‹ Le chateau d'euChapitre 38 sur 87 · DUC DE LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

DUC DE LUXEMBOURG

MARÉCHAL DK FRANCE.

(l*einl d’après uü portrait qui est au Musée Hoyal.)

François-Henri de Montmorency, duc de Luxembourg, né le 8 janvier 1628, était fils de François de Montmorency, comte de Bouteville, qui eut la tête tranchée sous Louis XIII pour s’être battu en duel contre le marquis de Beuvron et le comte de Bussy.

Il avait à peine quinze ans lorsqu’il se trouva à la bataille de Rocroi; le courage et la victoire du grand Condé firent sur son âme une profonde impression, et l’exemple de ce héros , pour lequel il eut toujours autant d’amitié que d’admiration , ne fut pas sans influence sur la belle carrière militaire qu’il parcourut. La campagne de la Franche-Comté en 1688, l’expédition de Hollande en 1672, sa fameuse retraite, admirée par ses ennemis, sa belle conduite h la bataille de Senef et au siège de Charleroi, qui

lui valut le bâLon de maréchal de France, les victoires de Fleurus, deSteinkerque, de Nerwinde, ont justement placé Luxembourg au premier rang des grands capitaines dont s’honore la France.

Louis XIV avait pour lui la plus haute estime. Lorsque les envieux du maréchal (et de ce nombre était Louvois) murmuraient à Versailles qu’il s’était trompé et laissé surprendre à Steinkerque par le prince d’Orange (qui avait en effet, mais vainement, attaqué l’armée française pendant son sommeil), le roi leur répondit : « Qu’aurait-il fait de » plus s’il n’avait pas été surpris?» Une autre fois, c’était après Nerwinde, Luxembourg avait écrit à Louis XIV, du champ de bataille, ce billet si spirituellement flatteur : « Vous m’avez dit de prendre » une ville et de gagner une bataille; je l’ai prise » et je l’ai gagnée. » Le monarque dit : « Luxem- » bourg a attaqué en Condé,et le prince d’Orange » fait sa retraite en Turenne. »

A côté de ces hautes marques d’estime, on aura peine à croire que ce même prince ait permis que le maréchal fût arrêté, enfermé à la Bastille, et jugé comme complice de la fameuse affaire des poisons, en 1680. Tel fut pourtant l’ascendant de Louvois que ce grand capitaine fut obligé de se justifier. On

sait la noble réponse qu’il fit à cette sotte demande : s’il n’avait pas fait un pacte avec le diable, pour pouvoir marier son fils avçc la fille du marquis de Louvois? — « Quand Mathieu de Montmorency » épousa une reine de France , il ne s’adressa point » au diable, mais aux états-généraux, qui déclarè- » rent que ce mariage était nécessaire pour acqué- » rir au trône l’appui des Montmorency. »

On a également imprimé partout son ingénieuse raillerie en réponse à la boutade du prince d’Orange , qui s’était écrié : « Ne battrai-je jamais ce » bossu-là ? — Comment , dit Luxembourg, sait-il » que je suis bossu ? il ne m’a jamais vu par der- » rière. »

Ses nombreux triomphes firent souvent chanter des Te Deum à Notre-Dame. C’était l’usage de placer dans l’église les drapeaux pris sur l’ennemi. A l’une de ces cérémonies, le prince de Conti aperçut le maréchal de Luxembourg qui avait quelque peine à fendre la foule pour entrer: « Messieurs , s’écria- » t-ii, laissez passer le tapissier de Notre-Dame. »

Après sa mort, qui arriva le 4 janvier 1695, la victoire abandonna Louis XIV : on ne survit pas impunément à des hommes tels que Condé, Turenne et Luxembourg !

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