III
v venez de l'armée ? Non, Monsieur, dit le cap valier, je n'ai jamais été à la guerre. -~ Vous ve- » nez donc de votre maison de campagne ? — Non >» Monsieur, je n'en ai point, — Ah ! lui dit Mon- » «eur, vous demeurez avec votre famille à Paris, » avec votre femme, vos enfans?— Non, r< » le cavalier, je n'ai jamais été marié. »
» Tout le monde se mit à rire.
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» à cause de son affabilité; mais cette affabilité » était trop générale pour tout le monde ; ce n'é- » tait plus une distinction d'être accueilli par lui.
» L'attachement de Monsieur pour son frère était » une vraie adoration : il ne pouvait lui résister en » rien.
» Avant que Monsieur eût fyit réparer le Palais- » Royal, et y eût fait faire le grand appartement, » ce palais était abominable. 11 a pourtant été ad- » miré du temps de la reine.
» Monsieur était d'une humeur qui ne cornpor- » tait jamais une longue affliction. Ce qui l'attris- » tait devait cesser bien vite, il ne s'appesantissait » sur rien de susceptible de lui déplaire. 11 aimait » ses enfans, et ne pouvait les gronder. Il venait » toujours me porter ses plaintes contre eu*. «Mais,
» Monsieur, lui disais-je, ne sont-ils pas vos en- » fans comme les miens ? que ne les oorrigez- » vous ? — Je ne saurais gronder, me répondait- » il, et ils ne me craignent pas; Us ne craignent » que vous. »
» Il aimait Paris par-dessus tout; il y menait une » vie beaucoup plus libre et plus commode qu'à » Versailles.
» 11 avait la coutume de porter le soir dans son
» lit un chapelet garni de plusieurs médailles, qui
» lui servait pour faire ses prières avant de s'en-
» dormir. Une nuit, ses prières étant finies, je dor-
» mais déjà, et je fus réveillée par un cliquetis assez
» fort. Je me doutais que c'étaient les médailles.
» J'éveillai mon époux et je lui dis :« Monsieur, Dieu
» me pardonne, mais je crois que vous faites pro-
» mener vos médailles, images et reliques, dans un
» pays qui leur est inconnu. » Monsieur me répon-
» dit: * Dormez, dormez, vous ne savez pas ce que
» vous dites. » Je le laissai se rendormir. Le bruit
» ayant recommencé, je me levai tout doucement,
» pris y ne bougie, m'approchai de son lit, et, le
» saisissant par le bras, je lui dis : « Pour le coup,
» vous ne le nierez plus. — Vous avez été hugue-
» note, me répondit Monsieur; vous ne savez pas
» quelle efficacité ont les images et les reliques: » elles préservent le corps de tout maléfice et de » tout malheur (i). »
Lorsque Monsieur épousa Henriette d'Angleterre, Louis XIV rendit un édit portant : « Don par S. M. » à Monsieur, Philippe, fils de France, duc d'Or- » léans, son frère unique, et à ses enfans mâles, » des duchés d'Orléans, Valois et Chartres, et sei- » gneurie de Montargis; et ce à titre d'apanage (a);» et, le il\ avril 167a, le roi rendit une nouvelle déclaration portant : a Délaissement par S. M. à Mon- » sieur, son frère unique, et à ses enfans mâles, des
(1) Mélanges et Souvenirs de Charloltc de Bavière, duchesse d'Orléans.
(2) « L'apanage des enfans puînés de la maison de France, disent les » lettres-patentes du 7 décembre 1666, a toujours été considéré comme » représentant le partage de la monarchie qui a subsisté pendant les deux
■ premières races. Si les inconvéniens de ce partage destructif de la souve- » raineté par les jalousies et les rivalités des princes, par l'affaiblissement • des forces et de l'autorité, ont persuadé au commencement de la troi-
■ sièine race que la couronne, le plus émineut de tous les fiefs, devait être » indivisible, ainsi que les fiefs que les maximes du gouvernement féodal , - alors en vigueur, déféraient en entier à l'aine des mâles, la nature, qui » ne parle pas moins au cœur des rois qu'à leurs sujets , leur a inspiré de
doter leurs enfans puînés et de leur procurer une subsistance proportionnée à la splendeur de leur origine, et propre à les dédommager de la « perle de la souveraineté dont ils étaient privés. Enfans de L'Étal, ils ont » pris dans les fonds de l'État même, par les mains des rois nos prédéces- .» seurs , les parts et portions qui leur ont été assignées. Le vœu de la na- » ture a été rempli et le royaume a acquitté ses obligations. La loi de l'a - » pauage constitue le prince qui le possède vrai seigueur et propriétaire , » lui trausmet les tilres d'honneur et de dignité, et tous les droits et pré- » rogatives attachés aux domaines qui lui onl élé concédés. »
» duchés de Nemours, comtés de Dourdan et Ro- » morantin, et marquisats de Coucy etFolembray; » et ce, à titre de supplément d'apanage. » Les lettres-patentes de 1692 ajoutèrent encore le Palais-Royal à cette superbe légitime.
« Monsieur mourut à Saint-Cloud d'une attaque » d'apoplexie, le 9 juin 1701. Le roi était à Marly, » et personne ne doutait que les trois jours qui » restaient du voyage ne fussent extrêmement tris- » tes, lorsque, le lendemain de la mort de Monsieur, » des dames du palais, en entrant chez madame de » Maintenon, où le roi était avec madame la du- » chesse de Bourgogne, l'entendirent qui chantait » des prologues d'opéra. Le soir, le duc de Bour- » gogne demanda au duc de Montfort s'il voulait » jouer au brelan. « Au brelan! s'écria Montfort, y » songez-vous ? Monsieur est encore tout chaud ! » — Pardonnez-moi, répondit le prince; j'y songe » bien, mais le roi ne veut pas qu'on s'ennuie à » Marly... (1). La douleur de M. le duc de Char- » très, depuis régent de France, fut extrême : le » père et le fils s'aimaient tendrement.
» Le gros de la cour perdit en Monsieur: c'était
(1) On sent là rinfluence de madame de Maiutenon , qui ne pouvait pas soutfrir Monsieur , encore moins Madame (Charlotte de Bavière).
» lui qui y jetait les amuseinens, l'âme et les plai- » sirs; et, quand il la quittait, tout y semblait sans » vie et sans action. 11 était jaloux de l'ordre des » rangs et des préférences. 11 aimait le grand monde, » et avait une affabilité et une honnêteté qui lui v en attiraient beaucoup. Sa familiarité conservait » sa grandeur naturelle sans repousser , mais aussi • sans tenter les étourdis d'en abuser. 11 donnait » chez lui la plus entière liberté sans que le respect » en fût diminué. Il avait appris et bien retenu de la » reine sa mère l'art de tenir son rang. La foule était » toujours au Palais-Royal, à Saint-Cloud, où toute » sa nombreuse maison se rassemblait. Les plaisirs » étaient de toutes les sortes. Les jeux, la beauté » singulière du lieu, la musique, la bonne chère, » en faisaient une maison de délices, avec beau- » coup de grandeur et de magnificence, sans le » secours de Madame, qui passait toutes ses jour- » nées dans son cabinet, à considérer les por- » traits et autres tableaux des princes allemands, » dont elle l'avait fait tapisser, et à leur écrire des » volumes.
» Personne d'ailleurs ne fut plus faible que Mon- » sieur dans son intérieur, ni plus gouverné par » ses favoris. Du reste, Monsieur, qui avait beau-
» coup de valeur, avait gagné la bataille de Cas-
» sel (i). »
Il est vrai que ce prince, malgré la vie efféminée dont il faisait ses délices , se comporta dans cette bataille en capitaine et en soldat. C'était le ii avril 1677. H avait sous ses ordres les maréchaux de Luxembourg et d'Humières, et pour adversaire Guillaume , prince d'Orange. Monsieur chargea avec une valeur et une présence d'esprit admirables.
Le roi son frère parut jaloux de sa gloire. Il parla peu à Monsieur de sa victoire ; il n'alla pas même voir le champ de bataille, quoi qu'il se trouvât tout auprès. Quelques serviteurs de Monsieur, plus pénétrans que les autres, lui prédirent alors qu'il ne commanderait plus d'armée, et ils ne se trompèrent pas (2).
(1) Voltaire, siècle de Louis XIV.
(2) Mémoires de Saint-Simon.
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LE MEME
206 ler .
LE MÊME
206 qualer .
LE MEME
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LE MEME
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LE MEME
(Peint d'après un portrait qui est au Palais-Royal.)