ELISABETH DE FRANCE
REISE D^ESPAGNB.
Cette princesse, fille de Henri IV et de Marie de Médicis, naquit en 160a. Son mariage avec l'infant d'Espagne, fds de Philippe III, fut décidé ep même temps que celui de la princesse Anne d'Autriche , fille de ce monarque, avec Louis XIII. Dès que la cour de Madrid eut accepté ce royal échange, on donna au Louvre une fête magnifique, dont la princesse Elisabeth était l'héroïne. Elle parut dans fintermède sous les traits de Minerve." Un berger y chantait ces vers composés par Malherbe :
« Dans nos champs, nos maisons, en nos places publiques, • Ce ne sont que festins, ce ne sont que musiques
• De peuples réjouis ;
» Et que l'astre du jour ou se lève ou se couche ,
* Mous n'avons en la bouche
» Que le nom de Marie et le nom de Louis.
» Certes une douleur quelques âmes afflige , » Qu'un fleuron de nos lis séparé de sa tige
» S'apprête à nous quitter; » Mais , quoi qu'on nous figure et qu'on uous fasse eraindre ,
• Élize est-elle à plaindre, .
D'un bien que tous nos vœux lui doivent souhaiter?
» Le jeune demi-dieu qui pour elle soupire » De la fin du couchant termine son empire
* » A la source du jour : ^ ■ » Elle va dans ses bras prendre part à sa gloire :
» Quelle malice noire » Peut, sans aveuglement , condamner leur amour ?
» Il est vrai qu'elle est sage , il est vrai qu'elle est belle , » Et notre affection pour autre que pour elle » Ne peut mieux s«employer : • » Aussi la nommons-nous la Pallas <ie cet âge ; - • Mais que ne dit le Tage » De celle qu'en sa place il nous doit envoyer?
» Dieux , qui de vos arrêts formez nos destinées , » Donnez un dernier terme à ces grands hy menées ; » C'est trop les différer.
• L'Europe les demande ; accordez sa requête î
» Qui verra celte fête, ■ Pour mourir satisfait n'aura que désirer. »
C'était le duc de # Guise qui devait épouser la princesse Élisabeth au nom de l'infant d'Espagne? (depuis Philippe IV ). Cette cérémonie se fit à Bordeaux. Elisabeth , 'conduite paf Marie de Médicis et par le roi , arriva dans cette ville au mois de septembre i6i5,avecun train vraiment royal. Le roi ayant demandé au pèreCotton « si l'Espagne appor- » terait autant, le père Cotton répondit qu'il était » probable, mais en tout cas qu'il valait mieux que
» la France surpassât aussi bien en cela l'Espagne. » Le mariage fut célébré, le 18 octobre, dans l'église de Saint-André, par le cardinal de Sourdis, avec la plus grande pompe (i). Le 2 1 , la princesse , accompagnée du duc de Guise, se mit en riteirche pour l'Espagne. Lorsque le chancelier vint la saluer à son départ, « elle la remercia en fort bons termes, lui » disant qu'elle n'emportait de France que le corps , » et y laissait encore son esprit pour les grandes » obligations qu'elle y avait, et qu'elle ne les ou- » blierait jamais. » '
Les adieux du roi à sa sœur furent si tendres, que ce prince ne pouvait se décider à se séparer d'elle. L'ambassadeur d'Espagne dit alors à Louis XIII : « Sire, on attend ma maîtresse; donnez-nous congé : » vous devez désirer notre départ, afin que nous » vous amenions la plus belle princesse du monde. »
Elisabeth ne fut pas heureuse en Espagne; le
règne de Philippe IV, son époux, fut sans cesse
agité par des dissensions intestines : la fille de Henri IV montra, dans ces circonstances orageu- . ses, de la constance et de la fermeté.
Elle mourut le 6 octobre i644-
(1) Voir, pour la description de celle cérémonie dans lous ses détails , le lome iv du Mercure français , année 1615.
I68 bi8 .
LA MÊME
(D'après Rubens.)
LA MÊME
( Peint d'après le portrait qui est au Musée Royal. )