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DUC DE VILLARS

MARECHAL DE FRANCE

Louis-Hector de Villars, duc de Villars, pair et maréchal de France, fils de Pierre, marquis de Villars, et de Marie Gigault de Bellefons, naquit à Moulins, en i 652 .

Tourmenté de bonne heure du désir de se faire un nom, Villars, très-jeune encore, allait au-devant de toutes les occasions , de tous les dangers même qui pouvaient servir son ambition et son amour pour la gloire. Aussi Louis XIV disait-il : « Il semble, dès qu’on se bat en quelque endroit, » que ce petit garçon sorte de terre pour s’y trou- » ver. » Cette envie de se distinguer, jointe à un courage intrépide (i), lui fraya bientôt le chemin

(1) On le pressait, en 1677, de prendre une cuirasse pour une action qui devait être vive et meurtrière. « Je ne crois pas, répondit-il tout » haut, en présence de son régiment , ma vie plus précieuse que celle de • ces braves gens- là. »

des honneurs militaires. Le passage du Rhin en 1672, le siège de Maestricht, la bataille de Senef, en 1674, la campagne d’Allemagne contre le duc de Wirtemberg, qui fut fait prisonnier, virent tour à tour Villars donner des preuves de valeur et d’habileté; et les plus grands capitaines, Condé, ' Turenne, Créqui , le désignaient unanimement pour leur successeur. Il commandait à Friedlingen, le i 4 octobre 1702, lorsque le prince de Bade y fut complètement battu. Il ne fut pas moins heureux l’année suivante à Hoclistet. L’électeur de Bavière, aux troupes duquel il avait joint son armée, ne voulait pas donner la bataille sans avoir conféré avec ses ministres et ses généraux, a C’est moi , lui » dit hardiment Villars, qui suis votre ministre et » votre général quand il s’agit de livrer bataille. » Et il fut vainqueur.

A son retour en France, il fut envoyé dans les Cévennes pour anéantir la résistance des protestans qui, sous le nom de Camisards (1), s’étaient saintement révoltés contre la révocation de l’édit

(1) Villars avait mis à prix la tête du chef des Camisards , nommé Cavalier. Cet homme, navré des nombreux supplices de ses compagnons, vint se livrer lui-même au maréchal, qui, touché de son courage, lit compter les mille écus promis pour tous , et lui donna en même temps une amnistie pour lui et pour quatre-vingts personnes de^p suite.

de Nantes. Il est regrettable que Villars ait été chargé de cette espèce de guerre civile, dont la cour, qui ne l’aimait pas, lui confia le soin dans l’intention d’obscurcir sa gloire. Ce n’est point du sang français que devait se rougir son épée! Empressons-nous de le suivre sur des champs de bataille plus dignes de sa vaillance et de sa gloire; soit à Stolhoffen, en 1707, luttant victorieusement contre les alliés commandés par Marlborough; soit en 1708, dans le Dauphiné, forçant le duc de Savoie, déconcerté dans tous ses projets, à dire : « Il faut que ce maréchal de Villars soit sorcier » pour savoir tout ce que je dois faire : jamais » homme ne m’a donné plus de peine; » soit à Malplaquet, en 1709, où il eût triomphé sans la blessure qu’il reçut en. combattant; blessure qui fit croire à sa mort, et qui jeta le désordre dans l’armée française. C’est là qu’on proposa au maré-

chai de lui administrer en secret le saint viatique.

« Non, dit Villars, puisque l’armée n’a pu me voir » mourir en brave, il est bon qu’elle me voie mou- » rir en chrétien. »

Heureusement ses blessures n’étaient pas mortelles; il devait vivre encore pour le salut de la France. Le Ayaume, épuisé d’hommes et d’argent,.

était dans la consternation. Les esprits ne se rassuraient point par les conférences d’Utrecht, que les succès du prince Eugène pouvaient rendre infructueuses. L’alarme était à Versailles. La mort du grand dauphin, arrivée depuis un an, celles du duc et de la duchesse de Bourgogne et du duc de Berri , enlevés rapidement depuis quelques mois, et portés dans le même } tombeau ; toutes ces infortunes domestiques, jointes aux calamités étrangères et à la misère publique, faisaient regarder la fin du règne de Louis XIV comme un temps marqué pour les désastres. Il appartenait à Viliars de relever tant de courages abattus, tant de destinées flétries par le malheur. La victoire que ce grand capitaine remporta à Denain (94 juillet 1719) (1) replaça la France à son rang, et Louis XIV, que ses ministres engageaient à se retirer à Chambord, respira plus librement à Versailles, et put se croire encore le grand roi. Le maréchal de Viliars, après avoir terminé la guerre

(1) Il est juste de faire mention du maréchal de Montesquiou , qui, par une brillante attaque , contribua puissamment au gain de la bataille de Denain. C’est là que Viliars , qui savait animer par des saillies le courage du soldat, dit au régiment de Navarre , qui était mat vêtu, en leur montrant l’ennemi dont les uniformes étincelaient: « Messieurs de Navarre, habillez-vous! *

par ce coup d’éclat, eut aussi l’honneur de conclure la paixàRastadtavec le prince Eugène. « Mon- » sieur, lui dit Villars en l’abordant, nous ne » sommes point ennemis : vos ennemis sont à » Vienne, et les miens sont à Versailles. » En effet, soit par la rapidité de sa fortune, dont il fut l’artisan, soit par la brusque franchise de son caractère, soit aussi par un penchant trop facile à déprécier le mérite de ses rivaux pour exalter ses propres succès, le maréchal de Villars n’avait pas eu l’art de se faire bien venir des courtisans ; mais on avait besoin de ses talens et de ses lumières; et, après la mort de Louis XIV, le vainqueur de Denain fut fait président du conseil de guerre en 1715, et admis au conseil de régence en 1718. La carrière des combats devait encore se rouvrir pour lui. Lorsqu’en 1733 l’Empire, l’Angleterre, l’Espagne, se liguèrent contre la France, il fallait envoyer une armée en Italie. Villars avait quatre-vingt-deux ans; mais les vieux souvenirs de gloire dont il était entouré le firent préférer à tous les autres capitaines ; et, décoré du titre de général des camps et armées du roi , titre qui n’avait été accordé à personne depuis Turenne, il partit pour le Milanais. Son grand âge et raffaiblissement de sa santé

ne lui permirent de faire qu’une seule campagne. Comme il revenait en France, il tomba malade à Turin. Tandis que son confesseur le préparait à la mort, on lui annonça que le maréchal de Berwick avait été tué sur le champ de bataille d’un coup de canon. « Cet homme, s’écria Villars, a toujours » été heureux. » Il expira peu de temps après, le 17 juin 1734* H avait épousé, le I er février 1702, Angélique Roque de Varengeville, dont il n’eut qu’un fils, le duc de Villars, qui fut gouverneur de Provence.

Le maréchal de Villars était d’une taille avantageuse, brun, bien fait; sa physionomie était vive, ouverte; son langage était prompt, ses gestes fréquens. Il était sur les champs de bataille courageux jusqu’à la témérité; à la cour, hardi jusqu’à l’imprudence; dans la société, un peu trop occupé de son mérite. Il ne dédaigna aucun genre de gloire,

et se fit recevoir à l’Académie Française. Ce n’est

pas qu’il eût de grands titres à cette faveur littéraire ; cependant il a écrit quelque chose (1), et l’on ne peut pas en dire autant de tous les académiciens. Il

‘ (1) Nous avons des mémoires du maréchal de Villars* Voltaire dit que le premier tome de ses mémoires est de lui , et que les deux autres sont d’une main étrangère et un peu différente.

était d’ailleurs tout couvert des lauriers de ses victoires, et, lorsque Lachapelle répondit à son discours de réception en 1714,1! s’écria : « La fortune » devait mettre Cicéron à ma place pour répondre » à César. » « Il n’y a guère d’hommes, dit Voltaire, » dont la fortune ait fait plus de jaloux, et qui ait » dû moins en faire. Il a été maréchal de France, » duc et pair, gouverneur de province; mais aussi » il a sauvé l’État, et d’autres, qui l’ont perdu , ou » qui n’ont été que courtisans, ont eu à peu près » les mêmes récompenses. Il n’a guère commencé » à jouir de sa gloire que vers l’âge de quatre-vingts •> ans. »

La France verra toujours avec reconnaissance,

« Dans les champs de Denain , l’audacieux Villars » Disputant le tonnerre à l’aigle des Césars. *

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