‹ Le chateau d'Angers, au temps du rois RenéChapitre 25 sur 36 · PRISE DES CHANOINES, CLERCS ET AUTRES · texte numérisé non relu

PRISE DES CHANOINES, CLERCS ET AUTRES

Une étrange coutume existait au moyen âge^ dans les églises de Nevers, de Nantes, d'Angers, et sans aucun doute ailleurs ; on la nommait prise des chanoines, etc. (prisio canomcorum).

a Les Bénédictins, derniers éditeurs du Glossaire de Du Gange, au mot prisioj rapportent l'article suivant des statuts (année 1246) de TËglise de Nevers, imprimé au IV* tome des Anecdotes de D. Martenne (col. 1070). InhibemuSj dit ce statut synodal, ne prisiones canonicorum^ clericorum^ seu servienlium ipsorum^ quas inter Pascha et Pentecosten aliqui vestrum ttsu detestabili quandoque faciunt de cœtero faciatis, »

Traduction : « Notis défendons que désormais on exé-dite les prises des chanoines, des clercs, ou de leurs valets même, comme quelques-uns de vous le font par une habitude détestable, entre Pâques et la Pentecôte. »

Le canon d'un concile de Nantes, de l'an 1431, donne la clef de ces prises singulières

« l7i crastino Paschœ clerici ecdesiarum et alii ad domos adjacentes et alias accedunt , caméras intrant, jacentes in lectis capiunt et nudos ducunt per vicos et plateas et ad ipsas ecclesias non sine magno clamore et

super altare et alibi aquam super ipsos projidunt , ex quibus sequitur divini officii turbatio, corporum iœsio et membrorum qnandoque mutilatio. Insuper quidam alii tam clerici quam laici^ prima die maii, de manè ad domos aliorum accedunt et capiunt et eogunt per captioTiem vestium seu aliorum bonorum^ et se redimere oportet. »

« Un concile d'Angers de l'an 1448, rapporte les mêmes folies, et en parlant de ceux qu'on prenait dans leur lit les fêtes de Pâques , il dit qu'on les menait à l'église nudos penitus.

c( Ainsi donc, les prises que l'on faisait à Nevers du temps de saint Louis, devaient être de même nature. On entrait de grand matin chez les ecclésiastiques qui restaient dans leur lit, et on leur faisait faire apparemment quelqu'une des cérémonies ci-dessus marquées.

« Maintenant, pour quelle raison en usait-on ainsi, et cela entre Pâques et la Pentecôte ? L'origine de cet usage pouvait venir de la frayeur continuelle où étaient les séculiers, que les vignes et les arbres ne fussent endommagés par les gelées qui arrivent quelquefois les matinées d'après Pâques. Les laïques obligeaient les prêtres de se lever et de faire des prières ou des processions matinales

« On était ennemi des ecclésiastiques dormeurs, par raison d'intérêt... On s'en prenait à eux lorsque, ne continuant pas après Pâques de venir à matines, les vignes gelaient ; et afin que pas un n'y manquât, on prenait ceux qu'on trouvait dans leurs lits et on s'en saisissait. »

Ces trop curieux passages, extraits du tome IV, page 463j Rational de G. Duratid, note 10 de Charles Barlhé-

leray, prouvent assurément la toi de nos pères dans refBcacité de la prière, mais aussi leurs tendances supers* titieuses combattues sans cesse par les conciles. Tant il est vrai que les meilleures intentions conduisent à l'absurde, lorsque la haute raison de l'Église cesse d'être écoutée en matière religieuse.

Voir aussi Tabbé Tresvaux, Église d'Angers, t. 1*% page 277.

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