CHARLOTTE-MARIE DE LORRAINE
DEMOISELLE DE CHEVBEUSE.
Cm M.
Charlotte-Marie de Lorraine , fille de Claude de Chevreuse et de Marie de Rohan, naquit en 1627. Élevée à l'école de sa mère, elle ne pouvait pas rester étrangère aux intrigues dont l'hôtel de Chevreuse était le foyer, et sa vie, comme celle de toutes les héroïnes de la Fronde , offre un mélange de galanterie et de politique. Sa liaison avec le cardinal de Retz, qui en parle lui-même avec assez de fatuité (1), a, dans l'histoire de ces temps de troubles,
(1) « Mazariu, voulant me brouiller avec mademoiselle de Chevreuse, » pensa qu'il y réussirait par M. d Au maie, qui était beau comme un ange, » cl qui pouvait aisément convenir à la demoiselle par la sympathie.... Je » me fâchai, on m'apaisa, je me remis en colère , et mademoiselle de Cbe-
• vreuse me disant devant lui pour me plaire et pour le picoter qu'elle ne
• concevait pas comment on pouvait souffrir une impertinence : « Pardon- » nez-moi, mademoiselle, repris-je , ou fait quelquefois grâce à l'imperti- » ueuce eu faveur de l'extravagance. «Le seigneur était de notoriété publique
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une couleur plus vive que celle de l'amitié;et, si elle ne contracta point d'alliance , c'est là peut-être qu'il faut en rechercher la cause. Cependant elle fut sur le point d'épouser le prince de Conti. Ce prince, qui était alors prisonnier, voyait dans cette union le gage de sa liberté; il n'était pas non plus insensible aux charmes de mademoiselle de Chevreuse; mais la duchesse de Longueville « ne jugea pas à « propos de mettre une personne dans sa famille » qui, étant femme de son frère, l'aurait précédée » partout, et qui, plus jeune et aussi belle, l'aurait m pu effacer, ou du moins partager avec elle le plai- » sir de plaire et d'être louée. Elle ne voulut p^s » non plus qu'elle lui pût ôter le crédit qu'elle vou- » lait avoir sur l'esprit du prince de Conti, son jeune » frère, par où Jusqu'alors , elle s'était rendue con- » sidérable à sa famille (i). » La régente, le prince de Condé, le duc de La Rochefoucauld s'unirent
• l'un et l'autre..... Le mo|fut trouvé bon et bien appliqué; on se défit de » lui en peu de jours à l'hôtel de Chevreuse.
• Au retour du roi à Paris , mademoiselle de Chevreuse voulut se rac- » commoder avec moi. Elle avait les plus beaux yeux du monde et un art » à les tourner qui était admirable et qui lui était particulier. Je m'en » aperçus le soir qu'elle arriva à Paris ; mais je dis simplement que je m'en
» aperçus Elle ne me pardonna pas ma résistance à ses beaux yeux;
» elle en vint à me hatr autant qu'elle m'avait aimé. »
( Mémoires du cardinal db Retz.)
Cl) Mémoires de madame de Motteville.
dans cette occasion aux vœux de la duchesse de Longue ville; le projet de mariage fut rompu (i).
Lorsqu'en i65i la reine^ voulut emmener le roi de Paris, mademoiselle de Cbevreuse, instruite de ce dessein, envoya un page au cardinal de Retz, avec ces mots : « Venez en diligence au Luxem- » bourg, et prenez garde à vous par les chemins. » Il s'y rendit. On entra dans la chambre de la duchesse d'Orléans, où se trouvait Gaston , son époux. Ce prince dit d'abord à Retz : « Que ferons-nous ? » — Nous saisir des portes de Paris. » Monsieur hésitait. La duchesse d'Orléans traça de sa main l'ordre au coadjuteur de faire prendre les armes. « Au moins, dit Monsieur à Retz, vous connaissez » le Parlement: je ne veux point absolument me » brouiller avec lui. » Mademoiselle de Chevreuse tira la porte en disant : « Je vous défie de vous » brouiller autant avec lui que vous l'êtesavecmoi. » Cependant Anne d'Autriche, apprenant que son projet était éventé, fit recoucher le jeune roi, qui déjà était tout botté et prêt à partir.
Mademoiselle de Chevreuse ne montra pas moins
(1) Voir les Mémoires d'Anne de Gonzague, page {186. Elle dit, entre autres choses, « que le prince de Conli était un zéro auquel le parti de mat dame de Chevreuse aurait ajouté des chiffres qui lui auraient donné trop • de valeur. »