‹ Le chateau d'euChapitre 17 sur 87 · IV · texte numérisé non relu

IV

franchises ; il cassa divers gouverneurs ou magis-

trats catholiques, et les remplaça par des protestans; mais il était trop tard. Un moment arrive où les concessions ne servent qu’à révéler aux nations la faiblesse du trône sans les satisfaire ni les rassurer. C’est donc en vain que Jacquesavait détruit en quelques jours l’ouvrage de quatre ans de sollicitudes et de persécutions; c’est en vain qu’il avait fait baptiser solennellement son fils comme gage d’avenir pour l’Angleterre : on ne crut pas à sa bonne foi, et on répandit partout que le prince Edouard était un enfant supposé. Dans cet état critique, il renferma tout son espoir dans son armée, qu’il avait peuplée d’officiers catholiques; mais la présence du prince d’Orange, qui débarqua au mois de novembre 1688, lui causa une telle frayeur, que, sans oser combattre, dans la nuit du

1 1 au 1 a décembre, il s’enfuit accompagné du chevalier Édouard Haller, du sieur Sheldon et de son valet de chambre. Il était dans un petit vaisseau, sur la côte de Feversham, où il attendait un vent favorable pour s’embarquer sur une frégate qui devait le transporter en France, lorsque, par l’imprudence du chevalier Haller, qui avait envoyé à

12 poste un domestique à sa livrée, il fut reconnu,

et, sur le conseil du gouverneur de la province, le comte de Winchelsea, il se rendit à Londres, où, par un de ces caprices populaires, inexplicables dans les révolutions, il fut reçu avec des acclamations triomphales. Ce fut le dernier éclair de sa royauté : trop faible pour lutter contre l’ascendant du prince d’Orange, il s’embarqua sur une frégate, le 23 décembre 1688, et passa en France. Louis XIV, qui haïssait Guillaume , s’empressa d’accueillir le monarque fugitif, et fit armer une flotte pour l’aider à reconquérir sa couronne. Jacques repassa en Irlande; mais, vaincu à la bataille de la Boyne, au mois de juin 1690, il fut obligé de venir redemander un asile au roi de France, tandis que l’Angleterre élevait le prince d’Orange au trône.

Louis XIV né se découragea point dans ses efforts en faveur du roi détrôné; mais, comme si la mauvaise étoile de Jacques II exerçait sa désastreuse influence même sur les armes françaises, le combat naval de La Hogue enleva aux Stuarts tout espoir de retour, et Jacques II passa le triste reste de ses jours au château de Saint-Germain, dans les pratiques de la plus minutieuse dévotion. Il mourut le 16 septembre 1701.

Avec lui finit le règne d’une famille à laquelle

on pourrait justement appliquer ce mot si lin d’une femme d’esprit : « La couronne des rois est » presque toujours trop large, elle leur tombe sur » les yeux. »

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