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DUC DE LA FEUILLADE

MARÉCHAL DE FRANCE

( Peint d’après le portrait qui se trouve au palais de Versailles.)

François d’Aubusson, troisième du nom, vicomte de La Feuillade, duc, pair et maréchal de France, chevalier des ordres du roi, colonel des gardes-françaises, gouverneur du Dauphiné, cinquième fils de François d’Aubussori II, comte de La Feuillade, et d’Isabeau Bracliet; né marié, le 9 avril 1667, à Charlotte Gouffier, fille de Henri, marquis de Boissy, et d’Anne Hennequin; mort dans la nuit du 1 8* au 19 septembre 1691.

Le vicomte de La Feuillade descendait de Pierre d’Aubusson, grand-maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Il avait eu pour ancêtre Ébon, prince d’Aubusson , qui avait joui de la faveur de Pepinle-Bref, et il se croyait des droits au titre de

prince du saint-empire. Ses prétentions à la noblesse étaient telles, qu’il ne connaissait qu’à trèspeu de familles en France plus d’ancienneté qu’aux d’Aubusson. Aussi Louis XIV disait- il gaîment : « Pourvu que La Feuillade m’accorde d’ëtre aussi » bon gentilhomme que lui, c’est tout ce que je lui » demande. »

Entré au service en 1 65 1 , il fit avec distinction la guerre delà Fronde, et parvint promptement par sa valeur au grade de mestre de camp. Le traité des Pyrénées ayant éteint la guerre civile en 1659, un grand nombre de gentilshommes français demandèrent au roi la permission d’accompagner, comme volontaires , le comte de Coligny , que Louis XIV envoyait avec un corps de six mille hommes au secours de l’empereur. La Feuillade obtint le commandement en second dans cette expédition. Nommé duc et lieutenant-général à son retour, il suivit le roi dans les Pays-Bas, en 1667. A la paix d’Aix-la-Chapelle, « il mena à ses dépens, » en Candie, dit un écrivain du temps, deux cents » gentilshommes volontaires, des meilleures mais » sous du royaume, dont l’un des princi >aux était » M. le comte de Saint-Pol, cadet pour lorf et de-

» puis duc de Longueville, quand son frère fut iv. 1 5

» tout-à-fait fou. La Feuillade, ne fit rien d’utile » pour le salut de la place; mais il fit une vigou- » reuse sortie, où il perdit une grande partie de son » monde, et s’en revint. Il alla ensuite en Espagne » avec le marquis de Béthune, qui lui devait servir » de second, présenta le combat à Saint- Aunay » parce qu’il avait parlé du roi peu respectueuse- » ment. Saint-Aunay, goutteux et cassé, nia le fait » et se moqua de lui. Cette aventure de don Qui- » chotte ne laissa pas de plaire au roi. » En 1G72, La Feuillade fait la campagne de Hollande. Plus tard, il contribue à la conquête de la Franche- Comté et commande en Flandre et en Sicile. De ce moment sa fortune prit un essor plus rapide et plus élevé: il est nommé successivement colonel des gardes-françaises, pair et maréchal de France, gouverneur du Dauphiné et chevalier des ordres du roi.

La carrière militaire du duc de La Feuillade ne fut pas sans éclat; mais il dut moins son élévation à ses services qu’à la faveur de son souverain. Louis XIV voulait être aimé pour lui-même : aussi ' d était Ujès-sensible au culte que lui rendait La Feuillade , et les extravagances du duc trouvaient grâce a ses yeux, parce quelles avaient leur excuse

et leur source dans un dévouement sans bornes pour sa royale personne.

S’il faut en croire un écrivain contemporain,

La Feuillade attendit long-temps les bienfaits du monarque. On lit dans les Mémoires de l’abbé de Choisy : « M. de La Feuillade vint un jour chez ma » mère à Saint-Germain ; il ferma la porte et com- » mença à se promener à grands pas comme un ') furieux; il jeta son chapeau par terre, et disait » tout haut : « Non, je n’y puis plus tenir; je suis » percé de coups; j’ai eu trois frères tués à son ser- » vice; il sait que je n’ai pas un sou et que c’est » Prudhomme qui me fait subsister; et il ne me » donne rien. Adieu, je m’en vais chez moi, et j’y » trouverai encore des choux. » Ma mère lui répon- » dit : « Êtes-vous fou? ne cou naissez- vous pas le roi ? » c’est le plus habile homme de son royaume. Il ne » veut pas que ses amis se rebutent. Il les fait attendre quelquefois long- temps. Mais heureux » ceux dont il a exercé la patience; il les accable » de bienfaits. Attendez encore un peu, et il vous » donnera assurément, puisque vos services mé- » ritent qu’il vous donne. Mais, au nom de Dieu, » redoublez d’assiduités; paraissez gai, content,

» trouvez-vous à tous les passages, demandez tout

» ce qui vaquera; et, si une fois le roi rompt sa gour- » mette de politique, s’il vous donne une pension » de mille écus, vous êtes grand seigneur avant » qu’il soit deux ans. » Il la crut , fit sa cour à l’or- » dinaire et s’en trouva bien. » .

L’espèce d’idolâtrie que La Feuillade avait pour Louis XIV, et qui , pour ainsi dire, résume toute sa vie, se manifesta, en 1686, par une action qui fut traitée par les uns de folle ostentation, et qui parut aux autres l’expression noble et grande de la reconnaissance d’un sujet comblé des bienfaits de son roi. Il acheta l’hôtel de Senneterre, l’un des plus beaux de Paris ; le fit abattre , et, au milieu d’un terrain qui fut depuis nommé la place des Victoires, il éleva une statue de Louis XIV, qui est l’un des ouvrages les plus remarquables de l’époque (1). Cette statue lui coûta cinq cent mille livres, qui font aujourd’hui près d’un million ; et il dépensa presque autant pour , rendre la place régulière. Voici comment un témoin occulaire rapporte l’inau curation de ce monument. « On vit à Paris, la » même année (1686), à la face de Dieu et des hom- » mes, une cérémonie fort extraordinaire : le ma-

(1) Celle statue a été détruite pendant la révolution ; on en conserve les bas-reliefs aux Invalides.

» réchal de l^a Feuillade fit la consécration de la » statue du roi qu’il avait fait élever dans la place » nommées des Victoires. Le roi est à pied et la Re- » appelée lui pose une couronne de laurier sur » la tête. C’est le plus beau jet de bronze qu’on ait » encore vu. La Feuillade fit trois tours à cheval » autour de la statue, à la tête du régiment des » gardes dont il était colonel, et fit toutes les pro- » sternations que les païens faisaient autrefois de- » vant les statues de leurs empereurs. Le prévôt des » marchands et les échevins étaient présens. 11 y » eut, le soir, un feu d’artifice devant l’Hôtel-de- » Ville et des feux par toutes les rues. La Feuil- » Iade avait la vision de fonder des lampes perpé- » tuelles qui auraient éclairé la statue jour et nuit; » on lui retrancha le jour. 11 voulut aussi acheter » une cave dans l’église des Petits-Pères, qu’il pré- « tendait pousser jusqu’au milieu de la place des » Victoires, afin de se faire enterrer précisément » sous la statue de son maître. »

La Feuillade avait l’esprit vif et pénétrant. Ses idées étaient chevaleresques, quelquefois extravagantes, mais toujours empreintes d’un sentiment de grandeur. Courtisan très-délié, flatteur fort habile, il sut se pousser à la cour et s’y maintenir

malgré i’inimitié de Louvois. Admis dans rintimité de Louis XIV, il lui parlai ta toute heure et lui écrivait fort souvent. Ses ennemis blâmaient hautement cette familiarité; mais ils enviaient en secret le savoir-faire de La Feuillade et sa faveur auprès du maître.

Il avait de la bravoure; maintes fois il en donna des preuves. Cependant l’auteur de Y Histoire amoureuse des Gaules cherche dans ses mémoires, avec une perfide malignité qui lui est propre, à jeter des doutes sur le courage d’un homme qui avait répandu son sang sur plusieurs champs de bataille. Les insinuations du comte de Bussy-Rabutin, qui était l’ennemi particulier du duc de La Feuillade, ne méritent aucun crédit.

Le maréchal de La Feuillade, chargé d’honneurs, mourut subitement dans la nuit du 18 au 19 septembre 1691.

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