‹ Le chateau d'Angers, au temps du rois RenéChapitre 26 sur 36 · CROSSES ET MITRES A LA FÊTE DES INNOCENTS · texte numérisé non relu

CROSSES ET MITRES A LA FÊTE DES INNOCENTS

Âu tome 1er, folio '39 {Église (T Angers , fabrique, man. Joubert), dans un inventaire du 18 mars 1421 , on lit : Unus baculus pasioralis de argento pro festo Innocentium * in quo defficit pometa cuprei ponderis X"***'''* prout est.

Traduction : «Une crosse garnie d'argent pour la fête des Innocents; il y manque la petite pomme de cuivre. Cette crosse pèse dix marcs (cinq livres). »

Au même inventaire, on lit sous la rubrique : Item septem mitre j etc. : Fracte fuerunt que fuerunt quondam pr édicté feste Innocentium.

^ Même mention dans l'inventaire du 18 avril 14iS, fol 15, t. I*'^. Dans Tinventaire de 1467, folio 75, on lit : Item una altéra parva crocea argentea que deservire solebat in festo Innocentium. Même mention dans Tinventaire du 15 octobre 1505, fol. 2i8, et dans celui du t3 juin 1525, fol. 249, verso, avec cette addition : in mediê sinus sunt tria smta^ emaillés gallicè cum armis Leomini ponderis cum ferro et ligno ix m. Au même inventaire on voit que la crosse de révêque pesait 16 marcs 3 onces» à peu prés le double de la précédente. Mention analogue dans l'inventaire du 31 octobre 1532, fol. 276.

— Mi —

Traduction : a Item sept mitres, etc. : Celles qui servaient autrefois à la susdite fête des Innocents ont été détruites. »

Qne devons-nous entendre par ces crosses et ces mitres qui furent en usage dans l'Église d'Angers, à la fête des Innocents ?

Notre embarras dura longtemps et durerait encore^ s'il ne nous était par hasard tombé sous les yeux un article de M. Arnauld, chanoine honoraire de Poitiers et de Viviers, membre de la Société de l'histoire de France, article inséré dans le journal le Monde^ du 15 décembre 1865. D'après cet auteur, ce serait au xi* siècle que la fête de l'évêque des Innocents, ou fête des enfants, aurait été instituée en mémoire du Sinite parvulos venire ad me. Laissez venir à moi les petits enfants, disait Jésus-Christ à ses apôtres. Les évêques du moyen âge, partant de cette idée, choisirent parmi leurs enfants de chœur, l'élève le plus distingué et le plus propre à remplir le rôle d'évêque des Innocents. On lui attribuait, pendant une journée, « tous les honneurs qu'on pouvait accorder à un adolescent. »

Le 28 décembre, fêle des saints Innocents, était le jour choisi.

« La veille où l'Église fait l'office de saint Jean l'Évangéliste, au moment marqué par la liturgie pour annoncer la fête du lendemain, l'évêque des Innocents sortait de la sacristie en grande pompe, revêtu des ornements pontificaux, coiffé de la mitre et portant la crosse pastorale, précédé de tous les enfants de chœur en aube •et en chape, et faisait dans cet appareil sou entrée dans le chœur des chanoines. Il était conduit au trône de

l'évèque diocésain où il avait deux de ses condisciples pour assistants. Ceux qui devaient remplir les fonctions de choristes allaient occuper les places du lutrin et les autres se rendaient aux hautes stalles que les chanoines leur cédaient. Dès lors, la direction du chant et les divers emplois du service divin appartenaient exclusivement aux enfants dé chœur, et les jeunes choristes allaient solennellement porter à l'évèque enfantin l'antienne des premières vêpres des Saints Innocents. »

Le petit évêque, heureux de prononcer le Dojninus benedicat vos^ manquait rarement de donner sa bénédiction avec grâce à tous les fidèles.

Le lendemain, jour de la fête, il allait de nouveau s'asseoir sur le trône épiscopal.

< A l'office de matines , il entonnait l'invitatoire , chantait la 9^ leçon comme la plus solennelle et commençait le chant du Te Deum

a A la grand'messe, qui était célébrée en sa présence

par un chanoine ; et à vêpres , il jouissait des

mêmes honneurs que l'évèque Mais la gloire de ce

monde est de courte durée. Lorsqu'au Magni/kat on chantait le verset deposuit poientes de sede^ on ôtait la crosse des mains du jeune évêque, elle était mise en réserve pour celui qui l'année suivante mériterait de lui succéder, et le chapitre reprenait ses droits pour la continuation des offices

c< Les chanoines fournissaient généreusement des ressources à l'évèque des Innocents, pour soutenir sa dignité et payer le repas qu'il donnait.

« Plus tard, il finit par exiger comme un droit l'ac-

quittement de ces contributions toujours joyeusement payées. »

D'après M. Arnauld, une monnaie aurait été frappée en rhonneur des jeunes symphoniastes, avec cette légende : Vivant pueri symphoniaci.

On prisait tellement l'honneur d'avoir été évêque des Innocents, qu*on mentionnait cette distinction sur une tombe. On en voyait un exemple à Lille^ dans la collégiale de Saint-André.

Un décret du concile de Bâle, de Fan 1435, défendit cet usage. Cependant, le 6 novembre 1638, on élisait encore un évêque des Innocents à la collégiale de Saint- Furzî, à Péronne.

Et de nos jours même, c< du nord au midi de la France, dans la plupart des cathédrales, les enfants de chœur, à pareil jour, exercent exclusivement toutes les fonctions sacrées au lutrin et aux différentes cérémonies dePautel. »

Assurément à son origine, cette fêle du petit évêque était pieuse et charmante. Mais beaucoup de bonnes choses dégénèrent en abus, aussi les conciles et les papes aboUrent sagement cet usage. En veut-on la preuve? la voici : le grotesque vint à la traverse et prit le dessus ; la parodie s'en mêla à ce point que les frères lais du couvent des franciscains d'Antibes, se revêtaient d'ornements sacerdotaux déchirés et mis à l'envers. Ils tenaient leurs livres à rebours et faisaient semblant de les lire avec des lunettes qui avaient des écorces d'orange à la place de verres *.

'Morery, aux mots: Feste des Innocents, Dict, de Trévoux,

U nous paraît incontestable que l'Eglise d'Angers eut aussi sa fête du petit évêque des Innocents, mais qu'elle fut abolie antérieurement à 1421, c'est-à-dire plus de quatorze ans avant le décret de Bàle : De speciaculis in ecc lesta non faciendis.

La phrase précitée : Mitre fracte fuerunt que * /werunt quondam predicte festo Innocentium^ le prouve surabondamment.

Cependant, à titre de souvenir, l'on conserva dans notre cathédrale jusque vers le premier tiers du xvi* siècle, le second petit bâton pastoral, Valtera parva crocea argentea que deservire solebat in festo Innocentium^ lisons-nous dans nos inventaires de 1467, 1505, 1525 et

L'imparfait solebat indique suffisamment le passé de cette coutume.

La seconde petite crosse, qu'il ne faut pas confondre avec sa sœur, du poids de cinq livres, mentionnée au commencement de cette notice, pesait neuf marcs (quatre livres et demie), c'est-à-dire environ moitié moins que les grandes crosses vraiment épiscopales mentionnées dans nos inventaires, et pesant plus de 16 marcs. Si j'appuie sur cette circonstance, c'est qu'il résulte, V du faible poids de cette petite crosse, 2' de son adjectif parva^ 3° de son usage à la fête des Innocents, qu'elle ne pouvait convenir qu'à des mains d'enfant, à celles d'un petit évêque des Innocents.

De ces deux petites crosses, la première mentionnée était de cuivre garnie d'argent.

^ Les e sont ici pour ce.

La seconde, dont la hampe était de fer et de bois, avait une volute ornée de trois blasons enrichis d'émaux.

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