MARGUERITE DE PROVENCE
Marguerite de Provence, reine de France, fille aînée de Raimond Bérenger II, comte de Provence, et de Béatrix de Savoie, épousa, en 12 34? Louis IX. La reine Blanche de Castille, jalouse de conserver sur son fils tout son crédit, s'étudiait à ne pas laisser prendre à Marguerite trop d'ascendant sur son âme : « Quand le roi , dit le naïf Joinville , che- » vauchoit par le royaume, et qu'il avoit la reine » Blanche sa mère et la reine Marguerite sa femme, » la reine Blanche ne les laissoit pas loger ensemble- » ment. Un jour le roi, étant à Pontoise, vint voir sa » femme malade des suites d'une couche : ayant en- » tendu venir sa mère, il se cacha derrière la reine; » mais Blanche l'aperçut, et, le prenant parla main , » lui dit : « Venez vous-en, car vous ne faites rien
» ici. — Hélas! s'écria Marguerite, ne me laisserez- » vous voir mon seigneur ni en la vie ni à la mort? »
Cette princesse avait suivi saint Louis en Egypte. Pendant la captivité de ce prince, elle craignait tellement d'être surprise par les Sarrasins, qu'elle faisait coucher, la nuit , un vieux chevalier dans sa chambre : « Jurez-moi, lui dit-elle, que vous ferez » tout ce que je vous demanderai. » Il le promit. « C'est, reprit-elle, que, si les Sarrasins arrivent, » vous me couperez la tête avant qu'ils puissent » me prendre. — J'y songeais, » répondit le vieux chevalier.
Après la mort de son époux, Marguerite vécut dans la retraite, et termina ses jours a Paris, le 10 décembre 1295, dans le couvent des religieuses de Sainte-Claire.
Elle était fort belle , et sa sagesse égalait sa beauté : elle portait même la vertu jusqu'à la rigidité. Un poète provençal lui ayant adressé une pièce de vers semée de quelques traits de galanterie , elle lui répondit par un ordre qui l'exilait aux îles d'Hières.
FERDIMAND III ,