‹ Le chateau d'eu notices historiquesChapitre 2 sur 76 · DUCHESSE DE MONTPENSIER ET D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

DUCHESSE DE MONTPENSIER ET D'ORLÉANS

Marie de Bourbon, duchesse de.Montpensier, de Chatellerault, de Saint-Fargeau, souveraine de Dombes, princesse d$ la Roche- sur-Yon , dauphinc d'Auvergne, fille unique et héritière de Henri de Bourbon, duc de Morîtpensier, et de Henriette Catherine de Joyeuse, naquît à Gaillon (Normandie), le i5 octobre i6o5.

Sa beauté, les grâces de son esprk, son immense fortune, attirèrent bientôt Jes regards de toute la côur : Marie de Médicis déârait vivement que Gaston Tépousât; mais plusieurs des personnes qui entouraient le duc d'Orléans s'opposaient à ce mariage. Cependant il fut célébré à Nantes, le 6 août 1626, par le cardinal de Richelieu. Le roi avait donné en apanage à Monsieur (Gaston) les

duchés d'Orléans et de Chartres, Je comté de Blois la seigneurie de Montargis, d'autres biens évalués 200,000 lîVres de rente, et une pension de 600 000 livres. Mademoiselle de Montpensier lui porta de son chef la souveraineté dé Dombes, Je duché de Montpensier, la principauté de la Roche-sur-Yon d autres comtés, vicomtés et baronnies etde grosses sommes portant rentes dans les monts de piété (1). Madame de Guise sa mère lui fit prc . sent' de son heau diamant estimé 80,000 écus. Malgré l'éclat de cette grande fortune, « U ne fut jamais vu de mariage si triste : on n'entendit ni » violons ni musique de tout ce jour-là. Monsieur ». n'avait pas un habit neuf; on emprunta de tous » côtés l'ameublement que l'on tendit dans leur » chambre... Il arriva le soir un plaisant accident • » on avait enfermé un chien dans la chambre, Je- » quel obligea madame de Guise, qui couchait d'ans » la chambre d'auprès, à se rélever, pour faire la » chasse à ce malheureux animal, qui troublait un » si beau mariage (2). »

Gaston, quoique d'un caractère inconstant et léger, cherchait à faire naître les plaisirs sur Jes

(1) Mercure de France, année 1626.

(2) Mémoires d'un Favori du duc d'Orléans , page 107.

pas de la jeune et belle épouse dont il espérait un héritier. Ce fut au retour d'un voyage d'agrément à Chantilly qu'elle déclara sa grossesse; « Elle en » faisait parade dans le Louvre, croyant déjà ayoir » un fils, lequel dût terîir la place du dauphin : cha- » cun lui portait ses vœux; tout le monde allait à » Monsieur comme au soleil levant (i). » MaisceJte princesse accoucha d'une fille, la célèbre mademoiselle de Montpensier , et le ciel la retira ellemême de ce monde trois jours après se£ couches, en 1627. « Sa mort fut déplorée de tous les gens de » bien > dit le cardinal de Richelieu. Cette princesse » avait sucé, dès son enfance, la vertu avec le lait. » La piété de sa mère, connue à tout le monde,

» avait toujours été un bon augure de la sienne, » qui a depuis paru en toute occasion, n'y ayant » personne qui ne soit contraint d'avouer que, » comme la pureté de sa vie est un vrai exemple de » celle qu'on doit mener dans les grandeurs de ce » monde, la brièveté d'fcelle est une bonne in- » struction du peu d'état qu'on doit faire des vani- » tés de la terre (2). » Gaston parut très-afïïigé; madame de Guise fut inconsolable. Le roi « ne fut pas

(1) Mémoires de Gaston , page 57 , collection Pelitot.

(2) Mémoires du cardinal de Richelieu , tome m, page 306.

» marri quelle n'eût laissé qu'une filje; » mais, comme il avait toujours témoigné une grande estime pour les vertus de cette princesse, il la regretta sincèrement. On sait qu'il disait souvent à son frère : « Je voudrais bien changer de femme avec » vous; mais vous ne le voudriez pas, parce que » vous y perdriez. » Ce qui n'était rien moins que galant pCjur Anne d'Autriche (i). Il est vrai que Marie de Bourbon était douée de toutes les vertus qui peuvent honorer la vie et assurer le bonheur domestique. Elle avait une douceur extrême et une tendresse ingénieuse à éloigner tous les nuages qui pouvaient troubler la tranquillité de son mari. Gaston avait la passion du jeu ; il perdait souvent et revenait île mauvaise humeur : elle songea à se ménager sur ses épargnes un fonds de dépenses imprévues, et Monsieur retrouvait il son lever les sommes qu'il regrettait d'avoir perdues la nuit.

Cette princesse fut enterrée à Saint-Denis avec une pompe toute royale.

(1) La reine la fut voir inhumer à Saint-Denis incognito , et il y a des gens assez méchans pour dire que celte démarche était un effet de la joie qu'elle avait de cette mort ; mais cela est sans apparence.

(Mémoires de De la Porte , valet de chambre de Louis XIV.)

*66 bis . •

LA MEME

(Peint par Mignard.)

Page 1