COMTE DE TOULOUSE
(En dieu marin.)
Louis- Alexandre de Bourbon , comte de Toulouse, fils légitimé de Louis XIV et de madame de Montespan, naquit le 6 juin 1678.
Doué d’une charmante figure, il avait aussi le plus aimable caractère. « C’était, dit Saint-Simon, » l’honneur, la vertu, la droiture, la vérité, l’é- » quité même, avec un accueil aussi gracieuxqu’un » froid caractère le pouvait permettre; de la valeur » et de l’envie de faire , mais par les bonnes voies, » et en qui le sens droit et juste suppléait pour le » très-ordinaire à l’esprit. Tout appliqué d’ailleurs » à savoir sa marine de guerre et de commerce , et » l’entendant très-bien. » Il donna , comme grandamiral, des preuves de son courage et de son ha-
bileté, le 24 septembre 1 704? à la bataille de Malaga. Sa flotte rencontra à la hauteur de cette ville celle de Tamiral Rook; le combat dura depuis dix heures du matin jusqu’à dix heures du soir; l’avantage demeura au comte de Toulouse, dont le vaisseau se battit avec opiniâtreté contre celui de l’amiral Rook, et le démâta. Il fut exposé pendant tout le combat au feu le plus vif, et plusieurs de ses pages furent tués à ses cotés. Sa valeur, son sang-froid, et la précision admirable avec laquelle il donnait ses ordres, lui gagnèrent l’estime de tous les braves , dont il avait déjà obtenu l’affection. Esménard, dans le cinquième chant du poème de la Navigation , a chanté ce combat et la gloire du comte de Toulouse :
. « Non, jamais en cédant l’Anglais impérieux
» Ne reçut , ne porta des coups plus glorieux.
» Toulouse en a frémi. Le trépas l’environne;
* Ici le fer brûlant, qui sc brise et qui tonne,
» Tombe en grêle de feu sur ses braves soldats ,
» Sur ses hardis marins vieillis dans les combats.
» Là ces guerriers enfans , dont le jeune courage » Brille de leur faiblesse et des grâces de l’âge ,
» Élèves d’un héros , et fiers de son appui,
» Par la foudre en éclats sont tombés devant lui.
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i hj . * C’en est fait, d’Albion les vaisseaux embrasés
»> Vengent de nos guerriers les mânes apaisés.
» Son orgueil convaincu déguise en vain ses perles :
, » De ses débris fumaus les vagues sont couvertes ;
» Sa flotte réunie , après mille détours ,
» De la nuit et des vents implore le secours,
» Et , fuyant vers ces monts divisés par Hercule ,
» Jusque sous leur appui s’épouvante et recule. »
Le comte de Toulouse était trop ennemi de l’intrigue pour seconder celles de son frère, le duc du Maine , avec lequel il était froidement : cependant leurs intérêts communs les rapprochèrent en 1717, lorsque, sur la demande du duc de Bourbon, le Parlement les priva des noms, droits et prérogatives de princes du sang. L’année suivante, on revint sur cette décision, à l’égard seulement du comte de Toulouse et de ses enfans (1).
Louis XV aimait beaucoup ce prince ; il se rendait souvent à Rambouillet, où le jeune monarque prit ce goût de la chasse qui devint chez lui une passion. Le cardinal de Fleury, fatigué, dit-on, des affaires après la disgrâce de M. de Cliauvelin, songeait à se donner un successeur, et c’est sur le comte de Toulouse qu’on prétend qu’il avait jeté les yeux (a). Les mesures étaient prises, dit-on,
(1) Voir la Conspiration de CeUamare , chapitre des princes légitimés.
(2) Le comte de Toulouse était souvent consulté par le cardinal de Fleury sur des questions importantes et délicates. Telle fut celle du duel entre le grand-prieur et le marquis de Conflans. Voici la réponse de ce prince : « Les lois sur les duels sont sages; mais, jusqu’à ce qu’on ait trouvé le » moyen de sauver l’honneur d’un homme, il faut en particulier compâtir à ce » qu’il est obligé de faire. J’ai vu le feu roi bien sévère sur les duels; mais
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pour le nommer premier ministre à Rambouillet, où le roi devait aller passer une partie de l’automne avec sa cour, lorsque là mort termina sa carrière. Taillé pour la seconde fois de la pierre, il soutint ses souffrances pendant vingt-deux jours avec une héroïque fermeté. Avant d’expirer, il fit . venir le duc de Penthièvre, son fils, à qui il donna les plus sages et les plus nobles instructions. Louis XV, qui l’aimait beaucoup, envoyait à chaque instant savoir de ses nouvelles , et le prince , touché de ces marques de bonté , retrouva toutes ses forces pour en remercier le premier chirurgien , et le prier d’assurer le roi de son respect , de sa reconnaissance et de sa fidélité. Quelques minutes après, il expira; c’était le i* r décembre 1737.
» en même temps, si, dans son régiment, qu’il approfondissait plus que les * autres, un officier avait une querelle, et ne s’en tirait pas selon l’hon- » neur mondain , il approuvait qu’on lui fit quitter le régiment. Nous » voyons bien que les deux principes ne s’accordent pas ; mais l’un et l’au- » tre doivent se trouver dans tout homme, puisqu’ils ont été dans le roi » le plus juste et le plus ferme. »
(Lettre du comte de Toulouse au cardinal de Fleury, du 27 mars 1737.)
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291 bis .