‹ Le Château d'Eu (volume 5)Chapitre 26 sur 90 · LOUIS XI · texte numérisé non relu

LOUIS XI

ROI DE FRANCE

Fils de Charles VII et de Marie d'Anjou.

Louis XI , n'étant encore que dauphin, se déclara, contre son père, chef de la révolte connue sous le nom de la Praguerie. Le pardon que lui accorda le roi n'adoucit point ce caractère ambitieux et farouche ; et les chagrins dont il abreuva Charles VII hâtèrent la mort de ce prince. Louis XI parvint à la couronne le 2 juillet 1461. Son entrée à Paris , à son retour de Reims , où il se fit sacrer , fut marquée par des réjouissances publiques et des spectacles, au nombre desquels on remarqua « trois » belles filles se jouant nues dans la fontaine du » Ponceau en personnages de Syrènes. »

Regardant la France « comme un pré qu'il pou- » vait faucher tous les ans d'aussi près qu'il lui plai- » sait, » il dépouilla les grands, accabla le peuple

d'impôts, abolit la pragmatique sanction. Les princes formèrent alors contre lui cette association connue sous le nom de ligue du bien public : les deux armées, commandées, l'une par le comte de Charolois, l'autre par le roi, se rencontrèrent près de Montlhéri le 16 juillet i465. Ayant cru tour à tour que leur chef était prisonnier, elles se tournèrent mutuellement le dos : « Si bien (dit Comines) » qu'elles n'avaient garde de se mordre l'une l'au- » tre. » Charolois se crut victorieux , parce qu'il avait couché sur champ de bataille. « Vraiment , » disait le roi, ce lui est une gloire bien forcée, car » il n'a ni ville ni bourg pour retraite. »

En 1468, il demande une entrevue à Péronne à Charles-le-Téméraire , duc de Bourgogne : celui-ci le retient prisonnier, le soupçonnant d'avoir engagé les Liégeois à reprendre les armes contre lui. Louis XI voyait des fenêtres de son appartement la terrible tour où Hébert, comte de Vermandois, avait enfermé le malheureux Charles-le-Simple , qui y perdit la couronne et la vie. Cet aspect le détermina à souscrire à toutes les volontés du Bourguignon; et la paix fut jurée sur la croix de Laude, que le roi portait toujours dans ses coffres. Louis accompagna Charles au siège de Liège, et entra

12(i entra à ses côtes dans la ville , criant, comme le dernier des soldats : Vive Bourgogne!

Le roi, craignant que son frère Charles de France, dont il était jaloux, ne devînt trop puissant en épousant la fille du duc de Bourgogne, songea à l'éloigner de la Champagne pour lui donner le duché de Guienne. Le prince vint à Saintes, où était le monarque : pour la première entrevue, on prit la précaution usitée à cette époque entre les princes, savoir, de construire sur un pont une barrière percée d'une fenêtre carrée, grillée avec des barreaux de fer. Ils se virent à travers cette ouverture, et ce ne fut que le lendemain que les deux frères s'embrassèrent. Cette réconciliation était celle de Néron avec Britannicus.... Le jeune Charles de France fut empoisonné quelque jours après, par ordre, à un souper chez l'abbé de Saint-Jeand'Angely. C'est à cette occasion que Louis XI, affectant une fausse douleur, institua X Angélus , prière à la Sainte-Vierge, que l'on récitait à genoux au son de la cloche de midi.

En i474> Edouard IV, roi d'Angleterre, étant passé en France pour s'unir contre le roi avec les ducs de Bourgogne et de Bretagne, Louis XI, au lieu de les combattre, employa les présens et les

artifices pour engager Edouard à retourner dans ses étals. « Je le veux, disait -il à domines, pour » frère et ami ; mais la compagnie n'en vaut rien : » il est bon que la mer nous sépare. » Les deux rois conclurent en 147$, à Amiens, un traité qu'ils confirmèrent à Pecquigny.

L'année précédente, il avait fait alliance avec les Suisses, dont il avait pris à sa solde un corps qu'il payait vingt mille livres par an.

En 1 477 ? il fit périr sur l'échafaud l'infortuné duc de Nemours.

Après la mort de Charles-le-Téméraire, tué devant Nancy en i477 ? Louis XI, qui avait fait un pèlerinage à Notre-Dame du Puy en Anjou pour en rendre grâce à Dieu, songea à s'emparer des états du défunt. Maximilien d'Autriche, qui avait épousé Marie de Bourgogne, fille de Charles-le-Téméraire, arma contre le roi : la bataille de Guinegate et le traité d'Arras, en 1489. , terminèrent cette guerre.

A un voyage qu'il fit à Chinon, Louis XI eut à table une attaque d'apoplexie. De ce moment, une noire mélancolie et d'horribles frayeurs s'emparèrent de lui. Enfermé dans le château du Plessisla-Tour, la fin de sa vie ne fut plus qu'un douloureux supplice où le ciel semblait marquer sa \en-

geance. « La terreur siégeait sur le seuil du palais : des grilles redoublées, des barrières de fer se croisaient sur le taciturne despote ; de hautes murailles s'élevaient hérissées de pointes aiguës; les portes étaient défendues par des guérites de fer, et vingt mille chausse -trapes semées dans la campagne en

interdisaient l'accès à la cavalerie Personne ne

pénétrait dans ce château menaçant sans y être ou mandé par la défiance ou traîné par la haine ; personne ne paraissait devant Louis sans avoir été rigoureusement visité ; il n'avait auprès de lui que cinq ou six scélérats, objets de l'exécration publique. Des chaînes pesantes, scellées dans le mur, des carcans, des boulets, des instrumens de torture hérissaient la cour intérieure : elle retentissait des gémissemens des malheureux qui y étaient attachés , ou qui hurlaient sous le fouet des bourreaux Ce sont là les distractions de Louis XI et

ses horribles passe-temps! Digne ministre de ses fureurs, le farouche Tristan-l'Hermite est attentif au moindre signe de son maître, et sa présence seule est un arrêt de mort Mais ces plaisirs barbares sont encore trop loin du tigre couronné : pour s'en rapprocher, il assiste derrière un rideau aux interrogatoires, aux tortures; il ne s'en tient

pas là , il veut aussi repaître ses yeux de ces affreux supplices ; il veut animer les bourreaux du geste et de la voix, pour que le plus cruel de tous les supplices soit de voir le tyran et d'en être vu. » Il faut ajouter à cette peinture si éloquente de vérité et d'horreur que Louis XI , poursuivi par les remords, la peur de mourir, et la crainte de Dieu, fit venir de Calabre un ermite nommé François de Paule,

dans l'espoir que ce saint homme le guérirait. Dès qu'il l'aperçut, il se jeta à ses genoux; mais l'ermite l'invita à se borner à purifier son âme : le moribond crut pourtant ranimer les restes éteints de son existence en s'abreuvant du sang qu'on tirait à des enfans... Vains remèdes! il expira le 3o août i483, en disant à plusieurs reprises : a Notre-Dame d'Em- » brun , ma bonne maîtresse , aidez-moi ! »

Ce prince avait pour maxime : Qui nescit dissimulare nescit regnare. Il disait que tout son conseil était dans sa tête : aussi, un jour qu'il était sur un cheval petit et faible , le maréchal de Brézé s'écria en courtisan : « Ce cheval est plus fort qu'on ne » croit, car il porte le roi et son conseil. » Louis XI était (dit Comines) humble en paroles et en habits. « Lors qu'orgueil chemine devant ( répétait-il sou- >j vent), honte et dommage suivent de bien près. »

Il était superstitieux. Étant dauphin, il allait joindre son père pour secourir Tartas; il tombe d'un bateau dans la rivière : au fond de l'eau, il se voue à la Sainte-Vierge et à son église de Béhuart. Sauvé comme par miracle , il ordonna « que tous les ans » les chanoines de ladite église pourraient quitter, » pardonner, remettre et abolir à tous les manans et »habitans du duché d'Anjou tous cas, homicides, » crimes et délits commis. » Il portait toujours aussi sur lui une petite vierge en plomb (i). Avare par goût, prodigue par politique, corrupteur, sanguinaire, il craignait avant tout la mort et la vérité : cependant, dans sa jeunesse, il s'était signalé par quelques exploits guerriers, notamment au siège de Dieppe, où il eut la gloire de forcer les Anglais à se retirer. 11 est juste aussi, quoique pénible, d'avoir à reconnaître que ce tyran avait du talent, du savoir, de l'esprit. Il a fait subir à l'administration du royaume d'utiles améliorations; il a favorisé les communes en contribuant à les mettre à l'abri de la tyrannie féodale; il a forcé les grands-vassaux à reconnaître la supériorité du monarque. Cette conduite , il est vrai , avait pour but de satisfaire la basse

(1) Celte vierge de plomb se voit, dans son portrait, sur son chapeau.

envie dont il était dévoré, plutôt que d'ajouter au bonheur des peuples. Les peuples néanmoins furent plus tranquilles sous son règne que sous ses prédécesseurs. « Tranquilles! oui, dit l'historien Duclos, » mais comme les galériens sous le fouet du co- » mite. »

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