‹ Le Château d'Eu (volume 5)Chapitre 2 sur 90 · DIT SAINT LOUIS, ROI DE FRANCE · texte numérisé non relu

DIT SAINT LOUIS, ROI DE FRANCE

Louis IX, fils de Louis VIII et de Blanche de Castille, né au château de Poissy le a5 avril iai5 (ce qui le fit surnommer Louis de Poissy), succéda au roi son père, le 8 novembre 1226, sous la tutelle et régence de la reine Blanche. Sa minorité fut troublée par les prétentions de divers seigneurs;

mais la sagesse de la régente sut en triompher. En

12 34? elle maria son fils à Marguerite, fille du comte de Provence , et elle lui remit l'autorité le 2 5 avril 1^36, époque où il fut déclaré majeur, à l'âge de vingt-un ans. En iil^i , il tinta Saumur une cour plénière (qui fut nommée la non-pareille , à cause de sa magnificence) : il y donna la ceinture militaire à son frère Alphonse, et lui fit rendre hommage par ses vassaux. Le comte de La Marche s'étant refusé à remplir ce devoir, Louis marcha contre lui et contre Henri III, roi d'Angleterre, qui soutenait cette révolte , le battit une première fois à Taillebourg, en 1242, et quatre jours après à Saintes , où il remporta une victoire décisive.

Dans une maladie qui l'avait conduit aux portes du tombeau, il avait dit : « La lumière de l'Orient s'est répandue sur moi par la grâce du Seigneur et m'a rappelé d'entre les morts, » et il avait fait vœu d'aller combattre les infidèles : il prit la croix en 1248, et, pour engager un plus grand nombre de seigneurs à l'accompagner, il donna ordre de broder secrètement une croix sur les capes que, selon une ancienne coutume, nos rois donnaient, la veille de Noël, à leurs courtisans. Les seigneurs de la cour se prêlèrent de bonne grâce au désir du monarque, auquel cette aventure fit donner le sur-

nom de Pécheur d'hommes. Il s'embarqua, le i5 août, à Aiguës-Mortes , passa l'hiver dans l'île de Chypre, en partit le 3o mai 1249 ? descendit en Egypte, s'empara de Damiette, se couvrit de gloire à la sanglante bataille deMassour; mais, son armée étant épuisée autant par les maladies que par la corruption , il fut fait prisonnier à Pharanie le 5 avril 1 1 5o. Il déploya dans sa captivité autan t de courage que dans les combats, autant de magnanimité que sur le trône. Les Musulmans ne se lassaient pas de répéter : « Nous le regardons comme notre » esclave, et il nous traite comme si nous étions ses » captifs. » On lui proposa de payer pour sa rançon 800,000 besans d'or. « Allez dire à votre maître, » répondit-il aux envoyés du sultan , qu'un roi de » France ne se rachète point pour de l'argent : je » donnerai cette somme pour les miens , et Da- » miette pour ma personne. » Rendu à la liberté, son dessein était de revenir en France; mais, sur la nouvelle que les Sarrasins avaient massacré les chrétiens en Palestine, il s'embarqua pour la Terre- Sainte, envoya, en 12 5^, une ambassade au grandkan de Tartarie, dans l'espoir de faire pénétrer au centre de l'Asie la lumière de l'Évangile; mais, ayant appris la mort de sa mère, il partit d'Acre le

24 avril 12 54 , débarqua aux îles d'Hières le 10 juillet, et arriva le 5 septembre à Vincennes.

Son administration fit alors le bonheur et la gloire de ses sujets : son amour pour la paix lui fit passer des traités avec l' Aragon , l'Allemagne . l'Angleterre; et telle était la confiance qu'inspiraient ses lumières et ses hautes vertus, que les barons anglais le choisirent, en 1264? pour arbitre dans leurs différends avec leur roi Henri III. En 1269, il donna une Pragmatique-Sanction pour conserver les anciens droits des églises cathédrales et la liberté des élections épiscopales. En 1270, entraîné par le désir de venger le mauvais succès de la première croisade, peut-être aussi séduit par V espoir de devenir le parrain d'un roi mahométan , il s'embarqua de nouveau à Aiguës-Mortes , accompagné de ses trois fils , avec une armée de soixante mille hommes; il débarqua en Afrique, assiégea Tunis, dont il prit la citadelle. Bientôt la peste vint ravager son camp : il prodigua à ses soldats malades les soins les plus héroïques; mais, attaqué lui-même du fléau, il appela son fils Philippe à son lit de mort, et lui adressa, sur les devoirs des rois, des instructions où l'on trouve unie à l'austérité du chrétien la vertu du plus sage des monarques. Il

songea ensuite à son armée : « O Dieu ! s'écriait-il, » ayez pitié de ce peuple qui m'a suivi sur ce rivage : » conduisez-le dans sa patrie !» Enfin il se fit mettre sur un lit de cendres, et mourut, le 1 5 août 1270, avec la ferveur d'un anachorète et lé courage d'un héros.

Blanche de Castille avait inspiré à saint Louis un zèle ardent pour la gloire de Dieu : sa piété était sans bornes; il la signala en portant lui-même, la tête et les pieds nus, depuis le bois de Vincennes jusqu'à Notre-Dame, et de là à la Sainte- Chapelle, dans son palais, la couronne d'épines de Jésus-Christ qu'il avait fait racheter des Vénitiens. Cependant son respect pour la religion ne l'empêcha jamais de réprimer les prétentions de ses ministres, lorsqu'elles étaient contraires à l'honneur de sa couronne ou au bien de son royaume.

Ami de la justice, il la rendait lui-même à ses sujets sous un chêne, dans le bois de Yincennes ; il fit plusieurs réformes de la plus haute importance r entre autres la suppression de l'épreuve par le duel. Le recueil de ses ordonnances, connu sous le nom des Etablis s emens de saint Louis, est un monument de sagesse et d'équité.

Telle était sa bonté, que, des blasphémateurs ayant proféré publiquement contre lui des malédictions, il dit : « Je leur pardonne, puisqu'ils » n'ont offensé que moi ! » Lorsqu'il revint d'Egypte en France , le vaisseau qui le portait heurta contre un rocher : on le pressait de passer avec sa famille sur un autre bâtiment : « Non, dit-il; ceux qui » sont ici avec moi aiment comme nous leur exis- » tence : je ne veux point les abandonner ; j'aime » mieux mettre entre les mains de Dieu ma vie et » celle de ma femme et de mes enfans. » Tel était son amour pour ses peuples, que les instructions qu'il donnait à Louis , son fils aîné , mort à l'âge de 16 ans, se terminent ainsi : « Mon fils, ne » songez qu'à vous faire aimer de vos sujets; et sa- » chezque je mettrais de grand cœur quelque étran- » ger à votre place si je croyais qu'il dût gouverner » mieux que vous. » Ce sont ces exhortations que Bossuet regarde comme le plus bel héritage des enfans de saint Louis.

Voltaire a fait de ce prince, en peu de mots, le plus brillant panégyrique : « Louis IX, dit ce grand écrivain, paraissait un prince destiné à reformer l'Europe si elle avait pu être réformée. Il a rendu la France triomphante et policée, et il a

été en tout le modèle des saints. Sa piété, qui était celle d'un anachorète, ne lui ôta point les vertus d'un roi. Sa libéralité ne déroba rien à une sage économie; il sut accorder une politique profonde avec une justice exacte, et peut-être est-il le seul souverain qui mérite cette louange. Prudent et ferme dans le conseil, intrépide dans les combats sans être emporté , compatissant comme s'il n'avait jamais été que malheureux, il n'est guère donné à l'homme de pousser la vertu plus loin. » L'armée rapporta en France les restes de ce grand prince , qui fut canonisé à Orviette , le 1 1 août 1 297 , par le pape Boniface VIII.

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LE MÊME

Peint d'après l'original qui est au Palais-Royal,

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