L'ÉCOLE D'ANET
Nous n'en avons pas terminé avec le château d'Anet, ni même avec ce qui y remonte au xvie siè-
1 Un moulage devrait se trouver au Musée des Arts Décoratifs on il était entré il y a déjà quelques années. Cf. L. Dimier : l~>> ouvrage perdu de Benvcnuto Cellini (Revue de l'Art Ancien et Moderne, du 10 juin 1898). Mais on serait peut-être embarrassé à ce Musée démontrer autre chose que des photographies. Heureusement les creux en sont entrés aux Musées Nationaux.
LK CIIATK.W DE DIANE l>K POITIERS " I
cle. Mais les oeuvres qui nous restent à examiner échappent à Ph. de l'Orme, à ses collaborateurs et même à peu près à Diane. Cesl donc eu ce moment qu'on peut se poser la question de l'école d'Anet.
Sans revenir sur ce qui précède, on peul se rendre compte de la profonde originalité de Philiberl de l'Orme. Pénétre d'admiration pour les styles antiques, où il reconnaît «la vraie architecture)), il possède cependant un tel génie de « constructeur » que, en dépit de ses tendances, il n'hésite pas ;i admirer toute œuvre quand elle est bien faite. C'est ainsi que, parlant du gothique, « la mode française », comme il dit, il confessé « qu'on y a faict et pratiqué de forts bons traicts et difficiles». Et quand il met la main à l'œuvre, son génie souple et pratique le retient tout près de la vérité et de la « commodité » en dépit des règles et des canons. Il unit au bon sens français et à la science des vieux maîtres maçons les connaissances érudites des néo-vitruviens. De plus, ses œuvres «ont servi de premiers modèles », suivant l'expression de M. II. Clouzot, qui ajoute : «Entre l'ancienne et la nouvelle architecture, entre Ghambord, Chenonceaux, Azay-le- Rideau et les façades du Louvre. d'Eeouen. de Chantilly tout un monde a passé. On s'est renfermé dans les principes si conformes à. la raison, émis par Philibert de l'Orme1. » Puissamment original. celui-ci est donc un génie initiateur. On a vu plus
1 Clouzot : Philibert de l'Orme.
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haiil que les récents travaux de M. Baltifol vien nenl à I appui de nette opinion.
Il v a donc une école de Philibert de l'Orme Mais elle pou ira i I aussi bien s'appeler Ecole d Ami à cause de L'importance de ce château, de la prédilection qu'a toujours (''prouvée pour lui sou architecte, de toutes les a inventions » qu'il y a essayées, de la sollicitude qu'il a apportée à s'j occuper des moindres détails, enfin a cause de ce caractère franco-antique qui s'y lit mieux que par [ou! ailleurs.
Quelle serait donc cette école.1 On a voulu v voir souvent une sorte d'école française où Diane, par patriotisme, opposait les œuvres et les artistes de chez nous à l'École de Fontainebleau, où les ultra montains régnaient en maîtres1. Donc l'Italie à Fontainebleau, la France à Anet; Philibert de l'Orme contre le Primatice ! C'est peut-être séduisant. Mais les faits et les raisonnements semblent mal justifier cette manière de voir. Il est vrai que le Primatice exerça, à Fontainebleau, une influence prépondérante tant que dura sa faveur. Mais elle régna surtout sur la peinture et la décoration. Les Italiens n'eurent jamais une vogue complète, car, à Fontainebleau même, nous voyons, en i543, la construction d'une grande salle confiée au Français Gilles Le Breton au détrimentdePltalien Serlio Par contre, bien qu'Anet soit éminemment français, nous pouvons y surprendre mainte influence indirecte de l'Italie, dans le plan de la chapelle, dans les œuvres
Voira ce sujet, le livre très étudié de M. L. Dimier : Le Primatice.
de Goujon, dans la présence d'œuvres d'origine
Photo BrooM Dividis
Porte de la salle des gardi s
(Panneaux du xvie siècle. Encadrement d'après un dessin
de Pli. de L'Orme
italienne, enfin dans la quasi certitude d'une colla-
7 i LE CHATEAU D'AN Kl
boration du Primatice réduite aux éléments indiqués plus haut. Ajoutons du reste que Philibert de l'Orme, chargé de construire le tombeau <!<• François l", à Saint-Denis, choisit comme collaborateurs <lcs artistes de l'atelier franco italien de Fontaine bleau. Quant à l'antipathie réciproque des deux chefs d'Ecole, celle-là encore pourrail bien avoir été exagérée, car l'architecte d And, pourtant peu bienveillant, écrit dans son Instruction au sujel des lambris et peintures de la salle de bal, à Fontainebleau : «Je n'en parle poinct. M. de Saint- Martin [c'était le Primatice] scait son estât. »
En résumé, adoptons le nom d'Ecole d'Anet. mais précisons bien son sens. L'Ecole d'Anet est celle de la prédominance architecturale — son chef étant un architecte, tandis qu'à Fontainebleau la décoration dominait — Le Primatice riant surtout un décorateur. De plus, comme l'architecture subit lentement les influences extérieures et que nous possédions une belle tradition technique venue de nos vieux « massons», Philibert de l'Orme, malgré son admiration pour Vitruve, maintint une belle part de notre manière française sans refuser, pour l'intérieur, l'usage des richesses ornementales importées d'Italie. Il en sortit un style qui ne fut ni « la mode française » de jadis, ni le classicisme de plus lard, ni la superposition d'un décor italien cà un 2tos œuvre français, comme dans la Pré-Renaissance, mais le style franco-antique de l'architecte d'Anet.
LE CHATEAU 1>K DIANE DE POITIERS ;.i
On se défie aujourd'hui de l'histoire à la manière de Michelet. Sans examiner ce qu'il y a de bien fondé ou d'exagéré en cette réaction à l'égard du grand historien, il faut convenir qu'il sérail désirable d'avoir assez de documents pour pouvoir tenter une sorte de «résurrection» de la vie qiti se menait en la «maison* d'Ennet» au temps de Diane. A cette condition, nous pourrions vraiment prendre connaissance de ce spiendide château.
Malgré la pénurie des renseignements de cette sorte, nous devons nous efforcer de peupler les salles si somptueuses, les jardins si soignés, le parc si varié, de la foule de gentilshommes et de grandes dames qui sejou niaient ou passaient à Anel Il faut évoquer l'air de fête dans lequel baignait le château lorsque le roi était l'hôte de la favorite. Il faut éveiller dans la forêt les meutes de chasse et disperser à travers les taillis et les fourrés les bètes aux abois et les veneurs sans pitié. A laide de ces évocations, nous restituerons au château la plénitude de sa physionomie et nous le comprendrons complètement.
Photo Broult Diridh TAPI88J KIE \ i PE iii l'Di \ i I In «lu \ \ r siècle