‹ Le chateau d'eu notices historiquesChapitre 3 sur 76 · MARGUERITE DB LORRAINE · texte numérisé non relu

MARGUERITE DB LORRAINE

(Peint d 'après le portrait qui est au Musée Royal.f

Marguerite de Lorraine, fille de Frdnçois II , duc de Lorraine et dè Bar, comte Ûe Vaudémont, naquit e$ i6i3. Cette princesse faisait, avec sa sœur là princesse de Phalshourg, l'ornement de la cour de Lorraine, lorsque Gaston, fuyant la France et Richelieu^ vint y chercher un asile. Les jeunes seigneurs français qui avaient suivi le duc d'Orléans, charmés de la galanterie qui régnait dans cette cour, saconsolèrerfi , dans les plaisirs, de l'édit du roi<qui les avait déclarés criminels de^èse-majesté. De ce nombre était Puylaurens? favori de Monsieur. Il eut fart de se faire aimerâde la princesse de Pliai sbourg , et employa tous ses soins auprès de son maître polir lai persuader d'époaser la princesse Marguérite. Elle était jeune et belle; Gaston l'épousa à rinsu°du roi son frère. Le ma-

riage fut célébré Je 3i janvier i63;a, dans un couvent de Nancy, et n'eut pour témoins que son père, fabhesse de Remçemont, le comte Moret et madame de Neufvillette , gouvernante de la jeune princesse. Mais cette ûnion ne fut pas tellement secrète que Louis XHÏ n'en fût bientôt informé. Ce monarque marcha sur-le-champ, à la tête d'une armée, contre la Lorraine, afin d'obliger le duc Charîes IV à ne plus souffrir la présence de Monsieur dans ses États. Gaston se rendit à Bruxelles, où Marguerite ne tarida pas à le rejoindre. • • . L'armée française étant venue mettre le siège devant Nancy, cette princesse, qui craignait de tomber en* son pouvoir , prit la résolution de pas-

ser pour l'un des gentilshommes qui devaient accompagner les équipages du cardinal ^Nicolas- François de Lorraine, son frère. Elfe s'habilladonc en homme , prit une perruque noire , et se barbouilla le visage avec de 4a stfie. A cinq heures du matin, elle alla,' dans le couvent où elle «avait été mariée, dire adieu à madame de Rèmiremont; et, Ton peut se figurer la terreur des religieuses qui chantaient l'office, lorsqu'elles virent au milieu d'elles un homme armé. Ayant bientôt reconnu la princesse, elles firent de* vœux pour le succès de

son voyage, et elle partit en se recommandant à leurs prières. Le carrosse où elle était fut visité dans le quartier du maréchal de camp Duchatelier. Il la connaissait , et elle eût été infailliblement arrêtée s'il fût venu lui-même vérifier son passeport. Mais Duchatelier était encore au lit, et l'officier qui le remplaçait laissa passer la princesse. Après avoir, traversé l'armée royale, elle

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qui appartenait aux Espagnols. Elle n'osa y entrer avant d'avouUait avertir le comte de Wilthz, gouverneur , a qui elle envoya un de ses domestiques. Accablée de lassitude, elle 0 se coucha sur l'herbe a la porte de la ville, a Voilà, dit la sentinelle, un «jeune cadet qui n'est guère accoutumé à la fa- » tigue., » Le gouverneur s'empressa de l'envoyer chercher. Madame de Wilthz lui donna des habits de femme, et elle partit quelques jours après pour Bruxelles,. où elle F arriva heureusement auprès de Gaston , son époux , qui la reçut avec des transports de joie.

Ce ne fut qu'en i643 que le roi consentit à reconnaître le mariage de son frère : il y mit pour condition qu'il serait célébré de nouveau en France.

Madame était encore à Cambrai lorsque cette proposition fut faite. Sa première réponse fut que,« lors- » qu'il y va de l'honneur, on ne doit avoir de coin- » plaisance pour qui que ce soit. » Mais enfin on triompha de sa résistance. Elle arriva à Paris quelques heures avant la mort du roi, et douze jours après , le 26 mai 1 643 , la cérémonie se fit à Meudon , où Gaston déclara « qu'il nétait point nécessaire » de renouveler son mariage, puisqu'il avait été fait » en face de l'Église; mais que ce qu'il en faisait était » pour obéir aux volontés du roi. » En conséquence , l'archevêque, J.-F. de Gondy, prononça : « Ego vos » conjungo in matrimonium, in quantum opus est. » Madame avait les larmes aux yeux; et l'on remarqua que ses chagrins avaient altéré les charmes dont ' Gaston avait été si épris à la cour de Lorraine. On lui demanda si elle n'avait pas beaucoup de joie de

se voir dans le superbe palais du Luxembourg : elle répondit froidement « qu'après la joie de revoir » Monsieur, tout le reste lui paraissait peu de chose.» Madame de Motteville prétend qu'en effet elle aimait ardemment son mari; cependant, s'il faut en croire mademoiselle de Montpensier, elle témoigna peu de regrets de sa mort. « Madame, difcette princesse » dans ses Mémoires, au lieu de demeurer quarante

» jours dans une chambre tendue de noir, comme » c'était la coutume, était sortie dix à douze jours » après l'événement, pour s'en aller àl^aris, et cela » avec un équipage qui devait la faire reconnaître, » ainsi quelle en avait le dessein : elle s'était mise » à une portière^ masquée d'une manière extraor- » dinaii c.«. . Sa vue t a usa autant de douleup à Or- » léans que la précipitation de son vpyage donna » d'étonnement à la cour. »

Son caractère comme sa personne offrait des contrastes remarquables. Les traits de son visage, étaient beaux et réguliers; mais elle manquait de ce je ne sais quoi qui plaît. On disait qu'elle était belle sans J'être ; qu'elle avait de l'esprit et n'en paraissait point avoir. Soit par fantaisie, soit véritable maladie, elle ne sortait presque jamais. Elle disait que la moindre agitation la faisait évanouir;

elle communiait dans son lit |>h$tot que d'aller dan sa cbapelle. Quand elle venait chez lu reine , en deux^ ans une fois , elle se faisait apporter une Gjhaise avec tant de façons, que sbn arrivée au^Palais-Royal était toujours célébrée à l'égal d'un. petit miracle (i). Ce penchant a la paresse n excluait point on elle la

fermeté ni la résolution.

(1) Mémoires de madame dcjMotleviile, lome m, page 7.

Dans Ja nuit où mademoiselle de Chevreuse vint, avec le coadjuteur, avertir Monsieur que la régente , Anne d'Autriche, voulait enlever le roi de Paris, Monsieur ne pouvait se résoudre à donner aucun ordre pour s'y opposer. Alors Madame; qui était couchée, commanda au coadjuteujr de lui apporter une écritoire qui était sur Ja table démoli cabinet, et elle traça ces lignes :

« Il est ordonné à monsieur le coadjuteur de » prendre les armes, et d'empêcher quêtes créa- » tures du cardinal Mazarin, condamné pat le Par- » lement, ne fassent sortir le roi de Paris.

4 * • • * J> M. de Lorraine. »

Monsieur, ayant voulu voir cetjte dépêche, l'arracha des mains de Madame; mais il ne put l'empêcher de dire à mademoiselle de Chevreuse : « Je » te prie, ma chèrç nièce, dç dire au coadjuteur » qu'il fasse ce qu'il faut, et je luûréponds demain » de Monsieur, quoi qu'il dise aujourd'hui (i).»

Elle -raillait quelquefois de, l'hésitation de son mari. « Vous voulez, lui dïsait-elle un jour, là paix, » quand il ne tenait qu'à vous de, faire la guerre. » Vous voulez la guerre, quan<| vous ne pouvez

(!) Retz , tome n, page 275.

» plus faire ni la guerre ni la paix. — Je ferai de- » main la guerre, reprit Monsieur; demandez au » cardinal de Retz. — Il croyait, dit le cardinal, » que j'allais lui discuter cette thèse : je ne lui fé- » pondis que par monosyllabes ; il ne se décida à » rien. Aussitôt que Monsieur fut sorti du cabinet: » lime semble,, dit-eJJe moitié en riant, moitié en «pleurant, que je vois Trivelin qui dit .à Scara- » mouche : Que je t'aurais dit de belles choses si » tu avais eu assez d'esprit pour me contredire (i)! »

Cette princesse ne laissa que trois filles; elle avait vivement désiré donner un héritier au nom d'Orléarfs : elle accoucha d'un fils en 1649; ma ^ s sa naissance, qui avait fait éclater l'allégresse autant parmi le peuple que dans le cœur de Gaston, fut suivie d'une prompte mort.

Marguerite mourut le 3 avril 167a, et fut enterrée à Saint-Denis auprès du duc son époux.

(l)Rett, tome m, page 330.

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