‹ Le Château d'Eu (volume 5)Chapitre 20 sur 90 · SURNOMMÉ LE VICTORIEUX · texte numérisé non relu

SURNOMMÉ LE VICTORIEUX

( Peint sur bois. )

Ce prince , né en l'hôtel Saint-Paul , à Paris , le 11 février i/jos, portait, du vivant de ses frères, le nom de comte de Ponthieu , sous lequel il fut établi, en novembre i4i5, garde et capitaine du château et du bois de Vincennes : il devint dauphin en avril i4i6, après la mort de son frère Jean , qui fut empoisonné à Compiègne.

Dans le soulèvement de Paris, en i4i8, lorsque Perrinet-le-Clerc conspira avec les Bourguignons contre les Armagnacs, Tanneguy-Duchâtel, craignant pour les jours du dauphin, courut à son hôtel, le prit dans ses bras, presque nu, à peine éveillé, et le transporta à la Bastille, dont il était gouverneur :

de là Charles se retira à Bourges, puis à Poitiers, où, avec les magistrats échappés au massacre de Paris, il forma un parlement, et prit la qualité de régent du royaume. Sa fierté s'indignait de voir les Anglais dominer dans la capitale de la France; et, trop jaloux de ses droits et de l'honneur national pour céder aux artificieuses promesses d'Isabeau sa mère, et pour abandonner la couronne à Henri V, roi d'Angleterre , il résolut de sauver son pays , ou de s'ensevelir sous les ruines de la monarchie. Il appela auprès de lui les seigneurs et les guerriers restés fidèles à l'honneur et à la patrie; et les Vendôme, les Dunois, les Richemont, les Foix, les Lahire, les Xaintrailles , accoururent sous ses drapeaux.

Après l'assassinat de Jean -sans -Peur, duc de Bourgogne, au pont de Montereau, le dauphin régent se retira derrière la Loire, et ne s'occupa plus qu'à repousser l'exécution du honteux traité signé à Troyes, par lequel il était dit : que Catherine de France épouserait Henri V, et qu'après la mort de Charles VI la couronne passerait au roi d'Angleterre. » Dans cet acte, Henri V était qualifié par le roi de France , de son très-améfds, héritier et régent du royaume , tandis que Charles n'était appelé

que le soi-disant dauphin. A la mort de son père, en i4^2, Charles VII était en Auvergne, au château d'Espalli. Les seigneurs et les gentilshommes qui l'entouraient, le menèrent à la chapelle, levèrent une bannière aux armes de France , le saluèrent et crièrent vive le roi! Mais les Anglais étaient maîtres de la presque totalité du royaume. Malgré sa détresse , Charles tenta un effort contre les Anglais , leur livra bataille à Verneuil, fut défait, et obligé de se réfugier en Berry : ce qui fut cause que ses ennemis ne l'appelaient plus que le petit roi de Bourges; il songeait même à se retirer en Provence, lorsqu'un ange guerrier parut envoyé du ciel pour le sauver : le courage de Jeanne d'Arc , et le merveilleux attaché à ses destinées, ramenèrent la confiance dans l'armée du roi, et la victoire sous ses bannières. Vainqueur à Patay où le fameux Talbot fut fait prisonnier, il délivra Orléans, le 8 mai 14^9; se fit sacrer à Reims le 17 juillet suivant, fit son entrée à Paris en 1437, gagna la bataille de Fourmilly en i45o, et finit par chasser les Anglais de son royaume. C'est un assez beau titre de gloire pour ne pas se montrer trop sévère sur quelques faiblesses que l'on a reprochées à ce prince. Il aimait, il est vrai, les plaisirs; et ses

amours avec Agnès Sorel ont acquis une romanesque célébrité. « La dame de Beauté (c'est ainsi qu'on avait surnommé Agnès) eut deux enfans du roi son amant (dit Voltaire), quoiqu'il n'eût point de privautés avec elle , suivant les historiographes de Charles VII , gens qui disent toujours la vérité du vivant des rois. »

Un jour, Lahire étant venu lui rendre compte d'une affaire importante, le roi, tout occupé d'une fêle qu'il devait donner, lui en fit voir les apprêts, et lui demanda ce qu'il en pensait : « Je pense, dit » Lahire, que l'on ne saurait perdre son royaume » plus gaîment. »

Mais , si le goût du repos éloigna quelquefois Charles VII des combats, s'il eut besoin quelquefois d'être rappelé au sentiment de sa gloire par la voix même de celle qui l'avait séduit, il faisait briller une rare vaillance quand il paraissait au milieu de ses compagnons d'armes; il avait surtout le secret de faire passer dans leur âme le feu qui animait la sienne dans la noble cause qu'il soutenait. Après avoir reconquis son royaume, il donna à son administration des soins qui accrurent sa prospérité; on lui doit d'avoir introduit une sage discipline dans l'armée, et d'avoir établi la pragma-

tique-sanction, comme un boulevart contre les prétentions ultramontaines de Rome. Il méritait de vivre et de mourir heureux; mais, après avoir eu pour père Charles VI, il eut pour fils Louis XI !... Ses derniers momens furent affreux : craignant toujours d'être empoisonné par son fils, il se laissa mourir de faim au château deMehun-sur-Jèvre , près de Bourges, et il expira le 11 juillet 1461.

bis

LE MEME

(Peint sur bois.)

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