SULLY
Maximilien de Béthune, baron de Rosni, duc de Sully, maréchal de France, surintendant des finances, grand-maître de l’artillerie, gouverneur de la Bastille, naquit à Rosni le 1 3 décembre 1 55q.
Le nom de Sully est aussi populaire en France que celui de Henri IV, dont il fut le ministre et l’ami. Il suivit partout la fortune de ce grand prince. Dans les champs de Coutras, au combat de Fosseuse, à la bataille d’ Arques, il donna les preuves du plus brillant courage, et il mérita dans les plaines d’Ivry que le vainqueur lui dît en se jetant à son cou : « Brave soldat, vaillant chevalier, » je veux vous embrasser des deux bras en pré- » sence de ces princes, capitaines et grands cheva- » bers , qui sont ici près de moi. » Mais sa plus grande gloire fut d’administrer avec autant de sagesse que de probité le royaume que Henri avait
conquis par son courage. Une plume plus éloquente que la nôtre (i) a tracé le portrait de ce grand homme : on nous saura gré de le reproduire ici. <f Les vertus de Sully égalaient ses talens; il avait » adopté ces vertus autant par principes que par » caractère : à la cour il conserva l’antique frugalité » des camps; le travail remplissait ses journées. Ses » ennemis louèrent sa probité; sa justice eût étonné » un siècle de vertus; sa fidélité brilla parmi les » rebelles. En entrant dans les finances, il ne crai- » gnit point de donner à la nation la liste de ses » biens; en sortant de place, il osa défier son siècle » et la postérité. La noblesse, qui n’inspire que de » la vanité aux petites âmes, lui inspira l’orgueil » des grandes choses; jamais on ne porta plus loin » ce vieil honneur dont l’enthousiasme fit nos an- » tiques chevaliers. Les méchans trouvaient en lui » une âme inflexible et rigide; les malheureux y » trouvèrent une âme sensible et compatissante. » Dans la religion, zélé sans fanatisme et tolérant » sans indifférence, il était l’organe du roi auprès » des protestans, le protecteur des catholiques au- » près du roi.
» Bon époux, bon maître, bon père de famille,
(1) Thomas , Éloge de Sully.
» il donne un plus grand spectacle, il fut l’ami d’un » roi. O Henri IV, ô Sully! doux épanchemens du » cœur! soins consolans de l’amitié, c’était auprès » de Sully que Henri allait oublier ses peines, c’était » à lui qu il confiait toutes ses douleurs ; mais cette » amitié si tendre était en meme temps courageuse » et severe de la part de Sully. Je n’ajouterai plus » qu’un mot : c’est que l’idée seule de Sully était » pour Henri IV ce que la pensée de l’Être suprême » est pour l’homme juste, un frein pour le mal, un » encouragement pour le bien. »
Sully mourut à son château de Villebon, le 2i décembre i64i-