PRÈS DE L'EX-ÉGLISE SAINT-MARTIN D'ANGERS
Vers le milieu de juin 4866, M. le Maire voulut bien nous informer que par suite de travaux de construction entrepris dans la cour de la maison de M. Bougère, notaire à Angers, rue Haute Saint-Martin, Ton venait de découvrir trois cercueils de pierre enfouis sous environ 1 ni. 66 cent, de terre rapportée.
Il nous priait en même temps de lui faire savoir si réellement ces anciennes sépultures valaient la peine, au point de vue archéologique, d'être enlevées et déposées au Musée d'antiquités.
Après donc nous être transporté le 17 juin sur les lieux, nous pûmes constater que ces tombeaux étaient de la classe de ceux appelés non apparents, qu'ils étaient orientés les pieds vers l'est; qu'ils n'affectaient point la forme parallélipipède, étant plus larges du côté de la têle que du côté des pieds ; qu'ils avaient été creusés dans une pierre plus ou moins coquillière en manière d'auges; que cette pierre très-poreuse ne se trouvait
point autour d'Angers; qu'elle devait provenir des bancs fossiles de Doué-la-Fontaine , où se faisait au moyen âge un commerce très-actif de cercueils de cette nature; que les couvercles également en pierre et chacun d'une seule pièce, avaient une surface plane ; que ces tombeaux avaient fait partie d'un ancien cimetière qui environnait autrefois, vers sud et vers l'ouest, l'église d'origine carlovingienne de Saint-Martin ; que l'un d'eux reposait sur une construction faite exprès et composée de moellons où n'entrait pas d'ardoises , genre de construction qui cessa à Angers vers le milieu du XI* siècle ; que ces sépultures entièrement semblables, ne pouvant être plus anciennes que la fondation de l'Église , devaient par conséquent trouver leur date entre le ixe siècle et le milieu du xi®; qu'elles n'avaient rien de particulièrement remarquable; bref qu'elles ne valaient pas les frais d'extraction et de transport devant monter à plus de 50 francs, le Musée Toussaint en possédant d'ailleurs de pareilles.
Notre examen terminé, nous nous rendîmes au domicile de M. Montrieux, auquel nous fîmes de vive voix notre rapport et qui admit nos conclusions. Toutefois M. le Maire nous pria de rédiger la note qui précède afin que le souvenir de cette découverte fût du moins conservé dans les Mémoires de notre Société.