‹ Le chateau d'euChapitre 13 sur 87 · DUC DE LORRAINE ET DE BAR · texte numérisé non relu

DUC DE LORRAINE ET DE BAR

•«et.

Charles-Léopold-Nicolas-Sixte (Charles V), duc de Lorraine et de Bar, fils de Nicolas-François de Lorraine et de Claude-Françoise de Lorraine, naquit le 23 avril i643. Il n’avait pas encore vingt ans, et il était dans tout l’éclat de la jeunesse et de la beauté, lorsqu’il vint à la cour de Louis XIV, afin de régler avec son père et son oncle , le duc Charles IV, qui sortait des prisons de Madrid, les destinées de la Lorraine. On pensa qu’un mariage serait le plus sûr moyen de concilier tous les intérêts. On songea d’abord, pour le prince Charles, à la nièce du cardinal Mazarin , cette Marie de Mancini qui, la première, avait fixé les regards du roi; mais Charles IV y mit des obstacles; et le jeune prince reporta ses vœux sur mademoiselle de Mont-

pensier, qui commençait à se faire vieille. La grande MademoiselleXe trouvait fort de son goût, « quoiqu’il » fût, dit-elle, mal vêtu, d’une beauté inanimée et » qu’il eût toujours un air gauche. » Mais il préférait à cette princesse mademoiselle d’Orléans, sa sœur, dont le caractère romanesque l’avait séduit, et qui était loin elle-même de le haïr. Lorsque le roi eut exigé qu’elle épousât le grand-duc de Toscane , elle fut au désespoir, et le prince Charles lui fit des adieux mêlés de larmes (i). Il demanda alors la main de mademoiselle de Nemours :‘ce mariage allait se conclure, lorsqu’une seconde fois Charles IY refusa son consentement, et signa, le 6 février 1662, le fameux traité de Montmartre. Le duc Nicolas-François et le prince son fils protestèrent hautement contre ce traité; et ce dernier, n’ayant pu fléchir en rien Louis XIV en sa faveur, disparut la nuit de la cour. Il venait de danser un ballet avec le roi : dès que la danse fut finie, il descendit dans la rue, où son carrosse l’attendait, ne fit que changer d’habits, et, suivi seulement de son écuyer et de son valet de chambre 9 il sortit de Paris, se rendit droit à Besançon; de là à Florence, pour y revoir la duchessa de Toscane, qu’il avait tant aimée;

(1) Voir la noliee de cette princesse, n. 210.

à Rome, où le papé l’accueillit avec distinction; enfin à Vienne, où l’empereur Léopold le reçut comme un ami d’enfance et comme un frère.

Charles, né avec des dispositions guerrières, vit avec plaisir la guerre éclater en i 663 entre l’empereur et la Turquie. C’est à la bataille de Raab qu’il fit ses premières armes sous Montécuculli. Il y déploya une valeur éclatante; il arracha un drapeau des mains d’un Turc qui allait le percer de la lance à laquelle son drapeau était attaché. Léopold fit présent de ce trophée au prince Charles, qui l’envoya au duc François son père.

La Hongrie, la Turquie, les bords du Rhin, le

virent tour à tour, prodigue de son sang et de son courage, faire briller ses talens militaires : c’est lui qui, en 1676, prit Philisbourg sur le maréchal de Luxembourg ; qui , en 1687 , gagna sur les Turcs la fameuse bataille de Mohatz; qui, ayant mis pour devise sur ses étendards aut nunc aut nunquam (ou maintenant ou jamais), lutta avec une intrépide persévérance contre les refus de Louis XIV (1),

(1) Lors du congrès de Nimègue, en 1667 , Louis XIV avait rédigé luimême un projet par lequel il consentait à remettre Charles V en possession de ses états , mais à la condition que la ville de Nancy demeurerait à la France en toute souveraineté. La France demandait en outre un chemin pour le passage de ses troupes , et les places de Marsal et de Longwy. Le duc Charles rejeta ces propositions.

qui lui fermait toujours par ses armées le chemin de la Lorraine ; qui , fidèle allié de l’empereur Léopold , se trouva sur tous les champs de bataille où il y avait de la gloire, des dangers et des blessures à recueillir. Tant de vaillance, tant de noblesse d’âme eussent mérité une couronne : Charles ne put jamais rentrer dans ses états, et mourut sur une terre étrangère. Il était à Inspruck lorsqu’il reçut une lettre de l’empereur Léopold qui l’invitait à venir à Vienne prendre part au conseil qui allait décider de la guerre. 11 part, il arrive à Velz, petite ville à trois lieues de Lintz, et là, frappé d’apoplexie, il meurt le 18 avril 1690. Il avait épousé Éléonore-Marie , sœur de l’empereur Léopold et reine de Pologne. -

« Ce prince , dit dom Calmet dans son Histoire » de Lorraine, était grand, bien fait, d’un air noble » et majestueux. Le trop d’embonpoint lui avait un » peu chargé la taille sur la fin de sa vie. Il affectait » une grande modestie dans ses habits, et était » modeste en toutes choses. Il avait l’esprit grand,

» solide, judicieux, sachant parfaitement prendre » son parti, capable des plus grandes affaires tant » dans le conseil que dans l’exécution, prévoyant,

» attentif, vigilant; modéré et ardent dans les af-

» faires qui demandaient de la promptitude et de » ladiligence; flegmatiqueet circonspect dans celles » qui demandaient de la maturité; joignant la pru- » dence de Fabius à la célérité d’Alexandre. Outre » les qualités militaires qu’il possédait à un degré » éminent, il avait celles de l’honnête homme, du » chrétien, du bon prince, du grand politique. Il » aimait les belles-lettres et la lecture, surtout celle » de l’histoire. Il possédait parfaitement plusieurs » langues. Il était sérieux, sage, parlant peu, mais » parlant à propos; grave et majestueux envers les » étrangers, mais sans hauteur et sans affectation : » libéral, désintéressé, grand observateur de sa pa- » rôle, et d’une éclatan te piété. Aussi le roi Louis XIV » avouait que sa moindre qualité était celle de » prince, et, quand il apprit sa mort, il fit son éloge » en peu de mots, disant que c’était le plus grand , » le plus sage , le plus généreux de ses ennemis . » Le corps de Charles V demeura en dépôt parmi ceux des archiducs, dans l’église des jésuites d’Inspruck, jusqu’au mois d’avril 1700, que le duc Léopold I, son fils, le fit porter à Nancy et lui fit faire des obsèques magnifiques. C’était répondre au vœu de son père, qui avait témoigné en mourant le désir

d’être enterré dans les tombeaux de ses ancêtres.

V«V%V«WVV\%%^\ VVW X^V^WWV^^ «%V\%\\ ÜW\\VV\\\i\U\\\ \-* \\ v%

Page 1