REINE DE POLOGNE ET DUCHESSE DE LORRAINE
Éléonore-Marie d’Autriche, fille de Ferdinand 111, empereur d’Allemagne, et d’Éléonore de Gonzague-Mantoue, sa troisième femme, naquit à Ratisbonne, le 3i mai 1 655.
Élevée à la meme cour que le prince Charles de Lorraine, elle avait de bonne heure conçu pour lui une vive affection ; et l’empereur Léopold, son frère, qui aimait beaucoup Charles, désirait les unir; mais les convenances politiques voulaient qu’Éléonorc épousât un prince souverain , et le duc Charles IV vivait encore , et il vivait dépossédé de ses États. L’abdication de Casimir, roi de Pologne, parut à l’empereur une circonstance favorable pour
donner un monarque pour époux à sa sœur. Sol- ^ • licitations, argent, séductions, il employa tous les
moyens pour attirer le choix des Polonais sur le prince Charles; mais une brigue plus puissante fit élire Michel Wiesnowiski. A peine ce nouveau roi de Pologne était-il sur le trône , qu’il envoya une ambassade à l’empereur pour lui faire part de son avènement à la couronne, et pour lui demander la main de la princesse Éléonore. Cette princesse se soumit à regret à la volonté de son frère, et le mariage fut conclu en 1670.
Quelque temps après, la nation polonaise conçut du mépris et de l’aversion pour Michel. Les mutins s’assemblèrent et marchèrent en armes à Varsovie, pour forcer le roi à descendre du trône. La reine, voyant son époux déconcerté, s’arme de courage, marche droit au camp des rebelles, assemble les principaux chefs, les harangue, les désarme par son éloquence et les ramène à leur devoir. Michel ne jouit pas long-temps de la paix que la reine son épouse avait reconquise pour lui; il mourut en 1674, et le duc de Lorraine fut de nouveau sur les rangs pour la couronne de Pologne; mais, malgré l’appui de l’empereur, il ne fut pas plus heureux que la première fois. Le choix tomba sur le grand-maréchal SobiesHi, illustre par sa naissance, son mérite, ses grands biens et ses
belles actions. L’amour et la main d’Eléonore consolèrent le prince Charles de sa mauvaise fortune. Le mariage fut célébré, le 6 février 1678, àNeustadt, avec la plus grande magnificence (1). Cette princesse demeura toute sa vie tendrement attachée à l’époux que son cœur avait choisi ; elle lui donna six enfans, et de ce nombre, Léopold I, duc de Lorraine, qui fut remis en possession de ses États en vertu du traité de Riswick, du 3i octobre 1697.
Elle mourut le 17 septembre 1697. C’était une princesse d’un génie supérieur, d’une sagesse profonde, d’une piété exemplaire. Son esprit était fort cultivé; elle savait et parlait sept langues différentes. Elle était d’une taille médiocre, mais bien prise, belle sans affectation; son air gracieux, la bienveillance de son sourire, ses manières aisées, polies, et le charme de sa conversation , la rendaient les délices
de la cour de Vienne.
(1) Voir la description des cérémonies et des fêtes dans l’Histoire de Lorraine , tome in.
JE Ai\ III S.OBIESKI ,
ROI DE POLOGNE
(Peint d’après un portrait qui est dans la galerie du palais de Versailles.)
Sobieski , fils de Jacques Sobieski et de Théophile Zolkiewska , roi de Pologne sous le nom de Jean 111, naquit au château d’Olesko, l’an 1629.
Il voyageait avec Marc son frère, lorsque le bruit de la défaite des Polonais à Pilawiec, les rappela dans leur pays, en 1648. aVenez-vous nous venger? » leur dit leur mère avant de les embrasser. Je ne » vous reconnais plus pour mes enfans si vous » ressemblez aux lâches qui ont fui devant les Co- » saques. » Ces paroles d’une Spartiate furent le premier élan d’une gloire qui devait rayonner dans toute l’Europe.
Après plusieurs combats, ou Jean Sobieski déploya le plus rare courage, il eut pour adversaire Charles-Gustave, roi de Suède, qui, à la tête d’une
formidable armée, gagna, en 1657, sous les murs de Varsovie, une grande bataille qui mit la liberté de la Pologne à deux doigts de sa perte. La mort prématurée de Gustave la sauva de ce danger. Vainqueur contre les Moscovites en i 665 , il fut, la même année, moins heureux contre Lubomirski, qui avait levé l’étendard de la révolte contre le roi Casimir. Acculé dans les marais de Cujavie, il ne lui resta que l’honneur d’opérer une savante retraite. La victoire revint sous ses drapeaux dans le camp de Padalieck : vingt mille ïar tares et Cosaques restèrent sur le] champ de mort. Casimir V venait d’abdiquer, tous les yeux semblaient se diriger vers Sobieski pour lui offrir la couronne ; une intrigue la fit tomber sur la tête de Michel Wiesnowiski, qui la reçut avec effroi. C’était l’incapacité même. La noblesse, polonaise voulait s’affranchir de ce joug humiliant; Michel refusa de descendre du trône, et passa avec les Turcs un traité qui soumettait la Pologne à leur joug. « il vaut mieux mourir avec » gloire que de vivre dans l’ignominie, » s’écria Sobieski , et il déchira le traité de Boudehaz , et il battit complètement les Turcs à Choczim. Le jour même de cette grande bataille, Michel mourut, et, lorsque la' nation délibéra pour savoir
qui on appellerait au trône : « Celui qui l’a le mieux » défendu, dit le général Jablonowski. » C’était proclamer Sobieski.En effet, le vainqueur de Choczim fut couronné à Cracovie, le a février 1676, sous le nom de Jean 111 , avec sa femme, qu’il aimait tendrement : c’était une Française, Marie- Casimir de La Grange d’Arquien, fille du capitaine des gardes du duc d’Orléans et veuve de Zamoïski.
Son épée l’avait fait roi , son épée devait défendre sa couronne attaquée de nouveau par deux cent mille Turcs et Tartares. La paix de Zeorawno, conclue le 16 octobre 1676, arrêta ce torrent prêt à fondre sur la Pologne.
Sobieski jouissait, depuis six ans, des douceurs d’un repos qui n’était pas sans gloire , lorsqu’il en fut arraché par la voix de l’empereur Léopold I, qui implorait son appui contre l’invasion desTurcs,qui tenaient Vienne assiégée. Il marcha à son secours à la tête de vingt mille hommes : cette armée se grossit bientôt des troupes des alliés de l’empereur, et le roi de Pologne commandait à soixante-quinze mille hommes , lorsque , le 1 1 septembre , il parut sur les hauteurs du Calemberg à la vue des Turcs et des assiégés. Le bruit de son arrivée répandit
la terreur dans le camp ennemi : « Sobieski est » là ! » dit avec effroi le kan Selim-Gheraï au visir Kara-Mustapha; leurs soldats répétaient : « So- » bieski est là! » et l’épouvante gagna tous les rangs, et l’armée des Turcs s’enfuit en déroute , abandonnant au vainqueur une multitude de prisonniers, un butin immense, et ces étendards sacrés auxquels de vieilles superstitions attachaient les destinées de l’empire de Mahomet. Sobieski fit son entrée à cheval dans Vienne, qu’il venait de délivrer, au milieu d’une foule innombrable qui bénissait son nom et qui baisait ses habits. L’empereur Léopold, par un orgueil mal entendu, ne mêla pas un seul mot de remercîment à la reconnaissance publique. Le roi de Pologne, en homme d’esprit, se vengea de celte mesquine jalousie : « Mon frère, lui dit-il en pre- » nant congé de lui, je suis bien aise de vous avoir » rendu ce petit service. »
De retour à Cracovie , il voulut s’occuper tranquillement des soins du gouvernement, mais les Polonais avaient à cœur de reprendre la place de Kaminieck sur les Turcs : il fallut donc que Sobieski remontât à cheval. 11 comptait sur l’appui de Léopold; mais, ingrat envers son libérateur, ce prince n’envoya pas les troupes qu’il avait promises. Ka-
minieck, vainement bombardée, resta sou§ la domination ottomane ; et le roi de Pologne, également obligé de renoncer à la conquête de la Moldavie, où il avait envoyé une armée avec le général Jablonowski, signa, les larmes aux yeux, le traité de Moscou.
De ce jour, sa vie fut moins brillante et moins heureuse; il eut à lutter contre ces factions orageuses qui, plus tard, livrèrent la Pologne comme une proie à l’ambition des puissances étrangères. Le germe de ces troubles découragea ses derniers regards, et lorsque sa femme, qu’il avait toujours aimée tendrement, lui recommandait l’avenir de ses enfans : « A quoi bon, disait-il, faire un testa- » ment ? on ne nous écoute pas vivans; morts, sui- » vra-t-on nos volontés? »
Il avait vécu en héros, il mourut en sage, consolant sa famille et ses amis qui pleuraient autour de son lit : il était âgé de soixante-neuf ans.
Le plus bel éloge de Sobieski est dans l’exclamation de Charles XII visitant son tombeau : « Un si » grand roi ne devait pas mourir! »
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