir des a antiques » rapportés peu auparavant d'Italie par

Photo Gi rau'lon.

AxGli PORTANT UN ATTRIBUT DE LA PASSION

(Voûte de la chapelle.)

Le Primatiee, Goujon prit surtout pour modèle la nature et pour intermédiaire sa vision propre. C'est pourquoi, pénétré de ce qu'il y a d'encore

inachevé dans les lignes plastiques des enfants

en bas âge, désireux de rendre fidèlement la répartition si caractéristique des creux et des reliefs en ces jeunes corps, il cisela ces figures a la fois si vraies et si aimables. On ne peul vraiment (jue souscrire à ce que dit M. (ionse rangeant la voûte de cette chapelle dans « ce que le libre génie du maître a produit peut-être de plus séduisant et de plus délicat ». Il y ajoute la Féminine de Diane.

La Fontaine de Diane. — Cette fontaine est un grand el beau morceau de sculpture triomphale proclamant la beauté du corps féminin1. 11 n'y a aucune provocation en cette déesse, nue, à moitié allongée sur le cerf dont son bras droit entoure le col, tandis que la main gauche tient l'arc. De chaque côté, et en arrière, les deux chiens, Procion et Syrius, contribuent à l'équilibre de la composition et complètent la signification de l'œuvre. Malgré la très réelle allusion qui se devine aisément, on a renoncé avec raison à voir en cette Diane le portrait de la duchesse de Valentinois. Il s'agit en cette fontaine de la déesse chasseresse, vivant dans les solitudes boisées, parmi ses animaux familiers, fière de son corps harmonieux et sain. Nous sommes ici en présence non seulement d'un chef-d'œuvre mais encore

1 (le qui en reste, c'est-à-dire la partie supérieure, el essentielle, se trouve au Musée du Louvre. Dans L'intérieur on avail aménagé des tuyaux qui amenaient l'eau au dehors.

LE (Il \ II. \l H W I l

dune œuvre initiatrice. Nul, avant Jean Goujon, n'avait, en notre art, osé s'attaquer à te] sujet et risquer telle interprétation. C'est te grand nu plastique <jui entre dans noire sculpture. <)n avait parfois dévêtu le corps au moyen âge ou dans la pré-Renaissance; ce n'avait jamais été dans ce sentiment. Goujon lui-même n'était pas encore allé jusqu'au bout de celle nouvelle formule d'art. Si on reconnaît en ses reliefs du Louvre, de la Fontaine des Innocents, de Carnavalet, le même ciseau païen, c'est en la Diane que se réalise l'œuvre complète et vraiment révélatrice Est-ce à dire qu'il n'y ait qu'à admirer en cette œuvre? On peut lui préférer les exquises frises de la Fontaine des Innocents. On peut même établir certaines réserves sur le corps de la déesse. Si la ligne gauche du corps est charmante de grâce. sans mollesse, si le mouvement des jambes continue avec élégance et justesse la ligne du torse, si le galbe de la figure est pur, on peut trouver une certaine monotonie et quelque raideur même au côté droit du buste. Mais qu'importe? Pour être tout à fait juste à l'égard de ce beau corps il faut aussi regarder les œuvres de la sculpture française jusqu'à lui. Si elles furent souvent admirables, elles ne furent pas moins différentes. La Diane d'Anet, indépendamment de sa beauté propre, est donc la première œuvre d'une longue postérité. Cependant cette figure ne doil pas détourner l'attention du cerf et des chiens, si vrais et si vivants. Elle ne doit même pas faire tort au pié-

La i o\ i m m de Diane. Ëtai \> 1 1 i i | Purlic supérieure. Vu Loua rc. |

<><> LE GHATEA1 d'àNET

destal. De celui-ci il ne reste *| u «• l<- Bupport prin cipal, dont La Forme rappelle, sans tristesse toutefois, les sarcophages décoratifs si nombreux jadis à Anet. Le chiffre de Diane des I) entrelacés \ su i l une frise qu'accompagnent des crabes, des écrevisses el des branches «le laurier qui entouraient jadis le Losange dés armes de La duchesse. (l'esi exquis d'ingéniosité dans la composition el de grâce vivante dans le rendu Autrefois, cel ensemble se dressait a une assez grande hauteur, élevé qu'il était sur un soubassement à arcades soutenant lui-même un support accoté de quatre chiens assis1. Le tout était entouré, au bas. d'un bassin rectangulaire.

De qui était cette partie architecturale? De Philibert de l'Orme? 11 se pourrait, car on y retrouve le style qu'il aima. Mais pourquoi ne serait-elle pas deJ. Goujon lui-même ? Nous savons en effel qu'il fut « studieux d'architecture » et que. pour sa part de collaboration à la version française de Vitruve, publiée en 1047 Par Jean Martin, il donna des dessins d'architecture d'après l'antique. En cette Fontaine la sculpture, la décoration et l'architecture forment un ensemble qu'il est difficile de dissocier.

Quelle y fut la part du génie créateur et celle de l'influence italienne ? La réponse serait longue à établir et sans doute peu catégorique. On peut croire toutefois que Goujon fut en relations avec

1 La gravure de Du Cerceau laisse très nettement distinguer quatre chiens.

les Italiens, venus en France, sous François Ier,

La fontaine de Diane (D'après le dessin de Du Cerceau.)

qu'il vit les moulages d' « antiques » rapportés par Le Primatice, qu'il prit connaissance des albums

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de dessins en ci reniai ion a celle époque el <jne.

a Anel même, il (ml sous les yeux la Nymphe <<>u chcc (le Benvenuto Cellini. Ces suppositions, qui sonl presque des certitudes, n'enlèvent rien a

son génie, mais aident a comprendre son œuvre. Il y avait d'autres fontaines a Anel L'une d'elle

excita plus d'une admiration. C'est celle dont parle notamment Piganiol de la Force1 quand il dit : on y voyait « une statue de marbre blanc, représentant une femme vêtue simplement d'une ehemise mouillée, dans les plis de Laquelle le sculpteur avait déployé tant d'art et en même temps une si grande vérité que l'œil s'y trompait et hésitait un instant, ne sachant s'il voyait l'œuvre d'un homme ou une haigneuse véritable ». M. Yitry rejette toute attribution à Goujon. Peut-être le l'ait-il avec quelque hâte. Mais toute trace de cette fontaine ayant disparu, il n'y a pas intérêt san-> doute à étudier plus longuement ici cette question.

Quoi qu'il en soit, la part de Jean Goujon, à Anet, est grande. Les sculptures que nous venons d'étudier sont si belles que, pour revenir brièvement à ce qui a été dit plus haut, on ne voit pas à qui autre que Jean Goujon, elles pourraient être attribuées, même en l'absence de toute tradition. C'est sa manière et c'est son génie. J'ajoute d'ailleurs que leur beauté estassezinconteslable pour qu'elles n'aient pas besoin du nom de ce sculpteur. Si —

1 Piganiol de la Force : Description de Paris, de Versailles, etc.

LE CHATEAU DE DIANE DE POITIERS (nj

hypothèse que je n'admets nullement, - - elles ne sont pas de Jean Goujon, ne le déplorons pas. car nous avons un nouveau sculpteur de génie dans l'histoire de notre sculpture; c'est, pour reprendre une expression souvent appliquée aux vieux maîtres anonymes, « le Maître du château d'Anet ».

La Nymphe et les « Victoires » de B Gellini — I *e château d'Anet possédait une autre figure célèbre1. Malgré le nom de Diane sous lequel Philibert de l'Orme la désigne, c'est une Nymphe des eaux el des bois, une « Fontaine », pour reprendre la dénomination du sculpteur. Elle avait été faite sur l'ordre de François Ier pour Fontainebleau. Dans son Traité de la sculpture, Benvenuto Gellini la décrit ainsi : « Dans ce demi cercle (à Anet, le tympan du grand portail) je lis une figure de plus de sept brasses et plus d'à demi relief, représentant la Fontaine. Elle avait sous le bras gauche des vases d'où sorlail de l'eau. Son bras droit était posé sur la tête d'un cerf, tout en haut relief aussi bien que la plus grande partie de son cou. D'un côté il v avait plusieurs chiens braques et lévriers, et de l'autre des chevreuils et des sangliers. » Les bas-reliefs sur lesquels se détache le corps de la nymphe sonl d'un très heureux effet décoratif. Les motifs sont bien choisis et leurs groupements s'équilibrent bien. La tète du cerf se défaire avec vigueur en un très haut relief plein de hardiesse. Mais la nymphe, dont

1 Le bronze original est au Musée du Louvre. Mais Le lympan du grand portail d'Anet en possède le moulage.

LE (Il \TI. M h \ M I

le corps s'allonge trop, donne quelque impression de maigreur raide dans les Lignes, surtoul aux jambes, e1 de sécheresse <l;ms La figure. Il n'en reste pas moins que Henri II, offrant ce dessus de

porte a Diane de Poitiers, lui fil un très beau don

Ce don eiaii d'ailleurs plus complet, les vieilles gravures et les vieilles descriptions en fonl toi. Dans chacun des deux écoinçons, aujourd'hui vides, qui surmontent le tympan, était placé, comme dit Cellini en ses Mémoires « en bas relief, une Victoire portant à la main un flambeau ». L'original csi perdu Mais un moulage, en plâtre, existe encore au château d'Anet, accroché dans la chapelle funéraire \ Le geste des Victoires est charmant et leur profil de corps et de visage (in et net. Malgré un certain manque de simplicité dans les vêtements. on conçoit fort bien que Jean Goujon ait pu s'inspirer en quelque mesure de ces deux figures pour les Renommées de la chapelle, qui sont plus près de ces Victoires que des nymphes de la Fontaine des Innocents.

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