COMTE DE SOMMERIVE
(Charles-Emmanuel de Lorraine, comte de Sommerive , second fils de Charles , duc de Mayenne , et de Henriette de Savoie, naquit le 19 octobre f58i.
Sa figure était belle ; la grâce était répandue dans toute sa personne; il avait beaucoup d'adresse pour tous les exercices du corps. Il aimait surtout à briller dans les tournois. Lorsque Marie de Médicis accoucha en 1606 de sa seconde fille Christine de France (1), la noblesse de la cour donna à ieurs majestés un divertissement nouveau. « Ce
(1) La naissance de cette princesse donna plus de chagrin que de joie à la reine qui espérait un prince : Henri IV lui dit, pour la consoler : « que » Dieu leur avoit donné suffisamment de bien pour la pourvoir honiiête- » ment, et que, si sa mère n'eut fait que des filles, elle n'eût jamais été » reine de France. »
» fui , dit de Thou, un ballet à cheval, dans lequel » les quatre élémens furent représentés par quatre
» troupes de cavaliers qui se rendirent en llain- » beaux dans la cour du Louvre.... La troisième » troupe représentait l'air dont le chef était Emma- » nuel de Lorraine Sommerive, accompagné de la » déesse Junon , de plusieurs aigles et d'un grand » nombre d'oiseaux de toute espèce.... A la fin » tous les cavaliers des quatre élémens se mêlèrent » ensemble, brisant leurs dards, leurs flèches et » leurs lances. »
Le comte de Sommerive avait aussi figuré avec éclat dans la cérémonie qui eut lieu pour la réception des députés des cantons suisses, venus à Paris, en 1602 pour renouveler alliance avec la couronne de France. C'est lui qui, avec le duc d'Aiguillon, son frère, alla les chercher, suivi d'une brillante troupe de gentilshommes, pour les amener au Louvre. « Le prince de Gondé les ayant introduits au- » près du roi, ils lui vinrent faire la révérence, lui » baisèrent une main que S. M. tenoit tout au lon<> » de sa cuisse; et de l'autre, S. M. les embrassa les » uns après les autres, la leur mettant sur l'épaule. » La plupart desdits Suisses étoient fort en point , » tous habillés de veloux, portant chaînes d'or au
» col. Au surplus, beaux hommes, forts, et qui » avoient bonne trogne, et les faces cramoisies.... » Il y en avoit un qu'on disoit qu'il portoït son ven- » tre en écharpe. Il y en avoit un autre, que l'on » appeloit le colonel Hay, qui avoit près de centans, » auquel le roi prenoit plaisir d'en faire conter, » pour s'être trouvé à la bataille de Pavie, où le roi » François Ier avait été pris (i). »
Le désir de voir le beau ciel de l'Italie, engagea le comte de Sommerive à faire un voyage dans ces contrées; il tomba malade à Naples, et y mourut sans postérité à la fleur de son âge, dans l'année 1 609. Le vieux duc de Mayenne son père, qui vivait encore , fut profondément affligé de la mort prématurée de ce fils qui donnait les plus heureuses espérances.
(I) Journal du règne de Henri IV.
CATHERINE DE LORRAINE