‹ Le chateau d'euChapitre 53 sur 87 · DUCHESSE DU MAUVE · texte numérisé non relu

DUCHESSE DU MAUVE

( Peint sur cuivre.)

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Anne- Louise- Bénédicte de Bourbon, fille de Henri-Jules, duc de Bourbon, prince de Condé, et d’Anne de Bavière; née le 8 novembre 1676; mariée, le 19 mars 1692, à Louis-Auguste de Bour* bon , duc du Maine (1); morte en 1753.

(1) « Le roi , sur les cinq heures (12 février 1692) , envoya quérir M. le »> prince, et lui proposa le mariage de M. le duc du Maine avec mademoi- » selle de Charolois, sa fille. Le lendemain, le roi alla voir madame la prin- » cesse, qui était venue le matin de Paris; le roi lui dit qu’il venait en forme » pour lui demander mademoiselle de Charolois, sa fille, pour M. le duc du » Maine... M. le duc du Maine épousa mademoiselle de Charolois, à la » messe du roi , sur les si^ heures. On entra dans l’appartement dès que le » roi d’Angleterre fut arrivé. Le roi tint le portique (espèce de jeu) , et en- » suite alla à la musique. Le roi d’Angleterre donna la chemise au marié.

» Le roi a donné à mademoiselle de Charolois cénl mille francs, comme » on les donne à toutes les princesses du sang qui se marient, et un million » à M. le duc du Maine. On ne donne d’ordinaire que cinquante mille écus » aux princes du sang. » ( Mémoires de Dance au.)

Cette princesse était blonde , fort petite, mais d’une très-jolie figure; ses yeux étaient charmans, toute sa personne séduisante de grâces. Son caractère ne répondait pas à tant d’agrémens. Orgueilleuse et violente, hardie jusqu’à l’audace, impatiente de toute prudence, dévorée d’ambition et tourmentée du besoin de l’intrigue, elle ne rendit pas heureux son mari, qu’elle précipita souvent malgré lui dans des démarches plus que hasardées. Lorsqu’en 1716 le duc de Bourbon présenta, requête au Parlement , tendante à priver le duc du Maine et le comte de Toulouse du rang et des prérogatives de princes du sang, et que, par sa déclaration du a juillet 1 7 1 7 , le Parlement les dépouilla # de ces privilèges, ne leur réservant que le droit de séance dans son sein, dont ils étaient en possession, la duchesse du Maine, fière du sang de Condé, dit au duc : « 11 ne me reste donc plus que » la honte de vous avoir épousé! » Sa fureur ne fut pas moins grande lorsque la surintendance de l’éducation du roi fut enlevée au duc du Maine pour être donnée au duc de Bôurbon. Forcée de quitter l’appartement qu’elle occupait aux Tuileries, elle ordonna qu’on le démeublât , et, pour qu’on

eût plus tôt fait, elle brisa elle-même les glaces,

les porcelaines et tout ce qui lui tomba sous la main (i). Cette colère prit bientôt après le caractère dé la vengeance ; et c’est contre lé - régent qu’elle devait éclater. La duchesse du Maine, indignée de la tranquillité de son mari , qu’elle appelait misère, faiblesse, entra dans la fameuse conspiration de Cellamare , qui avait poür but d’enlever le régent lorsqu’il irait prendre le commandement d’une armée aux Pyrénées , dé mettre le roi d’Espagne à la tête des affaires de Francé , et d’en confier la direction au duc du Maine. La duchesse du

Maine chercha à rallier à ses projets des hommes dont le nom pouvait lui gagner des partisans. Elle jeta d’abord les yeux sur le maréchal de Villars ;

mais il était vieux, sa fortune était faite, et il n’a-

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vaitpoint appris à conspirer à la cour de Louis XIV. Elle fut plus. heureuse auprès du comte de Laval, dont l’activité, l’audace et le dévouement égalaient sa haine contre le duc d’Orléans: du cardinal de

Polignac> dont l’esprit était vif et brillant, mais

dont le caractère était inquiet; du jeune duc de iRi-

chelieu, déjà célèbre par ses succès en amour 7 et dans lequel la duchesse du Maine, croyait voir un nouveau comte de Fiesque, habile à conduire des

(1) Mémoires du maréchal de Villars.

complots du sein des plaisirs. C’était à Sceaux que se tenaient les conférences ; et l’appareil des fêtes ou les récréations de l’esprit y déguisaient les projets des conspirateurs. Le cardinal de Polignac y faisait des lectures des fragmens inédits de son Anti- Lucrèce; Richelieu venait y raconter avec une grâce frivole et ses duels et ses aventures galantes ; le seul Laval conservait quelque chose de sombre, et cherchait dans les regards de la duchesse du Maine le signal pour agir. Mais, tandis que la petite cour de Sceaux attendait le mot d’ordre d’Albéroni , les papiers de l’ambassadeur , que l’abbé Porto Carrero emportait en Espagne, sont saisis en route, les uns disent d’après les révélations d'une courtisane, les autres «par suite de la banqueroute d’iin banquier espagnol qui s’enfuyait de Londres (i). Le régent fait arrêter à Sceaux le duc du Maine, et la duchesse du Maine dans son hôtel à Paris. Elle prit secrètement ses pierreries avec elle. On s’en aperçut, et on jugea à propos de ne les lui point laisser emporter, sous prétexte qu’elle n’avait pas besoin de ces ornemens dans la nouvelle demeure qu’on lui destinait. Elle fut conduite au château de Dijon. « Ce qu’il y a de plai-

(1) Mémoires de Dangeau. 1 • •

» sant dans le choix de cette prison , dit le duc de » Saint-Simon , c’est qu’il fut proposé par le régent » devant M. le duc de Bourbon et moi. M. le duc » trouva étrange que M. le duc d’Orléans le consti- » tuât le geôlier de sa tante; mais, après quelques » contestations, il finit cependant par l’approuver.

» Ce n’était certes point un tour maladroit de la » part de M. le duc d’Orléans de rendre M. le duc » garant et responsable de cette chère tante, dont » le sexe, l’humeur et la naissance inspiraient les » craintes les mieux fondées. »

Le régent était décidé à ne relâcher ni les chefs de îa conspiration ni leurs adhérens sans un aveu de leur part. La duchesse du Maine, qui ne désirait rien tant que sa liberté, donna l’exemple. D’après sa déclaration, qu’elle écrivit de sa propre main, elle eut permission de revenir à Sceaux : elle comptait y trouver le duc son époux ; mais il refusa de s’y rendre, irrité de la captivité qu’elle lui avait attirée par son imprudence. Affligée de cette nouvelle espèce de disgrâce, elle vint prier le duc d’Orléans de la raccommoder avec son mari. « Entre nous, lui répondit en riant le ré- » gent, tout est oublié; mais, pour le reste, j’ai ap-

» pris de Sganarelie qu’entre l’arbre et l’écorce il iv. 19

» ne faut pas mettre le doigt. » Cependant le duc du Maine finit par se laisser fléchir, et se réconcilia avec la duchesse.

Dédaigneuse de l’étiquette et de la gêne des cours, cette princesse aimait à jouir de sa liberté, et Sceaux était devenu le rendez-vous des plaisirs. La elle jouait la comédie , et on la voyait sur le même

théâtre avec Baron : les beaux-esprits s’y donnaient

rendez-vous, et Chaulieu et La Fare y brûlaient en son honneur cet encens léger qui parfume leurs poésies. Lamothe, qu’elle appelait son berger , lui

écrivait des lettres en vers; ceux qu’il lui adressa

sur l’amitié sont charmans :

« Je veux que, délicate, elle se fasse un crime » De ne me pas ouvrir le fond de votre cœur ;

» Elle a comme l’amour sa dernière faveur,

° C’est son secret le plus intime. «

Les seigneurs qui étaient admis dans ces brillantes réunions offraient, à leur tour, à celle qui les présidait, des fêtes qu’on appelait les nuits blanches . On faisait une loterie des vingt-quatre lettres de l’alphabet : celui qui tirait le C donnait une comédie, l’O appelait un opéra, le B un ballet. C’est là que Saint-Aulaire composa pour la duchesse du Maine, qui l’appelait son Apollon , ce

quatrain sur lequel il est arrivé si légèrement à l’immortalité :

« La divinité qui s’amuse » A me demander mon secret ,

» Si j’étais Apollon , ne serait point ma muse,

» Elle serait Thétis, et le jour Unirait. »

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