REINE DE PORTUGAL
( Peint sur bois par Ducuyer. )
Marie -Françoise -Élisabeth de Savoie, Fille de Charles- Amédée de Savoie, duc de Nemours, et d’Élisabeth de Bourbon-Vendôme, naquit à Paris le 21 juin 1646. Cette princesse, connue d’abord
sous le nom de mademoiselle d’Aumale, reçut, chez
les filles de Sainte-Marie, une éducation digne de sa naissance, et elle devint aussi remarquable par les grâces de son esprit et l’amabilité de son caractère qu’elle l’était par sa beauté. Tant de qualités semblaient lui promettre le bonheur; mais la po-
litique des coups en tient rarement compte , et c’est par ses propres intérêts qu’elle décide les unions. Aussi la main de Marie fut-elle donnée, le a 5 juin 1666, à Alphonse VI, roi de Portugal, un de ces fléaux que le destin jette sur les trônes pour la
honte de la couronne et pour le malheur des peuples. Elle sentit, à la* première vue, la plus violente antipathie pour ce prince, qui ne prit que trop le soin de la justifier. La couche royale était stérile, et le ciel avait intere&t à Alphonse Pespoir d’être père. La jeune reine avait dçs scrupules à divulguer ce secret pour faire déclarer la nullité de son mariage : elle aima mieux se retirer, le a i novembre 1667, au monastère de F Espérance, d’où elle écrivit au roi pour lui faire part de la cause de sa retraite. Alphonse, étincelant de colère, court au monastère, menace d’enfpncer les portes, entre, et va se livrer contre la reine aux dernières extrémités, lorsque dom Pèdre , frère du roi , ayerti de ce désordre, survient à propos avec une nombreuse nov blesse. Il calme la violence du roi et le ramène au palais, mais dans un tel état d’abattement et de stupidité que sa raison s’éclipsa. Sa conduite insensée et furieuse détermina la révolution qui lui fit ôter la couronne et qui donna la régence à son frère dom Pèdre. Alphonse# détrôné, vécut pomme un simple particulier, et mourut en iÇ83 au château de Cinjpra .en Portugal, Cependant la reine avait fait casser son mariage le 24 mars *6(58, et» le 2 avril suivant, elle épousa dom Pèdre. Ses vertus,
qui avaient été comprimées pendant le règne d’Alphonse, éclatèrent sous l’autorité de dom Pèdre, qui se plaisait à partager le pouvoir avec elle : modeste et bonne* elle ne s’en servait que pour répandre des bienfaits et pour se faire aimer. Devenue mère de l’infante Isabelle, elle s’occupa à graver dans son âme les principes religieux dont elle était pénétrée : elle s’attachait surtout, dans les instructions qu’elle lui traçait elle-même de sa main -, soit en vers, soit en prose, à élever son cœur vers Dieu. « La dévotion , disait-elle , est bonne pour nous » rendre heureux en ce monde et dans l’autre. » Telle était celle dont son âme était remplie, que, lorsque la cour alla passer le carnaval à Almérin, château des anciens rois de Portugal, à quinze lieues de Lisbonne, sur les bords du Tage, au lieu de se livrer aux plaisirs et aux fêtes, elle passa son temps dans les saints exercices et dans la prière, et se consacra tout entière à la religion. On croit même qu’elle avait le projet de faire bâtir un monastère des filles de la Visitation , afin de s’y retirer lorsqu’elle aurait pu remettre en d’autres mains les devoirs que lui imposait son rang. Elle ne se consolait de sa puissance qu’en la rendant, pour les malheureux, une source de bien et de consola-
tion. Son trésorier lui disait quelquefois qu’elle épuisait ses revenus, et qu’elle manquerait d’argent ; mais elle lui répondait toujours « qu’elle se- » rait assez riche pour faire des œuvres de charité » tant qu’elle aurait assez d’ordre pour payer ceux » à qui elle devait par justice. » Tant de vertu ne devait pas briller long-temps sur la terre ! Atteinte d’une maladie de langueur, elle se prépara à la mort avec courage, mais sans faste, et rendit à Dieu, le 27 décembre i683, à l’âge de trente-cinq ans, une âme pure, tranquille et heureuse de quitter les grandeurs de la terre.
V\V«U W V\ V\ VVV%\\V%WVV%V\\W\\ \\ vv V\V\ VX\X\VVV\X VVV\ \\\'V\'1\\X\\1/V\WV\1%'\\\^ t%% %