LOUIS- AUGUSTE DE BOURBON
DUC DU MAIIVE.
Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine, fils légitimé de Louis XlVet de la marquise de Montespan, naquit le 3 i mars 1670. « J’ai ouï conter à » M. de Lauzun, dit mademoiselle de Montpensier, » que, le jour que madame de Montespan accoucha » du duc du Maine, c’était à minuit sonnant, le v dernier jour de mars ou le premier avril si l’on » veut. On n’eut pas le temps de l’emmaillotter, on » l’entortilla dans des langes, et M. de Lauzun le » prit dans son manteaii et le porta dans un car- » rosse qui l’attendait au petit parc de Saint-Ger- » main; il mourait de peur qu’il ne criât. » On le remit entre les mains de madame de Maintenon, qui l’éleva avec un soin tout particulier. 11 avait une charmante figure, beaucoup de gentillesse ; mais jl était boiteux. Sa gouvernante le conduisit d’a-
bord en Hollande, pour le faire voir à un homme que l’on disait posséder des secrets merveilleux pour guérir cette infirmité. C’était un charlatan, dont les remèdes ne firent qu’aggraver le mal. Madame de Maintenon mena ensuite le duc du Maine aux eaux de Bar ége. C’est de là qu’elle écrivait ces charmantes lettres qui furent la première source de sa fortune auprès du roi.
Le duc du Maine puisa, à l’école de cette femme spirituelle, des qualités plus aimables que solides. 11 écrivait avec grâce, contait avec finesse, et se faisait remarquer par l’élégance de ses manières et par son affabilité. Mais il manquait d’énergie dans le caractère, et, s’il faut en croire Saint-Simon, on allait jusqu’à suspecter son courage. Il raconte à ce sujet une anecdote singulière. Les gazettes avaient dit, sans doute pour flatter le roi, qui aimait beaucoup son fils, que dans la campagne de Flandre ce jeune prince avait donné des preuves de la plus brillante valeur , et que meme il avait été blessé. Des bulletins plus officiels apprirent plus tard que le duc du Maine ne s’était pas même présenté sur le champ de bataille. Le roi, étonné de cette contradiction , demanda la vérité à son valet de chambre Devienne, qu’il se plaisait quelquefois à faire
causer sur les nouvelles du jour. Devienne lui avoua franchement le bruit le plus vrai, le plus généralement accrédité; c’est que le duc du Maine ne s’était point battu. Louis XIV en prit une telle
humeur, qu’en sortant de table il frappa de sa
canne un valet de pied dont l’unique tort était d’avoir mis un biscuit dans sa poche. Cet excès de vivacité, si contraire au caractère du roi, excita une surprise générale. Il n’y eut que les plus intimes confidens qui eurent le secret de cet étrange emportement.
Le duc du Maine était le favori de madame de Main tenon. C’est pour lui que son ambitieuse sollicitude tourmentait sans cesse le roi; c’est à son influence que le duc du Maine dut le rang et les honneurs de prince du sang pour lui ét ses enfans; c’est elle encore qui persécuta Louis XIV au lit de mort pour que, dans son testament, ce prince eût un pouvoir égal à celui du duc d’Orléans, que sa naissance appelait à la régence. Aussi le duc du Maine embrassa-t-il avec reconnaissance les intrigues que madame de Maintenon ne cessait d’ourdir à la cour pour nuire aux autres branches légitimes de la famille royale. Sa femme, Ànne- Louise-Bén édicte de Bourbon , qu’il avait épousée
le 19 mars 1692, avait une ambition plus active que la sienne, et souvent elle se plaignait de son calme et de son indolence. Douée du génie de Tintrigue, hardie jusqu’à la témérité, orgueilleuse et dévorée de l’ambition de gouverner l’État, elle entra dans la conspiration de Cellamare (1) avec une ardeur que son pacifique époux était loin de partager. Elle voulut imiter la duchesse de Bragance , qui avait conduit le plus vaste complot à l’insu de son mari, et l’avait fait conspirateur et roi prèsqu’en dépit de lui-même. Le complot ayant été découvert, le duc du Maine, qui en aurait volontiers recueilli les fruits, subit avec impatience la captivité que le régent crut devoir lui infliger. H maudissait sa femme de lui avoir attiré cette disgrâce; il protesta hautement contre l’intrigue où elle s’était engagée, et, lorsqu’il fut remis en liberté, il se garda bien de retourner auprès d’elle à Sceaux. Il choisit un autre de ses châteaux , Clagny , pour sa retraite, et fut assez long-temps sans vouloir se rapprocher de la duchesse. Cependant la réconciliation eut lieu, et le duc reprit auprès de sa femme sa soumission craintive. Tous deux renoncèrent aux soins de l’ambition ; mais une maladie longue et
(1) Voir b Conspiration de Cellamare , par l’auteur de ces Notices.
cruelle, qui peu d’années après affligea le duc du Maine, ne lui permit pas de goûter le calme auquel il était rendu , et pour lequel la nature l’avait formé. Réservé, taciturne, dévot, il perdit chaque jour ces grâces légères de l’esprit que Louis XIV et madame de Maintenon avaient tant admirées en lui. Après d’inexprimables souffrances, le cancer qu’il avait au visage lui ôta l’une après l’autre toutes les fonctions de la vie, enfin la vie meme. Il expira le i4 mai 1736.
« Sa mort, dit madame de Staal, fut aussi cliré- » tienne que douloureuse. La religion, peut-être » plus que la nature, avait mis en lui toutes les ver- » tus et le rendait fidèle à les pratiquer. 11 aimait » l’ordre, respectait la justice et ne s’écartait ja- » mais des bienséances. Son goût le portait à la re- » traite , à l’étude et au travail. Doué de tout ce qui » rend aimable dans la société, il ne s’y prêtait » qu’avec répugnance. On l’y voyait pourtant gai , » facile, complaisant et toujours égal. Sa conversa- » tion , solide et enjouée, était remplie d’agrémens, » d’un ton aisé et léger; ses récits amusans, ses » manières noblement familières et polies , son » air assez ouvert. Le fond de son cœur ne se dé- » couvrait pas : la défiance en défendait l’entrée,
» et peu de sentimens faisaient effort pour en » sortir. »
La fortune du duc du Maine était considérable. Mademoiselle de Montpensier lui fit don de la principauté de Dombes, du comté d’Eu et du château de Sceaux, pour racheter la liberté du duc de Lauzun , alors enfermé dans la citadelle de Pignerol (i). Les fils du duc du Maine prirent les noms de prince de Dombes et de comte d’Eu.
(1) Voir les Mémoires de mademoiselle de Montpensier.
289 bis .
LE MEME
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