‹ Le chateau d'eu notices historiquesChapitre 6 sur 76 · ROI V ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ROI V ANGLETERRE

Charles I, fils et successeur de Jacques I, né à Dumserlingle 19 novembre 1600; marié, en i6a5, à Henriette de France, fille de Henri IV.

Ce prince, à l'exemple du roi son père, accordait une confiance aveugle au duc de Buckingham, qui gouvernait l'Angleterre et son maître avec toute l'insolence d'un favori. C'était peu d'avoir fait déclarer la guerre à l'Espagne pour venger son amourpropre offensé : Buckingham , pour le même motif, entraîna Charles I à lui donner le commandement d'une flotte pour secourir La Rochelle contre Richelieu, qu'il haïssait personnellement, depuis que le ministre l'avait fait renvoyer de la cour de France pour avoir porté la présomption de ses vœux jusqu'à la reine Anne d'Autriche. Battu par Toiras dans l'île de Ré, forcé par Schomberg de lever le siège du fort Saint-Martin , il se

rembarqua après avoir perdu la moitié de ses troupes, et revint à Londres braver la colère du Parlement. Elle ne se fit pas attendre : le roi le défendit avec un zèle qui ne lui fut point favorable. Des protestations eurent lieu ; Charles cassa le Parlement, fit arrêter plusieurs de ses membres, et, après la mort de Buckingham, qui fut assassiné par un fanatique obscur, le roi ne changea pas de système, et il conserva toutes les créatures de son favori. Ce parti de flatteurs continua à lui répéter que le Parlement n'était rien , ou tout au plus un corps uniquement chargé d'enregistrer les volontés royales ; que les chartes n'étaient faites que pour les princes faibles qui n'avaient pas assez de fermeté pour gouverner par eux-mêmes; qu'il suffisait d'un acte du roi pour lever à son gré tous les subsides dont il aurait besoin; et, porté par caractère à goûter ces perfides conseils, Charles ne songea plus qu'à substituer le despotisme de ses caprices à l'autorité des lois, et commença avec les Parlemens cette lutte où il devait laisser sa couronne et sa tête. Non content d'ordonner des taxes illégales comme le Ship-Money, auquel résista courageusement Hampden, de dissoudre et de refaire des Parlemens pour les casser encore, il voulut

aussi régir tyranniquement les consciences. Jacques l r après avoir rétabli les évêques eu Écosse, méditait le projet de rendre l'église de cette partie du royaume uniforme avec l'église d'Angleterre, lorsqu'il fut surpris par la mort dans le cours de ses tentations. Charles I les reprit avec un fanatisme que favorisait surtout Laud, archevêque de Cantorbéry. H envoya en Ecosse la liturgie ordonnée en Angleterre sous Édouard VI, avec injonction de la faire lire dans toutes les églises d'Édimbourg. Cette lecture devint le signal des troubles les plus sérieux en Écosse. Le roi chargea le marquis d'Hamilton de ses pleins pouvoirs. Ce commissaire extraordinaire voulut casser l'assemblée presbytérienne convoquée à Glascow; mais elle refusa de se séparer, et elle leva une armée. Alors le roi donna ordre au général Conwây d'attaquer les Écossais; mais ceux-ci, commandés par Lesley, le battirent au passage de la Thym , s'emparèrent de Newcastle , et rirent publier une proclamation pour dire aux Anglais qu'ils ne s'étaient armés que pour la cause commune de la liberté religieuse. La nouvelle chambre des communes ne se montra pas moins que la précédente disposée à soutenir ses droits contre lesenvahissemensdu trône. Le comte

de Strafïord passait pour avoir toute la confiance du monarque, et pour l'encourager dans son penchant au pouvoir arbitraire et au papisme : accusé de haute trahison , ce ministre paya de sa tête l'irritation qu'il avait soulevée contre lui. Charles eut la faiblesse de signer lui-même sa condamnation. Depuis cette époque, son règne ne fut plus qu'une guerre entre la couronne et les Parlemens. D'un côté , on voulait briser la constitution du pays , et sacrifier la foi protestante à la foi catholique; de l'autre, on défendait les immunités publiques et la liberté de conscience. La guerre civile éclata, et deux camps se formèrent ; des émeutes s'organisèrent; des conspirations furent ourdies, des combats livrés : le roi, tantôt vainqueur, mais plus souvent vaincu, finit par perdre à Nazerbi , en i645, contre Fairfax, une bataille qui ruina son parti. Ce fut alors que « se rencontra cet homme » d'une profondeur d'esprit incroyable, capable de » tout entreprendre et de tout cacher, également >' actif et infatigable dans la paix et dans la guerre, » un de ces esprits remuans et audacieux, qui sem- » blent être nés pour changer le monde. » Cromwell (1), chef du parti des indépendans, ne se

(t) Voir sa notice.

bornait pas à demander ce dont paraissait se contenter le parti presbytérien , c'est-à-dire des garanlies pour les prérogatives du Parlement et l'aboli tion de Tépiscopat; il portait plus haut ses vues ambitieuses. A ce dessein, il avait tout fait pour gagner l'esprit des soldats ; et son courage , ses talens, son adresse, l'avaient rendu tout-puissant dans l'armée. C'est par elle qu'il gouvernait le Parlement; c'est par elle qu'il se fraya la route de l'usurpation. Dès qu'il vit le roi dans l'embarras , il songea à s'emparer de sa personne; il le fit enlever et transporter à Hamptoncourt, où il le retint prisonnier; mais Charles n'y resta pas long-temps, il se sauva à l'île de Whigt. La, abusé par de faux amis et de présomptueuses promesses, ce malheureux prince nourrissait encore l'espoir de ressaisir sa première puissance et de faire triompher ses premières résolutions ; mais il avait affaire à un ennemi terrible , implacable , qui marchait à son but d'un pas lent mais assuré. On avait flatté le roi que l'armée écossaise le soutiendrait et le rétablirait sur le trône: Cromwell battit cette armée, et envoya le colonel Ewers, avec quelques officiers, présenter a la chambre des communes une remontrance ainsi conçue : « Que le roi soit mis en jus-

» tice; qu'à un jour marqué le prince de Galles et » le duc d'York viennent se soumettre au Parle- » ment; sinon, ils seront déchus de tous droits » en Angleterre, et, comme traîtres, bannis du » royaume à perpétuité ; qu'à l'avenir personne ne » soit reconnu roi qu'il n'ait été élu par le Parle- » ment. »

Le Parlement, espérant gagner du temps, ajourna toute réponse à cette hardie remontrance. L'armée marche sur Londres; deux régimens s'emparent du palais de Westminster ; on arrête quarante-un membres de la chambre des communes, qu'on soupçonne opposés aux desseins de Cromwell; enfin, le a3 décembre 1648 , les autres membres de cette chambre nomment un comité de dix-huit personnes, choisies dans son sein , avec pleins pouvoirs de dresser l'acte d'accusation du roi, et votent, pour mieux assurer l'effet de leur jugement, « que, les com- » munes assemblées représentant le peuple , ce que » les communes déclarent être loi devient obliga- » toire pour toute la nation, sans le consentement » du roi ni des seigneurs. »

Ce vote ne faisait que trop pressentir la fatale sentence! Le procès commença le 20 janvier 1649. Charles, conduit devant le Parlement, présidé par

Bradshaw, y subit quatre interrogatoires, auxquels il répondit avec calme et dignité; mais il était condamné d'avance; l'arrêt de mort fut prononcé, et on lui accorda un délai de trois jours avant l'exécution. Ce fut alors que, par un noble dévouement, quatre lords qui avaient été ministres de Charles I, Richmond, Herforth , Lindsay et Southampton , se présentèrent devant la chambre des communes, et, d'après ce principe fondamental de la constitution anglaise j « le roi ne peut mal faire, » se déclarèrent seuls responsables , et offrirent leurs têtes pour préserver celle du roi. On repoussa cette offre généreuse : la seule grâce qu'on accorda à Charles fut de pouvoir embrasser une dernière fois la princesse Elisabeth et le duc de Glocester, les seuls de ses en fans qui fussent en Angleterre. 11 les bénit, et, après ces touchans adieux, il se disposa à mourir. L'échafaud avait été préparé sous les croisées de la grande salle du palais de White-Hall : deux bourreaux masqués l'y attendaient. C'était le 3o janvier 1 649 : il y marcha d'un pas ferme et assuré, et, s'adressant à ceux qui l'entouraient : « Ma voix , leur » dit-il , ne peut parvenir jusqu'à mon peuple; mais » je dois à Dieu et à ma patrie de protester devant » vous que j'ai vécu honnête homme, bon roi et

» vrai chrétien. » Un des exécuteurs trancha sa tête d'un seul coup ; l'autre la montra au peuple et cria : « C'est la tête d'un traître! » Les funérailles eurent lieu vingt jours après, et son cercueil, après avoir reste pendant deux jours exposé dans la chapelle de Windsor, fut descendu dans le caveau qui renfermait Henri VIII.

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