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ARMAND DE BOURBON

PRINCE DE CONTI

C Peint d'après le portrait qui est dans la galerie du palais de Versailles. )

Armand de Bourbon, prince de Conti, pair de France, comte de Pézénas, baron de Fère enTardenois, seigneur deTlle-Adam, chevalier des ordres du roi, chef de la branche de Conti, était fils de Henri de Bourbon , deuxième du nom , prince de Condé, et de Charlotte-Marguerite de Montmoreuci. Il naquit à Paris, le n octobre 1629. Il fut baptisé à Saint-Sulpice, le s3 décembre i63o, et eut pour parrain le cardinal de Richelieu.

Il avait une belle figure; mais, comme il était faible de santé et contrefait dans sa taille, son père l’avait destiné à l’Église. 11 fit beaucoup de progrès dans l’étude de la théologie et des sciences. On lui avait donné de riches bénéfices, les abbayes de Saint-Denis, de Cluny, de Lérins et de Molème.

A son entrée dans le monde , l’esprit et la beauté de la duchesse de Longueville, sa sœur, firent une vive impression sur lui: il s’efforça de lui plaire en partageant ses sentimens politiques, en suivant ses avis; et leur amitié devint aussi tendre que l’amour. Si, d’un côté, sa sœur, par ses discours, l’éloignait de l’état ecclésiastique, de l’autre, les lauriers déjà cueillis par son frère, le grand Condé, exaltaient sa pensée, et il ne désirait que l’occasion de quitter l’autel pour les armes.

Après la mort de son père, il renonça à l’Église , se jeta dans les intrigues, prit part aux premiers mouvemens de Bordeaux, et, dans la guerre de la Fronde, devint, parle crédit du coadjuteur et de madame de Longueville , généralissime de l’armée opposée à celle que Condé commandait pour la reine et Mazarin.

Bientôt Condé et lui, réunis contre le cardinal, furent arrêtés au Palais-Royal, et avec le duc de Longueville, conduits à Vincennes, puis à Marcoussis, et de là au Havre (i). Mazarin ayant été obligé de quitter la France par suite des troubles qui avaient suivi la rupture de Gaston avec la cour, les princes, devenus libres, rentrèrent dans

(1) Voir la notice du grand Condé.

la capitale le 16 février i 65 i. Le surlendemain la reine les déclara innocens par un acte qui fut enregistré au Parlement le 28 du même mois.

Le prince de Conti, las du joug de madame de Longueville ; prit une affection profonde pour mademoiselle de Chevreuse. Malgré sa famille, il allait contracter avec elle un mariage secret, quand il apprit qu’elle avait eu des liaisons avec Noirmoutiers et Caumartin , et qu’elle était la maîtresse du coadjuteur. Furieux, il rompit avec elle, et se brouilla par là entièrement avec les frondeurs, qu’il avait d’ailleurs en aversion à cause des plaisanteries dont ils l’avaient accablé.

Après la retraite du prince de Condé aux Pays- Bas espagnols, il signa son traité particulier avec la reine-mère et le cardinal; et, comme Mazarin avait repris le pouvoir, il lui fit demander son amitié en lui proposant d’épouser mademoiselle de Martinozzi, sa nièce, et de lui remettre tous ses bénéfices. Le cardinal accepta, et le mariage eut lieu à Paris, où Conti s’était rendu le 22 février i 654 . Cette alliance le brouilla de nouveau avec son frère. Entré dans la famille de Mazarin, il ne tarda pas à se ressentir de la protection du ministre : il fut nommé gouverneur de Guienne, puis général

de Tannée de Catalogne. Il partit pour Perpignan ; il attaqua Yillefranche, et s’en rendit maître malgré les difficultés du terrain; il marcha de là sur Roses, et força les Espagnols à en lever le siège; ils perdirent beaucoup de monde dans leur retraite. Le prince de Conti retourna dans le Roussillon , et fit reposer ses troupes durant le mois d’août; puis, avec un renfort qu’il attendait, il recommença la campagne en septembre.

Une fièvre subite le retint à Perpignan pendant que le duc de Candale assiégeait Puycerda. Se trouvant mieux, il se fit porter dans le camp, et, le i 3 octobre, il ouvrit la tranchée. Le gouverneur de la ville ayant été tué d’un coup de canon, les habitans demandèrent à capituler, et Conti, maître de la place, le devint par là de toute la Cerdagne. Au printemps de l’année suivante, il retourna commander les armées en Catalogne , et prit Cap-de- Quiers et Castillon. Il devint à cette époque grandmaître de la maison du roi. En 165^, il fut envoyé commander en Italie; mais il échoua avec le duc deModène devant Alexandrie. En 1660, il eut le gouvernement du Languedoc, et remit celui de Guienne au duc d’Épernon. En 1661, il fut fait

chevalier des ordres du roi. Il mourut à Pézenas, le iv. 3

dimanche il février 1 666 . Son corps fut déposé dans F église des Chartreux de Villeneuve-les-Avignon.

« Un abbé de Toulouse, dit mademoiselle de » Montpensier, lui avait’, quelque temps après son » mariage , inspiré de grands sentimens de dévo- » tion.wSon épouse, Marie Martinozzi, acheva de le rendre très-pieux. Dans les dernières années de sa vie, il se livra aux pratiques les plus austères de la religion , aux exercices continuels de pénitence et de charité. Il a laissé plusieurs ouvrages : Traité de la Comédie et des Spectacles selon la tradition de ï Église. — Devoirs des grands , avec un testamen t \ — Devoirs des Gouverneurs de province. — Lettres sur la grâce , en réponse à celles sur le meme sujet du père De Champs , qui avait été dans sa jeunesse son maître de théologie à Bourges.

Il eut, de son mariage avec la nièce de Mazarin, k trois fils : i° Louis de Bourbon , mort le jour de sa naissance; a 0 Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti; 3° François-Louis de Bourbon , prince de la Roche-sur-Yon.

Le prince de Conti était plein d’esprit et de science, et très-agréable dans la conversation; il avait du cœur et de bonnes qualités; mais il était

toujours dominé par quelqu’un; cette faiblesse venait de son indécision naturelle et de sa légèreté. Il était dévot et sensuel à la fois : si l’amour du plaisir avait de l’empire sur son tempérament voluptueux, les idées pieuses en avaient autant sur son âme.

L’abbé de Choisy et Gourville s’accordent pour définir ainsi son caractère dans leurs Mémoires.

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