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ET DUC DE LORRAINE ET DE BAR

Stanislas Leczinski, fils de Raphaël Leczinski, comté deLesno, et d’Anne Jablonowska, né à Léopold, le 20 octobre 1677; marié, en 1698, à Catherine Opalin ska ; élu roi de Pologne le 12 juillet 1704; due de Lorraine et de Bar en 17 36 ; mort à Lunéville, le 23 février 1766.

Stanislas, palatin de Posnanie, doué d’aine belle âme, d’une figure noble, d’un esprit éclairé, avait vingt-sept ans lorsqu en 1704 il fut député par l’assemblée de Varsovie auprès de Charles Xll, roi de Suède , qui venait de conquérir la Pologne et de détrôner Frédéric-Auguste. La grâce de ses manières, le charme de sa conversation, la franchise de son caractère , séduisirent Charles XII , qui dit : « Je n’ai jamais vu d’homme si propre à concilier

» tous les partis; il sera toujours mon ami. » Le premier gage qu’il donna de son amitié au jeune palatin fut la couronne de Pologne (i).

Mais à peine ce royaume commençait-il à jouir des vertus de Stanislas, que la défaite du roi de Suède, à Pultava, mit en péril et son trône et ses jours. Auguste, son rival, soutenu par la Russie, reparut à la tête d’une nombreuse armée. Hors

d’état de lutter contre cette ligue, Stanislas abandonne sa capitale. Informé que son malheureux ami, Charles XII, s’était retiré chez les Turcs, il vole auprès de lui. Reconnu, malgré son déguisement , il est arrêté , et partage la captivité du roi de Suède, fait prisonnier après avoir soutenu un siège dans sa maison de Bender. Rendus à la liberté, les deux rois amis furent obligés de se séparer. Stanislas, dont tous les biens avaient été confisqués, était malheureux : Charles vint à son secours; mais la balle de Frédérickshall, en tuant ce conquérant, priva l’ex-roi de Pologne du seul appui

(1) Le primat de Pologne était accouru pour faire tomber le choix du conquérant sur Lubomirski. Il représentait que Stanislas était trop jeune. « Mais , répliqua vivement Charles XII , il est à peu près de mon âge. » Et aussitôt il envoya le comte de Horn signifier à L’assemblée de Varsovie qu’il fallait élire un roi dans cinq jours , et qu’il fallait élire Stanislas Lecz inski. Cet ordre fut exécuté.

qui lui restât. 11 demanda alors au duc d’Orléans, régent de France, la permission de se retirer dans l’Alsace. Ce prince y consentit avec un noble empressement. Le roi Auguste fit porter à la cour de France des plaintes de l’asile accordé à son ancien compétiteur. Le duc d’Orléans répondit à l’ambassadeur de Pologne : « La France a toujours été ta - » sile des princes malheureux . » Depuis ce temps, Stanislas vivait tranquille à Weissembourg , uniquement occupé du soin de veiller à l’éducation de sa Fille Marie Leczinska, qui fut depuis reine de France. Cette fortune inattendue le remit sur les rangs pour la couronne de Pologne après la mort du roi Auguste, en 1733. Il se rendit lui-même en Pologne ; mais, attaqué par cinquante mille Russes, obligé de fuir de Varsovie , soutenu d’une manière dérisoire par le cardinal de Fleury, qui ne lui envoyait qu’un secours de quinze cents hommes; trop ami de l’humanité pour vouloir acheter une couronne au prix du sang de l’élite des Polonais et d’une foule de braves qui demandaient à mourir sous ses yeux, Stanislas, de concert avec l’ambassadeur de Fiance, Monli , résolut de quitter une ville qu’il ne pouvait plus défendre. Il s’évada déguisé en paysan, s’embarqua dans une nacelle avec

trois guides et le général Steinflicht, déguisé comme lui; vogua à travers la campagne inondée, cherchant la Vistule, et toujours repoussé de ce fleuve par la présence des troupes ennemies. Poursuivi , forcé de se cacher tantôt dans des marais , tantôt dans des greniers, où un souffle pouvait le trahir, ce ne fut qu’à travers mille périls qu’il put gagner la ville prussienne de Marienwerder, où il trouva un grand nombre de ses partisans qui venaient d’y chercher un refuge (i). La Pologne, pour mettre fin aux dissensions qui la déchiraient, reconnut Auguste 111 ; et, à la paix de 1736, Stanislas abdiqua solennellement et reçut en échange de la couronne de Pologne les duchés de Lorraine et de Bar, sous la condition qu’après sa mort ces duchés seraient réunis pour toujours à la France en pleine souveraineté.

(1) La relation de cette fuite, racontée par Stanislas lui-même, a été réimprimée à Paris il y a quelques années. On y remarque X anecdote du cordon beu. Le roi de Pologne avait déjà fait tous les préparatifs de son déguisement et pris congé du marquis de Monti, lorsqu’il revint frapper à la porte. L’ambassadeur était alors à genoux, demandant à Dieu qu’il voulût bien protéger la marche du monarque. Il se lève et va ouvrir la porte. « Qu’esl-ce donc, Sire? s’écria-t-il. Auriez-vous oublié quelque « chose? — Oui, Monsieur, répondit Stanislas, j’ai oublié une chose « très-importante pour mon déguisement ; c’est mon cordon bleu. » C’était un prétexte que le cœur du prince avait pris pour revoir l’ambassadeur, le rassurer, et l’embrasser encore une fois.

Ce prinee gouverna ses nouveaux sujets avec autant de justice que de bonté; les plus douces vertus étaient sur le trône, de nombreux bienfaits en émanaient (i); et, pendant trente ans, il s’écoula peu de jours où Stanislas n’accomplît le noble vœu de Titus. Le trône de Pologne étant redevenu vacant pendant cet intervalle, les Lorrains lui adressèrent ces vers, moins pour détourner un projet auquel on ne songeait plus que pour exprimer le plaisir qu’ils avaient à conserver le prince qui les rendait heureux :

« Peuple ami de la liberté,

« Qui dans un roi ne chérissez qu’un sage,

» Venez à Stanislas rendre un troisième hommage ,

» C’est le rendre à l’humanité.

» Mais, ô vous, Stanislas , vous des rois le modèle,

, A votre propre loi seriez-vous infidèle?

» Vous régnez sur nos cœurs, que voulez-vous de plus ?

» La monarchie universelle

» N’est que l’empire des vertus. »

A ce titre, personne n’était plus que Stanislas digne de l’exercer. Son courage, sa bienfaisance, ses lumières et sa philosophie auraient encore fait pendant quelques années le bonheur de la Lor-

(1) Un jour qu’il réglait l’état de sa maison, il mit sur la liste un officier qui lui était fort attaché. « En quelle qualité Votre Majesté veut-elle qa’il « soit sur la liste ? lui dit le trésorier. — En qualité de mon ami , » répondit Stanislas.

fl fonda tant à Nancy qu’à Lunéville plusieurs établissemens d’utilité publique et de bienfaisance.

raine, lorsqu’un accident vint ravir ce prince à l’amour de ses sujets. Le 4 février 1766, se trouvant seul dans sa chambre, il voulut voir quelle heure il était à sa montre suspendue à la corniche de sa cheminée. Le feu prit à sa robe de chambre; pressé de l’éteindre, il perdit l’équilibre et tomba dans le feu. Il allait expirer lorsque Syster , son premier valet de chambre, averti par un garde du corps qui était en faction dans une pièce voisine, vint arracher des flammes son auguste maître. Les médecins donnèrent d’abord quelque espoir; il se flattait lui-même de sortir de l’état affreux où l’avait mis ce terrible accident. Il voulut en faire part à la reine Marie Leczinska , et, mêlant la gaîté douce de son caractère au courage de son âme, il lui manda : «Ce qui me console, ma fille, c’est que je » brûle pour vous (1). » — «Cette lettre, dit madame » Campan, ne quitta pas Marie Leczinska jusqu’à » sa dernière heure, et ses femmes la surprirent » souvent baisant un papier qu’elles ont jugé être » le dernier adieu de Stanislas. » En effet, ce prince, après de cruelles souffrances, qu’il supporta avec une héroïque fermeté, mourut le s 3 février 1766.

(1) La robe de chambre en soie qu’il portait au moment de son accident lui avait été donnée par la reine sa fille.

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CATHERINE OPALINSKA,

REINE DE POLOGNE

Catherine, comtesse de Bnin Opalinska, reine de Pologne , fille de Henri Opalinski , castellan de Posnanie; née le 5 novembre 1680; mariée, en 1698, à Stanislas Leczinski, roi de Pologne, puis duc de Lorraine et de Bar; morte à Lunéville, le 19 mars 1747.

Catherine Opalinska était une des plus riches héritières de la Pologne. Son mariage avec Stanislas Leczinski fut très-heureux, jusqu’au moment où Charles XII conçut pour le jeune palatin une estime tellement vive qu’il le fit roi de Pologne. Elle fut couronnée avec Stanislas à Varsovie, le 4 octobre 1 705 , par l’archevêque de Léopold , en présence de Charles XII, qui assista incognito à cette cérémonie. Le nouveau roi était à peine sur le trône qu’il fut investi dans sa capitale par son

compétiteur, Frédéric-Auguste, à la tète de vingt mille Saxons. Catherine Opalinska était alors à Varsovie. Avant de défendre une couronne que le sort des armes devait affermir ou renverser, Stanislas fit conduire en Posnanie sa femme , ses filles et sa mère, sous une escorte brave et fidèle. Au moment du départ, la plus jeune des filles du roi fut égarée par sa nourrice; cette femme abandonna la princesse dans un coin du palais, pour rassembler ses effets précieux. Ce ne fut qu’après bien des recherches que Catherine Opalinska retrouva sa fille dans l’auge d’une écurie. C’était Marie Leczinska, qui depuis fut reine de France.

De 1705 à 17^5, la vertu de Catherine Opalinska fut éprouvée par une longue suite de malheurs : associée à l'existence aventureuse de Stanislas, tantôt reine, tantôt fugitive, elle partagea souvent ses dangers, égala son courage, et ne trembla jamais que pour le roi, dont la tète avait été mise à prix par un décret de la diète de Pologne. Pleine de piété, de résignation et de force, à l’exemple de Stanislas, elle se montra toujours supérieure aux vicissitudes de la fortune. Le sort devait enfin se lasser de poursuivre cette noble famille. Partout

l’hospitalité lui était refusée, elle 11e savait où ca-

cher ses malheurs, lorsqu’elle trouva un asile en France, grâce à la protection du régent, dont l’âme généreuse fut touchée d’une aussi grande infortune.

Ce fut à Weissembourg que Catherine Opalinska reçut la nouvelle la plus inespérée : elle apprit que, par un de ces coups inattendus du sort, sa fille allait passer de la position la plus malheureuse sur le premier trône de l’Europe (i).

Par le traité de Vienne, du 8 novembre 1738, Catherine Opalinska rentra dans tous ses biens ; et le duché de Lorraine et de Bar fut assuré au roi Stanislas, qui conserva les titres et honneurs de la royauté.

Catherine Opalinska mourut à soixante-six ans, et fut inhumée dans l’église de Bon-Secours, près de Nancy, au milieu des larmes de sa famille et des

(1) Stanislas se rendit dans la chambre où étaient sa femme et sa fille . et dit en entrant : « Mettons-nous à genoux et remercions Dieu. — Ah T » mon père, s’écria Marie Leczinska , vous ôtes rappelé au trône de Po- • logne? — Ma fille, répond Stanislas, le ciel nous est bien plus favora- » ble : vous ôtes reine de France! »

Lorsque la demande en forme fut faite , le duc d’Antin , un des envoyés de Louis XV , dit assez maladroitement dans sa harangue à Marie Leczinska que M. le duc , ayant pu préférer une de ses soeurs , n’avait cherché que la vertu. Sur quoi , mademoiselle de Clermont , l’une des soeurs du duc de Bourbon, présente à ce compliment , dit : « d’Antin nous prend » apparemment, mes sœurs et moi, pour des coquines. • (Duclos.)

regrets de la Lorraine entière. Elle avait seconde les vues bienfaisantes du roi; elle partageait l’amour de ses nouveaux sujets. Sa mort causa un deuil général. Dans cette même église de Bon-Secours, dont il était le fondateur, Stanislas éleva un monument pour perpétuer le souvenir des vertus de la reine. Sur le mausolée, qui est en marbre, Catherine Opalinska est représentée à genoux. Un ange vient lui annoncer que le temps des épreuves est fini. L’aigle de la Pologne, sortant de sous le tombeau, paraît vouloir s’enlever avec la reine. C’est un des plus beaux ouvrages sortis du ciseau de Nicolas-Sébastien Adam, sculpteur célèbre. A droite, dans le chœur, et en face du mausolée de la reine, est le tombeau de Stanislas. La statue du roi, vêtu en Polonais, est placée sur le devant. Plus bas, et à sa droite, la Lorraine, à genoux et en pleurs, montre la table où sont inscrits les nombreux bienfaits du duc. A sa gauche, la Charité, étendue sans force, paraît désespérée de la mort d’un si bon prince.

Le 22 septembre 1768, le cœur de la reine de France, Marie Leczinska, fut déposé dans le tombeau de son père.

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