PLUS GRANDE
l'éternelle mémoire
de très-illustre personnage Monseigneur Gabriel
Constantin,
de cette insigne église d'Angers et
du parlement de Bretagne doyen.
Lis, voyageur, et admire
ce vieillard presque octogénaire , aux traits vénérables, doué de toutes les qualités de Târae et du corps, plus illustre qu'aucun autre que je sache après le grand Constantin par la religion, la piété, la gravité des mœurs, la sagesse, la bienfaisance, supérieur même à ce grand homme en ce qu'il fut pendant un plus grand nombre d'années * le protecteur du clergé et du peuple. Aussi l'éminent doyen de cette insigne église et du parlement de Bretagne a été pour le clergé angevin et poor le peuple breton, un constant et suprême objet d'amour et de respect, et dans les hommages de l'un comme de l'autre il vivra éternellement.
Ne déplore donc pas sa mort, affirme plutôt qu'il jouit d'une heureuse vie, cet homme plein d'années et de mérites, dont le monde n'était pas digne et que le ciel a justement revendiqué.
De ses richesses bien acquises il soulagea les pauvres, il créa pour cette insigne église deux emplois d'enfant de chœur * , il la dota de pieuses fondations , enfin
< Le grand Constantin vécut 63 ans, et le personnage en question 78. Voilà pourquoi nous pensons qu'on peut conserver à pluns^ le sens littéral du comparatif au lieu de lui donner celui de plurimos.
* Peut-être serait-il possible de traduire part symphoniacorum puerorum, i^slt un pareil nombre ou un nombre double d'enfants de chœur. Mais pour admettre ce sens, nous croyons qu'il faudrait dans la phrase latine le mot numéro, dont Tellipse ne nous paraît pas admissible. Nous sommes donc d'avis de regarder pari non comme adjectif, mais comme substantif, qui signifie : une paire, une couple. Alors au lieu de : il doubla le nombre des enfants de chœur, nous disons : }/ créa pour cette insigne église deux emplois d'enfants de chœur, A la vérité , cela ne constitue pas un grand bienfait ; mais ce sens est
après s'être concilié Tamour de tous, il a laissé à tous un immense regret de sa perte.
Il cessa de vivre Tannée du salut 1661, de son âge la 78% le 19^^ jour de juillet.
A un très-illustre père, sa fille pleine de tendresse et de respect a élevé ce monument de piété filiale.
Plounier Va fait.
Quoi qu'il en soit de cette emphatique inscription, il reste vrai que Gabriel fut un des bienfaiteurs de l'église d'Angers. Nous en trouvons une nouvelle preuve dans l'extrait que nous allons faire d'une pièce cotée folio 379, t. 2 (Fabrique, manuscrits Joubert). Nous y voyons en effet que par acte du 24 juillet 1657 « Messire Gabriel Constantin, seigneur de la Fraudière, prestre doyen de l'église d'Angers, conseiller du roy en ses conseils d'Estat et privé et doyen en son parlement de Bretagne, demeurant en la cité de ceste ville, paroisse sainct Aignan, » fit don à la Fabrique d'une chapelle « composée d'une croix, crucifix, deux chandeliers, un benistier, aspercouer, clochette, bassin à laver, boueste avecq son couvercle à mettre le pain, un calisse avec sa platine (patène) et deux choppineaux, le tout d'argent vermeil doré cizelé pezant ensemble 26 marcs
en rapport avec l'emphase du reste de Tépitaphe. Un auteur capable de mettre sur la même ligne le grand Constantin et le doyen Ju chapitre d'Angers, de placer même ce dernier au dessus de Tillustre empereur, était bien capable aussi de voir un important bienfait dans rinstitution. de deux enfants de chœur. La traduction que nous proposons a d'ailleurs l'avantage de ne pas forcer le sens de la phrase latine qu'elle reproduit exactement.
9 onces 4 gros. > Cette donation fut faite à la condition de certaines prières qui devaient être dites du vivant du donateur et après son décès. L'acte stipule en outre que le doyen pourra faire mettre si bon lui semble sur la dite argenterie ses armes, dont la principale pièce, fort mal blasonnée d'ailleurs dans le dessin de Gaignières, paraît avoir été comme une sorte de rocher. Gabriel Constantin appartenait à une ancienne famille très-distinguée par ses alliances et ses propriétés. Un membre de cette maison posséda le château de La Lory, près de Segré \
* Voir Vita pétri Mrodii, page 291).
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ou BOURDIGNÉ.
Cet historien de l'Anjou, chanoine prébende de l'église d'Angers, comparaît comme témoin dans un inventaire des reliques, vases sacrés, etc., etc., du l^r mai 1539 (manusc. Joubert, tome II, fol. 5), et dans un projet de règlement pour le son des cloches et service à la mort des chapelains, sans date, tome IV, fol. 314.
Il remplit les fonctions de secrétaire dans une affaire où ses collègues ecclésiastiques protestaient contre l'usurpation de certains privilèges.
Au catalogue des manuscrits de la bibliothèque d'Angers, dressé par M. Albert Lemarchand, on voit numéro 631, que Jehan de Bourdigné, auteur de V Histoire agrégative des annales et chroniques d'Anjou, rédigea de sa main un grand nombre de procès-verbaux attestant certains miracles qui se seraient effectués sur le tombeau de l'évêque Jean Michel. Ces procès-verbaux sont consignés dans un manuscrit de la bibliothèque d'Angers commencé en 1497. Bourdigné y rédigea de Tan 1532 à 1535. Ce manuscrit fut découvert en janvier 1844, et acquis vers cette époque par la ville.
Au même catalogue, numéro 133, verso, on lit cette note: c Anno Domini m. d. xlvi, antè Pasqua, obiit
« dominus Johannes de Bourdigne in legibus doctor et « caoonicus hujus ecclesie Ândegavensis. Cujus anima c requiescat cum bonis! Amen. »
Traduction. — L'an du Seigneur 4546, avant Pâques, mourut messire Jean de Bourdigne , docteur es-loix et chanoine de cette église d'Angers. Que son âme repose avec les bons! Ainsi soit-il.
Son histoire agrégative fut imprimée l'an 4529, à Paris, par Anthoine Couteau, pour Charles de Boingne ou deBoigne et Clément Alexandre, marchands libraires à Angers. L'auteur dédia son œuvre à Louise de Savoie, mère de François l"^.
Les Chroniques de Bourdigne, trois cent treize ans plus tard, eurent l'avantage d'une nouvelle édition imprimée dans l'année 4842, par MM. Cosnier et Lachèse, imprimeurs à Angers.
M. le comte Théodore de Quatrebarbes en fit les frais et mit à la tête un avant-propos de 68 pages où le style et la critique sont excellemment représentés. J'eus l'honneur d'être chargé de faire les notes.
M. de Quatrebarbes, au commencement de l'édition, a fait placer le portrait de Bourdigne, et au-dessous sa signature qu'il écrivait ainsi , de Bordigné. Quelques auteurs le disent frère de Charles de Bordigné, auteur de la légende de maître Pierre Faifeu. Mais cette filia^ tion est douteuse (Avant-propos, pagQ lxiii).
La Croix du MainCy page 209, nous apprend que notre historien était issu <r de la maison de Bordigné, 9 au Maine, à cinq lieues du Mans, en la paroisse de « Bernay. »
Son père, Roland de Bourdigné, fit en 15121a campagne d'Italie à Tarmée de Gaston de Foix (avantpropos, page Lxxv).
Il existe encore dans le Maine une famille de ce nom représentée notamment par le baron de Bourdigné, qui s'empressa de communiquer à M. de Quatrebarbes divers documents dont ce dernier a fait un heureux usage.