‹ Le château d'Eu (volume 2)Chapitre 54 sur 68 · CLAUDE DE LORRAINE · texte numérisé non relu

CLAUDE DE LORRAINE

DUC DE CHEVRETJSE.

Claude de Lorraine, fils de Henri de Lorraine, duc de Guise, dit le Balafré , et de Catherine de Clèves, né le 5 juin porta d’abord le titre de

prince de Joinville. Il se signala, en i5ÿ6, au siège de La Fère, en 1697 au si<%e d’Amiens. Sa valeur, son étourderie et ses dons extérieurs, le firent bien accueillir de la marquise deVerneuil, maîtresse de Henri IV, qui devint sans remords infidèle à un roi contre lequel elle avait pris l’habitude de conspirer. Entraîné par sa légèreté naturelle, le prince de Joinville confia sa bonne fortune à madame de Villars, et lui montra les lettres d’Henriette. Madame de Villars, qui s’était crue quelque temps aimée du monarque, piquée de s’être trompée, alla confier

a la reine les preuves de cette intrigue galante : les

lettres des deux amans ne tardèrent pas à tomber entre les mains du roi. Henriette soutint qu’elles avaient été contrefaites, que c’était l’ouvrage de la jalousie de Marie de Médicis. On produisit un homme qui, apparemment sûr de sa grâce, affirma que c’était lui qui, sur les instances de madame de Villars, avait contrefait l’écriture de la marquise : les sermens, les larmes d’Henriette achevèrent de convaincre Henri IV, qui ne cherchait qu’un prétexte pour désarmer sa colère. Le prince de Joinville fut toutefois écarté de la cour. Furieux, il se jeta dans les bras de l’Espagne. Les agens auxquels il eut recours fournirent au roi les preuves de ses intelligences criminelles. Sans donnera cette affaire plus d’éclat qu’elle n’en méritait, craignant peut-être aussi que le public ne vît dans sa vengeance moins le monarque que l’amant offensé, Henri appelle le jeune prince dans son cabinet, et lui fait tout avouer en présence du duc de Sully, de sa mère, et du duc de Guise son frère. « Voici, leur dit-il ensuite, le vrai enfant prodigue qui s’est imaginé de belles » folies : mais je lui pardonne pour l’amour de vous w et de M. de Rosny, qui m’en a prié à jointes mains. » Mais c’est à condition que vous le chapitrerez bien )> tous trois, et que vous m’en répondrez â l’avenir :

)) car je vous le baille eiy*arde, afin de le faire sage,

» s’il y a moyen. » Sa famille le fit voyager en Allemagne, «où il fut, dit Canaye, bien traité par Bac- » chus, ensuite bien caressé par Vénus à Venise,

» d’où il alla tenter les faveurs de Mars en Hongrie. »

Le prince de Joinville ne revint de l’exil qu’après la mort de Henri IV. Il fut créé duc de Cbevreuse et pair de France au mois de mars 1 6 1 2 , et fait chevalier du Saint-Esprit le 1e1 janvier 1620. 11 servit avec distinction, en 1621 , aux sièges de Saint-Jeand’Angelyetde Montauban. Il fut honoré de la charge de grand-chambellan de France, et successivement gouverneur de la Haute et Basse-Marche, d’Auvergne, du Bourbonnais et de la Picardie.

L’an 1626, il conduisit à Londres, avec un train magnifique, la princesse Henriette-Marie de France, troisième fille de Henri IV, et la remit entre les mains du roi d’Angleterre son époux.

Il se trouva, en 1628, au siège de La Rochelle; il mourut d’apoplexie, à Paris, le 24 janvier 1657, dans un âge très-avancé.

Il avait épousé, en 1622, Marie de Rohan, veuve du connétable de Luynes, qui a rendu si célèbre le nom de Cbevreuse; il ne laissa point d’enfans mâles.

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