REINE D’ESPAGNE
Marie-Louise d’Orléans, fille aînée de Philippe duc d’Orléans, Monsieur , et de Henriette-Anne d’Angleterre, née au Palais-Royal, à Paris, le 27 mars 1662, épousa, le 3 i août 1679, Charles II, roi d’Espagne. Voici ce que mademoiselle de Montpensier raconte dans ses Mémoires à cette occasion (1) :
« Monsieur eût bien voulu qu’elle épousât M. le » dauphin. Je lui disais : « Ne menez pas si souvent » votre fille par ici , cela lui donnera des dégoûts » pour tous les autres partis, et, si elle n’épouse » pas le dauphin, vous lui empoisonnez le reste de » sa vie.»M. le dauphin ne donnait aucune marque » qu’il souhaitait ce mariage, ni le roi non plus. » Aussi, quand elle partit pour l’Espagne, elle était » au désespoir. Après avoir pris congé du roi dans
(1) Tome iv, édition de Petitot.
» la forêt de Fontainebleau, elle monta vite en car- » rosse, sans dire adieu à Monseigneur. »
Cette princesse, en effet, aurait préféré vivre en France: elle aimait le fils de Louis XIV. Ce monarque, s’étant aperçu de sa tristesse, lui dit : « Mais » je ne pourrais faire mieux pour ma fille ! — Ah ! » lui répondit-elle les yeux en larmes, vous pou- » viez faire quelque chose de plus pour votre » nièce. »
Marie-Louise avait de la beauté , de la grâces de l’esprit; elle exerçait sur son faible époux, dont
elle était tendrement aimée, un empire que la mai-
son d’Autriche redoutait. Aussi les mémoires du temps laissent-ils croire qu’elle mourut empoisonnée. Madame de La Fayette dit que cette reine craignait elle-même cet attentat; que, dans ses lettres à Monsieur , elle faisait confidence de ses craintes, et même que ce prince lui avait envoyé du contrepoison, qui n’arriva que le lendemain de sa mort. Saint-Simon laisse planer ses soupçons sur le comte de Mansfeld, ambassadeur de la cour de Vienne à Madrid, et sur la comtesse de Soissons, qui, accusée de ce crime, se réfugia chez cet ambassadeur. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’un jour qu’il faisait très-chaud, la comtesse de Soissons servit du lait
à la reine, qui mourut quelques instans après l’avoir bu, dans les mêmes souffrances que madame Henriette sa mère à Saint-Cloud. Ce fut cette princesse qui informa Louis XIV que Charles 11 son époux ne pouvait avoir d’héritiers ; et, sur cet avis, le grand roi ourdit secrètement le projet de placer la couronne d’Espagne sur la tête de son petit-fils, depuis Philippe V.
D’après des documens peu connus, mais qui paraissent dignes de foi, on peut croire que cette reine périt victime d’une singulière intrigue de cour. Des personnes qui avaient le secret de l’impuissance de Charles II , et qui gémissaient de l’idée que là couronne d’Espagne resterait sans héritier, et passerait sur une tête étrangère, avaient, dit-on, imaginé de persuader à Marie-Louise, afin d’avoir un fils, d’admettre secrètement dans la couche royale un autre que son mari. Elle repoussa ce conseil avec une vertueuse indignation ; mais, de ce moment, elle vit se tramer autour d’elle le projet d’appeler au trône d’Espagne une autre princesse de la complaisance de laquelle on espérerait plus; on nommait déjà même cette princesse allemande; la reine en écrivit à son pèrç, Monsieur, frère de Louis XIV, et, pressentant les dangers dont
elle était menacée, elle lui demanda çe contre -poi-
son qui arriva trop tard : la main de la comtesse de Soissons avait été plus prompte.
Marie-Louisfe d’Orléans, reine d’Espagne, mourut le 12 février 1689.
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