‹ Le château d'Eu (volume 2)Chapitre 15 sur 68 · LOUIS DE BOURBON II · texte numérisé non relu

LOUIS DE BOURBON II

DUC DE MONTPENSIER

Louis de Bourbon II , dit le Bon , duc de Montpensier, pair de France, souverain de Dombes, prince de la Roche-sur-Yon et de Luc, dauphin d’Auvergne, baron de Beaujolois, gouverneur de Touraine, d’Anjou, de Maine, de Dauphiné et de Bretagne, lieutenant-général des armées du roi; fils aîné de Louis de Bourbon I, prince de la Rochesur-Yon, et de Louise de Bourbon, comtesse de Montpensier; né à Moulins le io juin i5i3; marié en premières noces, en août 1 538 , à Jacqueline de Longwic , comtesse de Bar-sur-Seine, fille puînée et héritière de Jean de Longwic, seigneur de Givry; en secondes noces, le 4 février îS'jo, à Catherine de Lorraine, fille de François, duc de Guise, et d’Anne d’Est-Ferrare.

On est souvent embarrassé d’expliquer par les

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faits les surnoms donnés à certains personnages célèbres dans l’histoire : si l’on se rappelle qu’après la bataille de Jarnac, le duc de Montpensier condamna à mort le brave Lanoue, en lui disant durement : « Votre procès est fait, et de vous et de » tous vos compagnons ; songez à votre conscience ; » si l’on considère qu’il fut avec le duc d’Anjou, le bâtard d’Angoulême, le duc de Guise et le maréchal de Tavannes, un des conseillers les plus ardens de la Saint-Barthélemy ; si l’on songe qu’au milieu du massacre il excitait par sa présence les catholiques à de nouveaux assassinats, il faut s’être prémuni d’un grand fonds d’indulgence politique pour excuser ce zèle faroliche et trouver dans un tel homme un prince digne d’être honoré du surnom de Bon .

On lit, dans le Journal de Henri III, que « Louis » de Bourbon, duc de Montpensier, était amateur » du repos de la France et très-fidèle serviteur du » roi. » Sans doute il soutint la cause de la cour, avec beaucoup de valeur, aux batailles de Jarnac et de Montcontour, où il commandait l’avant-garde; mais, lorsque après le départ du duc d’Alençon, en 1 575 , il reçut du roi l’ordre d’arrêter le prince fugitif, il suivit moins cet ordre qu’il ne se souvint

de l’outrage qu’on lui avait fait au sacre de Henri III , en le forçant à céder le pas au duc de Guise. Il crut devoir d’abord ménager l’héritier du trône, disant : » Il est dangereux de se mettre entre la chair et » l’ongle ; » bientôt il favorisa ouvertement ses desseins, et attira sous les drapeaux de la révolte un grand nombre de gentilshommes ses amis.

C’est lui qui, le janvier 1675, après un siège de près de quatre mois « pendant lesquels furent » tirés sept à huit mille coups de canon , » s’empara de la ville et du château de Lusignan, dont faisait partie la tour de Mellusine, si célèbre dans les chroniques merveilleuses. Voici ce que dit Brantôme de cette tour, « la plus noble décoration et la )> plus vieille de toute la France, et bâtie, s’il vous » plaît, par une dame des plus nobles en lignée, » en vertu, en magnificence. C’étoit un vrai soleil » que dame Mellusine! L’empereur Cbarles-Quint , » étant venu en France , fut voir Lusignan , y chassa » le daim ; admira le chef-d’œuvre de cette maison » faite par une telle dame , de laquelle il se fit faire » des contes fabuleux. » Le duc de Montpensier fut vivement blâmé d’avoir détruit ce gothique monument; il avait voulu se venger du temps que les assiégés avaient mis à se rendre.

Il mourut au mois de septembre 1 582 , en sa terre de Champigny. « Le duc de Montpensier, dit l’au- » teur des guerres de religion , termina dans le » chagrin une vie illustrée par des exploits militai- » res, mais souillée par des actes de cruauté. Il » n’éprouva dans ses dernières années que d’humi- » liantes disgrâces à la cour^et cependant, de tous » les généraux catholiques , il était celui qui avait eu » les succès les plus constans contre les calvinistes. » Le duc de Guise avait obtenu de précéder ce » prince du sang au sacre du roi ; plus tard , le duc » de Montpensier eut de grands démêlés à soutenir » contre le duc de Nevers (i) et le duc de Mer- » cœur, beau-frère du roi. Le chagrin qu’il eut de » ne pas réussir tourna tous ses vœux du côté du » roi de Navarre. Il annonça la grandeur de ce » prince > et , en sa faveur, perdit ses sentimens de » haine contre les protesta ns. »

(1) Louis de Gonzague, duc de Nevers , avait été chargé , concurremment avec le duc de Montpensier, de réduire le duc d’Alençon révolté. Ce prince, étant revenu à la cour, les remercia tous les deux de leur conduite à son égard. Le duc de Montpensier, piqué d’être mis au même rang que le duc de Nevers , voulut faire entendre que ce dernier avait eu des intentions malveillantes pour le frère du roi. Le duc de Nevers lui donna un démenti ; Montpensier voulut en tirer vengeance ; le roi fit cesser, par son intervention , cette querelle qui avait partagé la cour.

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