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NICOLAS CATINAT

MARÉCHAL DE FRANCE

( Peint d’après un portrait qui est au Musée Royal. >

Nicolas Catinat, maréchal de France, était fils d’un conseiller au Parlement de Paris et de Françoise Poissi; il naquit le i er septembre 1637.

Sa famille le destinait au barreau; son goût l’entraîna vers les armes, et la France compta un héros de plus. Les batailles de Staffarde et de La Marsaille, où il défit le duc de Savoie, ont immortalisé son nom; mais ses vertus privées l’ont rendu plus célèbre encore que sa gloire militaire. Il n’était point rare à cette époque de remporter une victoire; mais se montrer modeste (1), désinté-

(1) Quelques jours après la bataille de La Marsaille , Palapral (c'est luimême qui rapporte cette anecdote dans la préface de ses comédies), étant à souper dans la tente du maréchal, on vint à parler des différentes qualités des généraux: le poète, faisant allusion au grand capitaine qui était présent, dit : « J’en connais un si simple, que, sortant de gagner - une bataille , il jouerait tranquillement une partie de quilles. » Catinat repartit froidement : « Je ne l'estimerais pas moins si c’était en sortant de » la perdre. »

resse dans son triomphe , employer une partie de son traitement à soulager les soldats (i) les plus malheureux, avec une fortune plus que médiocre; répondre au roi, qui dit avec bienveillance : « Grâce » à vous , mes affaires vont bien , mais comment » vont les vôtres? — Fort bien! sire. » Et ne rien accepter; refuser également d’ètre chevalier des ordres, ne paraître à la cour que pour s’y faire oublier, soutenir avec une noble simplicité la disgrâce de Louis XIV ; abaisser, sans se plaindre , ses lauriers devant l’orgueilleuse incapacité de Villeroi (2); fatigué de la cour, qui ne le comprenait pas, goûter en philosophe les charmes de la retraite, et mourir en homme de bien : une telle conduite était moins commune , et c’est le plus bel éloge de Catinat. On croirait voir une de ces figures antir ques représentées avec une si admirable énergie par Plutarque; et Louis XIV n’a pas été démenti par la postérité pour avoir dit, en le créant ma-

(1) Les soldats l’appelaient entre eux le Père-la- Pensée , à cause de son air calme et réfléchi.

(2) En 1701 , lorsqu’il s’agissait de faire la guerre au prince Eugène , la cour avait hésité entre Villeroi , Vendôme et Catinat pour commander l’armée française. Le prince Eugène dit à cette occasion: « Si c’est Ville- » roi qui commande, je le battrai; si c’est Vendôme, nous nous battrons;

» si c’est Catinat , je serai battu. * Les intrigues de la cour envièrent cette gloire au vainqueur de Marsaille,

réchal de France : « C’est bien la vertu couron-

» née (i). »

Ce grand homme mourut, le 2 5 février 171a, dans sa terre de Saint-Gratien, près Montmorency.

(1) En 1774, l’ Académie française proposa pour sujet du prix d’éloquence l'éloge de Câlinât. Ce prix fut remporté par La Harpe.

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