‹ Le chateau d'euChapitre 16 sur 87 · ROI D’ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ROI D’ANGLETERRE

(Peint d’après un portrait qui est au Musée Royal.)

Jacques II, roi d’Angleterre, second fils de Charles I et de Henriette de France, naquit à Londres, le 1 4 octobre i633.

Pendant le procès du roi son père il se sauva sous des habits de femme, vint demander asile à la cour d’Anne d’Autriche, et anoblit son exil par la gloire des armes. Trois grands capitaines, Condé, Turenne et don Juan d’Autriche le virent combattre à leurs côtés avec la plus grande valeur. Lorsque les Anglais rappelèrent au trône Charles II, son frère aîné, il le suivit à Londres, devint grandamiral du royaume, et illustra ce titre par une grande victoire qu’il remporta, en i665, sur les Hollandais, commandés par l’amiral Opdam. Il fut moins heureux, en 1672, contre l’amiral Ruyter.

Néanmoins il jouissait d’une brillante réputation comme duc d’York, et l’on s’accordait à penser que, s’il montait sur le trône, il gouvernerait avec éclat. Après la mort de Charles II , ces espérances ne se réalisèrent point, et sa couronne, qui, le jour de son sacre, chancelait sur sa tête, rappela le funeste augure qu’on avait tiré de la même circonstance pour Henri III, roi de France. Et d’abord, pour régner sur un pays protestant, Jacques II était dans la position la plus défavorable : il avait abjuré la foi protestante pour embrasser la religion catholique, il s’était même, dit-on, affilié à la société de Jésus, et il se présentait à son peuple sous le joug du jésuite Péters, son confesseur, qui haïssait et persécutait tous ceux qui ne partageaient pas ses croyances religieuses. Néanmoins, comme tous les souverains à leur avènement à la couronne, il prodigua les plus belles promesses, il vanta dans une proclamation « son affection pour le peuple , » son éloignement pour le pouvoir arbitraire , son » dessein de gouverner l’Église et l’État selon les » lois , et de maintenir les privilèges de tous ces » sujets. » Sa conduite fut le contre-pied de ses flatteuses paroles. Cruel et vindicatif, il fit trancher la tête au^comte d’Argyle et au duc de Mon-

mouth, qui s’étaient armés en Écosse pour soutenir les libertés de conscience, et, par son ordre, une commission de juges , ou plutôt de bourreaux, présidés par Jeffreys, son chancelier, parcourut les provinces de l’ouest, se faisant précéder par des instrumens de supplice , et condamnant à mort, sans aucune forme de procès, tous ceux qui étaient soupçonnés de n’être point favorables au papisme : plus de deux cent cinquante têtes tombèrent dans cette sanglante tournée! Jacques II, croyant qu’un trône s’affermit dans le sang, leva le masque, ne parla plus « que de son autorité souveraine , de sa » prérogative royale et de son pouvoir absolu, au- » quel tous ses sujets devaient une obéissance » sans réserve. » Dans la même déclaration, publiée en 1687, il annonçait qu’il voulait que ses sujets catholiques jouissent de tous les droits dont jouissaient ses sujets protestans; il révoquait et annulait de sa seule autorité tous les sermens qui pouvaient les rendre incapables d’occuper des emplois dans le royaume. Au nombre de ces sermens, était celui du Test , par lequel on abjurait la présence réelle de Jésus-Christ dans l’eucharistie. On devina aisément que Jacques II n’avait en cela d’autre but que de confier toutes les cfia^ges de l’État

et tous les grades de l’armée à des papistes; et, dans le Parlement, dans le peuple, parmi les Wigîis comme parmi les Torys , un cri d’alarme et de réprobation se fit entendre. Le roi n’en tint aucun compte, et, pour mieux insulter à l’opinion publique , il reçut publiquement en grande cérémonie , à Windsor, le nonce du pape: ce qui était un crime devant les lois du pays.

Lorsqu’un monarque outrage ainsi sans pudeur les droits d’une grande nation , il se rencontre tôt ou tard des âmes généreuses qui prennent en main

la cause du peuple, et qui se révoltent contre la

tyrannie. Plusieurs grands seigneurs et plusieurs

évêques se réunirent dans l’intention de sauver la

religion et l’État : ils firent sonder Guillaume,

prince d’Orange , époux de Marie , fille de Jacques II, et, quand ils furent sûrs de son adhésion, ils préparèrent les esprits à sa prochaine arrivée. Ces dispositions n’étaient pas tellement secrètes que le roi n’en fut informé (i). Alors, comme tous les princes faibles, il fit toutes les concessions. Il supprima la cour ecclésiastique, rendit à la ville de Londres sa charte, aux communautés leurs

(1) Louis XIV Ven avait d’ailleurs fait prévenir par M. Barillon, son ambassadeur à Londres.

Page 1