FRÉDÉRIC-AUGUSTE U
ROI DE POLOGNE
(Peint d’après un portrait qui est dans la galerie du palais de Versailles.)
Auguste III, ou Frédéric-Auguste II, roi de Pologne, grand-duc de Lithuanie, électeur de Saxe, naquit le 17 octobre 1696. Il était fils de Frédéric-Auguste I, roi de Pologne, électeur de Saxe, et de Christine-Eberhardine, fille de Christian-Ernest, margrave de Brandebourg-Bareuth. Son père l’admit à son conseil privé le 1 er mai 1 7 1 1 .
Il voyagea en Pologne, en Allemagne, en Italie, puis en France; il resta à Paris près d’une année. En 1715, il retourna en Italie, où la petite-vérole le retint à Venise. Il se déclara bientôt publiquement à Vienne pour la religion catholique-romaine,
qu’il avait déjà secrètement embrassée. Il reçut dans cette capitale, le 1 3 janvier 1719, le sacrement de confirmation; l’empereur Charles IV fut son parrain.
Après la mort de son père, qui eut lieu à Varsovie, le r r février 1733, il lui succéda dans l’électorat de Saxe. Le 5 octobre suivant, il fut élu roi de Pologne par ceux des nobles de ce pays qui protestaient contre l’élection de Stanislas Leczinski. Reçu avec pompe, sur les limites du royaume, le 6 janvier 1 734, il fut couronné le 1 7 du meme mois à Cracovie. Ses troupes, soutenues par une armée russe, forcèrent bientôt son rival à sortir de la Pologne, malgré les secours que lui fournissait la cour de France. Mais ce ne fut qu’en 1736 que toute la Pologne lui fut soumise, et qu’il fut reconnu définitivement roi par la renonciation de son compétiteur et par la diète de pacification ouverte à Varsovie au mois de juin.
L’amour du luxe et la passion de la chasse lui firent négliger ses intérêts et céder les soins du gouvernement à son favori , le comte de Brulh. il était bon et généreux, mais d’une intelligence peu développée et d’un esprit sans élévation. Par ignorance de sa position et par indifférence des grandes
affaires, il ne songea pas à se mettre en garde contre Ja puissance de ses voisins. Les forêts giboyeuses de la Saxe, la vie sans étiquette de Dresde, étaient le but de tous ses désirs; aussi ne séjournait-il que fort peu à Varsovie, et laissait-il le gouvernement de Pologne aller au hasard, sous l’ombre d’une administration secondaire.
Lorsque l’empereur Charles VI mourut, Frédéric-Auguste prit les fonctions de vicaire de l’empire dans les pays où l’on suit le droit saxon, et il les exerça jusqu’à l’élection du nouvel empereur. Il déploya les forces militaires de la Saxe pour soutenir ses droits à la succession de Charles VI; ses troupes s’avancèrent en Bohème, prirent Prague, puis entrèrent en Moravie, d’où elles se retirèrent après avoir été battues par l’armée hongroise. En 1744? il conclut un traité avec la reine de Hongrie , et lui fournit vingt -deux mille hommes de troupes auxiliaires t ces troupes, jointes aux forces autrichiennes, éprouvèrent un échec complet en Silésie. Le roi de Prusse attaqua la Saxe et défit une seconde fois l’armée d’Auguste 111 sous les murs de sa capitale. L’électeur quitta Dresde, et s’enfuit dans son royaume de Pologne. Là, au lieu d’en appeler à la bravoure de ses su-
jets, il aima mieux recourir à la puissance russe, dans la dépendance de laquelle il avait toujours été. La Saxe lui fut rendue l’année suivante, mais par un traité avilissant, et au prix d’un million d’écus.
En 1756, le roi de Prusse, l’ayant soupçonné de former contre lui quelques projets avec la reine de Hongrie , s’avança en Saxe et marcha vers Dresde. Auguste délaissa de nouveau cette ville, et se renferma au camp de Pyrna avec dix-sep t mille hommes, qui, bientôt investis, capitulèrent, et furent incorporés dans l’armée prussienne : il avait fait vainement des propositions de paix à Frédéric, en lui offrant de régler lui-même les conditions; le vainqueur ne lui avait répondu que par des mépris. Auguste se réfugia encore en Pologne. La paix , conclue à Hubersbourg le 1 5 février 1 763 , remit entre ses mains l’électorat de Saxe, qui, depuis six ans , était à la discrétion de la Prusse. Les chagrins que lui avaient causés le pouvoir hostile de Catherine II depuis son avènement au trône, et l'enlèvement de la Courlande à son fils le duc Charles, avaient beaucoup augmenté l’activité d’une maladie grave dont il était atteint. Dresde sourit à son caractère inactif et à ses souffrances, comme un séjour de repos, et il s’y rendit, fuyant devant
les armées russes, et abandonnant pour jamais la Pologne : s’il n’eut pas le courage de la lutte, il n’eut pas du moins la faiblesse de se prêter au démembrement qu’on lui avait proposé.
Auguste mourut à Dresde , le 5 octobre 1 763 , emporté par un accès de goutte.
Il avait épousé, à Vienne, le 20 août 1719, Marie-Josèphe , fille aînée de Joseph I, empereur d’Allemagne, et de Wilhelmine- Amélie, fille de Jean-Frédéric, duc de Hanovre.
Marie- Josèphe montra le plus beau caractère dans tous les malheurs qui l’accablèrent. Elle opposa aux coups du sort une courageuse fermeté. Elle ne voulut jamais quitter Dresde, et elle mourut, sans se plaindre, sous le poids des douleurs qu’elle supportait avec noblesse.
Il eut d’elle quatorze enfans, parmi lesquels on remarque Frédéric-Christian, son successeur à l’électorat de Saxe ; Marie- Amélie, mariée à don Carlos , roi des Deux-Siciles, et ensuite roi d’Espagne; Marie- Josèphe, mariée à Louis, dauphin de France, et mère de Louis XVI.
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