‹ Le chateau d'euChapitre 30 sur 87 · ET LOUIS D’ORLÉANS SON FILS · texte numérisé non relu

ET LOUIS D’ORLÉANS SON FILS

Françoise-Marie de Bourbon (mademoiselle de Blois), fille légitimée de Louis XIV et de madame de Montespan, naquit en 1677. Le roi, qui l’aimait beaucoup, la maria, le 18 février 1692, à Philippe, duc d’Orléans, fils de Monsieur, et depuis régent du royaume. « Feu Monsieur, dit la mar- » quise de Caylus, donna les mains à ce mariage, » non-seulement sans peine, mais avec joie. Ma- » dame (Charlotte de Bavière) tint quelques dis- » cours mal à propos , puisqu’elle savait bien qu’ils » étaient inutiles. » Cette aversion de la princesse Palatine pour sa bru ne s’affaiblit point; elle disait souvent : « Si j’avais pu de mon sang rache- » ter le mariage de mon fils, je l’aurais fait. » Son

orgueil souffrait de ce qu’elle appelait pour son fils, une mésalliance , tandis que de son côté mademoiselle de Blois croyait avoir honoré son époux en lui donnant sa main (i). Ces prétentions contraires

ne servaient pas à entretenir une bien douce

union entre les deux princesses. Aussi Charlotte de Bavière, dans sa correspondance, ne trace-t-elle pas un portrait flatteur de la duchesse, épouse du régent. Le duc de Saint-Simon, dont les Mémoires sont si précieux à consulter sur les grands person nages de la cour de Louis XIV, l’a dépeinte sous de plus favorables couleurs. Elle avait le teint, la gorge, les bras et les yeux admirables, de belles dents, une jolie bouche, de charmans cheveux châtains. Elle était grande, mais elle avait tout un côté du corps un peu plus gros que l’autre, ce qui lui donnait, soit quand elle marchait, soit quand elle était assise, quelque chose de singulier dans la tournure. Elle avait cette finesse d’esprit particulière à madame de Montespan et à ses sœurs; elle parlait avec éloquence, délicatesse et agrément : elle semblait même dire jusqu’à ce qu’elle

(1) Lorsqu’il fut question de la marier au duc d’Orléans, on lui dit que ce prince était amoureux de la duchesse de Bourbon ; elle répondit nonchalamment : « Je ne me soucie pas qu’il m’aime, je me soucie qu’il • m’épouse. »

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. ne disait pas. Elle avait la fierté de sa mère, et affectait dans sa maison , ou plutôt dans sa cour, les grands airs du roi son père (1). Le duc d’Orléans, qui riait quelquefois des scènes de dignité dans lesquelles elle se complaisait, l’appelait madame Lucifer; et ce surnom, qui caractérisait une sorte de puissance, ne lui déplaisait pas. Elle était jalouse de son mari et blessée de ses infidélités; mais, au lieu d’éclater en reproches, elle se réfugiait dans la froideur, ou se vengeait par des épigrammes. Cependant le duc d’Orléans la traitait à merveille; il lui laissait gouverner sa maison avec une autorité absolue, et lui assurait un revenu de quatre cent quatre-vingt mille livres. Elle avait un goût excessif pour les bijoux; et on raconte qu’elle pleura tout un jour du regret de n’avoir pas eu de superbes pendans d’oreilles que le régentdonna à madame la duchesse de Berri, sa fille. Sa vie, au reste, était fort languissante : elle passait la plus grande partie de sou temps couchée. Cette habitude l’empêchait de dîner soit avec le roi, soit avec les

(1) La timidité de madame la duchesse d’Orléans vis-à-vis du roi était extrême. Le roi l’eût fait trouver mal d’un seul regard un peu sévère , et madame de Maintenon aussi. En public , elle ne leur répondait jamais qu’en balbutiant , et la frayeur sur son visage. «

( Mémoires du duc de Saint-Simon.)

princes ou princesses, et elle prenait ses repas à une petite table avec la fille de madame de Thiange, qui était son amie et sa favorite. La représentation la fatiguait; elle vivait assez solitaire, se faisait faire des lectures jusqu’au dîner, s’occupait d’ouvrages le reste de la journée, et du monde depuis cinq heures du soir. Malgré les charmes de son esprit et l’éclat de sa maison , sa société n’était pas toujours amusante, parce que cette espèce de culte dont elle désirait sans cesse être l’objet ne laissait personne à son aise autour d’elle , et que l’ennui suit de bien près l’étiquette. Elle aimait beaucoup ses frères le duc du Maine et le comte de Toulouse, et elle ne se livrait qu’avec eux aux douceurs de l’intimité.

Cette princesse mourut le I er février 1749.

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(Feint d’après une miniature qui est au Palais-Royal.)

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( Peint d’après un portrait qui est au Palais-Hoyal.)

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