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AMELIE DE HESSE-CASSEL

Amélie de Hesse - Cassel , duchesse de La Trémouille et de Thouars, princesse de Tarente et de Talmand; fille de Guillaume V, landgrave de Hesse- Cassel, et d'Amélie-Élisabeth de Hanau-Muntzemberg; née vers 162 5; mariée, le i er mai 1648 , à Henri-Charles de La Trémouille, prince de Tarente et de Talmond, duc de Thouars, pair de France, chevalier de Tordre de la Jarretière, général de la cavalerie des États de Hollande, gouverneur de Bois-le-Duc, fils aîné de Henri, duc de la Trémouille et de Thouars, prince de Tarente et de Talmond, et de Marie de La Tour, sœur du vicomte de Turenne; morte à Francfort, le 2 3 février 1693, âgée de soixante-huit ans.

Voici son portrait tel qu'il a été tracé par ellemême :

a Puisque la suffisance d'un peintre dépend prin- » cipalement de bien faire ressembler un portrait à » son original, on ne saurait douter que ce ne soit » le but que je me propose , dans le dessein que j'ai » de faire ici le mien. Son ébauche vous appren- » dra qu'étant jeune je passais pour n'être ni fort » belle ni fort laide, et pour avoir plus d'agrément » que de beauté. J'avais les" yeux petits, un peu » penchans aux deux bouts, d'un beau bleu et as- » sez vifs; le nez fort laid ; la bouche petite, et les » lèvres fort rouges ; le teint beau ; le tour du vi- » sage entre le rond et l'ovale; le front trop grand; » les cheveux d'un blond châtain, fort déliés et as- » sez longs; et, pour la taille, je l'avais des plus bel- » les, soft en sa forme, soit en hauteur. Je n'étais » ni maigre ni grasse, mais ayant plus de penchant » vers la maigreur que vers l'embonpoint. Voilà » ce qui se peut dire du passé ; il faut le retoucher » pour en faire voir le changement. La taille, que » j'avais belle, s'est courbée par l'âge et par ma né- » gligence; mon teint, qui était blanc et délié, s'est » jauni par mes maladies; mes dents, qui étaient as- » sez blanches, se sont noircies; le blond de mes » cheveux s'est blanchi , et la petite-vérole a achevé » la laideur de mon nez. Une personne qui consul-

» terait plus soigneusement son miroir que je ne » fais le mien en dirait peut-être davantage. Il me » suffit que ce sont les principaux traits, et fort » fidèlement représentés, et il est temps de passer à » la description de choses plus esssentielles.

» J'ai l'esprit assez fort et pénétrant, mais peu » vif et sans aucun brillant; la mémoire si dimi- » nuée, qu'il ne m'en reste que pour me souvenir » du bien que l'on me fait. J'écris mieux que je » m'exprime , et je me sens exempte de beaucoup » de faiblesses qui sont comme naturelles aux » femmes. Je cède difficilement à la force, mais » volontiers à la raison. Je m'attache fort au solide, » je donne peu aux apparences; et, si ma santé ré- » pondait au reste, je me sentirais assez capable » des ménagemens qui me seraient commis. Ma » volonté va droit au bien, mes inclinations m'en » détournent quelquefois. Mes premiers mouve- » mens sont prompts et rudes, mais ils ne vont pas » loin; aussi partent-ils plutôt d'impatience que » de colère, à laquelle je ne me sens avoir nulle » pente : ce n'est pas que le ressentiment des in- » jures ne soit assez vif en moi; mais je le modère » par la crainte de faire du bruit sans effet, qui est » un procédé pour lequel j'ai beaucoup d'aversion.

» J'ai toujours craint plus que la mort de faire au- » cune tache à ma réputation , et mon humeur a » toujours été si éloignée de la galanterie, que je » n'ai jamais eu besoin de lacombattre : mais, quand » il en aurait été autrement, j'ai tellement fait un » capital d'être véritablement ce que je voulais pa- S ra?tre , que je n'aurais rien épargné pour par- » venir à ce but; et, en cela, ma physionomie n'a » pas démenti mes inclinations. J'ai pris peu de » soin à m'ajuster, et en mes habillemens j'ai tou- * «jours également plaint le temps et la dépense; » et je ne # me suis jamais regardée en mon miroir » qu'avec cette pensée que dans peu d'heures je dé- » ferais tout ce que je faisais : je me contentais que » mes habits fussent propres et modestes, et j'é- » tais bien aise qu'ils devançassent mon âge, plu- » tôt que d'en être devancés. J'ai moins aimé la » lecture que je ne fais présentement; et les livres » qui sont plus selon mon goût après ceux de dé- » votion , ce sont ceux qui règlent les mœurs par » les exemples et par les préceptes : la lecture des » romans m'a toujours été insupportable , parce » qu'ils n'apprennent que ce que je voulais ignorer.

» Je n'aime l'oisiveté ni en autrui ni en moi : l'une

» me donne du* dégoût, et l'autre du chagrin; et m. 21

» c'est ce qui m'a le plus portée au jeu; car ce que j'y » hasarde fait bien voir que je ne l'aime pas comme » jeu, mais comme un moyen qui m'ôte l'ennui de » ne rien faire.

» Je me plais fort en la compagnie de gens d'es- » prit, mais surtout de ceux qui s'attachent ai? bon » sens et à la raison ; toutes les finesses et les sub- » tilités qui s'en éloignent me sont de mauvais goût.

» Je n'ai nul savoir, et je ne sais que ce qu'on » ne peut ignorer sans honte.

» J'entends la raillerie assez pour ne me piquer » pas mal à propos de celles qui s'adressent à moi. » Je crains fort de me commettre, et condamne » l'humeur de ceux qui aiment à rompre en visière ; » néanmoins je la tolérerais si elle ne s'adressait » qu'à des personnesprésomptueuses, ennemies de » la correction et ignorantes de leurs défauts : ce » que je blâme si fort en autrui, qu'incessamment » j'y fais des réflexions, et ne vois jamais faillir per- » sonne que je ne me tâte, pour ne me croire pas » innocente des fautes dont je reconnais les autres » coupables , et pour éviter surtout l'erreur de ceux » qui attribuent à la vertu ce qui vient du vice, » n J y ayant rien où j'apporte tant de soin qu'à me » bien connaître.

» J'aime fort ma commodité, et peut-être trop » peu cgjle d' autrui ; les complimens et la contrainte, » ce* sont mes fléaux, et ne trouvent de place en » moi qu'aux dépens de mon amitié et de mon es- » time.

» Je me sens le naturel plus tendre que je ne le

» fais paraître, et surtout vers mes proches; mais

» j'avoue qu'il est moins étendu qu'il ne devrait

» être , et que ma charité s'arrête quelquefois où elle

» devrait passer.

» Je ne me sens pas sensible au mépris; mais cela

» peut venir de ce que je ne crois pas le mériter.

» Ceux qui me connaissent peu me croient glo-

9 » rieuse, parce que mon abord est froid et peu ca-

» ressant, et que ma réputation ne m'ôle rien de

» l'ambition que l'on me sait être naturelle; mais

» la* vérité est que je hais fort la sotte gloire.

» Je dis la même chose de la flatterie, et sens

» autant d'aversion pour elle que j'applaudis à la

» complaisance; et, si je suis quelquefois chiche

» de la mienne, c'est qu'elle ne s'excite que par un

» degré d'estime dont je trouve très-peu de per

» sonnes dignes; et en cela j'avoue que j'y suis

» trop délicate.

» Je hais la menterie comme un vice bas et de

• valet; mais je ne saurais dire si cette haine m'est » naturelle ou si elle me vient de I \ ducat ionjque j'ai » reçue d'un père qui nous en a toujours imprimé » Thorreur avec tous les soins imaginables; et cela » a pris de si fortes racines en moi, que j'aperçois » dans mes récits une affectation à exténuer plutôt » les choses qu'à les grossir, quand elles passent » pour assez extraordinaires.

» Je ne me sens point de pente à la médisance, » et je la souffre avec peine si sa délicatesse n'aide » à la faire digérer. J'ai toujours eu en moi une » extrême timidité, et sans elle j'aurais profité de » mille occasions que la posture où j'étais à la cour » me présentait à toutes heures pour l'avantage de , » ma maison et de ma personne.

» Mon humeur est franche; je ne retiens que ce » que ma prudence empêche de faire éclater; et une » chose que je souhaiterais avec plus de passion , ce » serait de trouver une personne également amie et » raisonnable, qui voulût établir avec moi ce corn- » merce de nous dire aussi librement nos mauvaises » qualités que les bonnes, et d'être assurée d'une » fidélité entière à ne nous en rien cacher; car » j'aime en mes amis de la vérité et non de la flat- » terie.

» Je garde mieux un secret qui m'est confié que • » les miens5>ro{Sres.

» Je donne ma confiance à qui me donne la sienne , » et que je sais capable d'en bien user.

*t » Je suis constante et ferme en ce que je promets , » et mes amis peuvent s'assurer que j'ai pour eux » 4a dernière fidélité, et que rien ne me touche plus » sénsjj)lement que le plaisir de les obliger. ô x*Je rends l'équité autant que je puis et qu'elle » m'est connue, et loue volontiers ceux qui en sont » dignes.

» Je ne suis point envieuse des grâces méritées, » mais j'en souffre avec peine l'injuste distribution.

» Je supporte facilement les fautes de mes domes- » tiques quand elles ne procèdent ni d'infidélité » ni de défaut d'affection; je les demande doux et » aimant la correction, et qu'ils attendent de moi » leur récompense, quand même je n'en serais ja- » mais sollicitée par eux.

» Je fais un jugement assez juste de l'humeur et » de la portée d'esprit de ceux avec lesquels j'ai » quelque commerce, et je pourrais assez facile- » ment séparer le bien du mal, et me servir utile- » ment de l'un et me garantir des effets de l'autre.

» Je ne suis ni méfiante, ni soupçonneuse, ni

» bizarre, ni moqueuse, mais assez curieuse et dé- » pite; mon humeur est égale et sans emportement, *' » ayant plus de penchant vers la gaîté que vers la » tristesse : aussi étais-je née fort saine et d'un bon » tempérament; mais divers déplaisirs et le soin de » beaucoup d'affaires ont prévalu sur l'un e^ sur » l'autre, et m'ont rendue sujette à beaucoup d'iîi- » commodités. ^

» J'apporte une extrême application à tout ce » que je fais, et je m'y donne tout entière.

» Je ne m'éloignerais pas du faste et de la dé- » pense, pourvu qu'ils eussent des fondemens so- » lides, sans quoi je les improuve totalement.

» Je ne me sens pas libérale au point que beau- » coup le sont, mais je ne suis pas aussi dans une » avarice choquante.

» Mon intérêt ne me fera jamais rien faire contre » mon honneur et ma conscience; mais, cela à part , » je le cherche où je puis et n'y épargne rien.

» J'oublie facilement les offenses qui me sont » faites quand je les sais suivies d'un véritable re- » pentir. L'ingratitude est celle qui s'efface le plus » difficilement de ma mémoire : aussi est-ce un vice » bas, et qui ne peut loger que dans des âmes exl rè- » mement lâches, et dont on ne voit que p< u ( c

» personnes se repentir : mais ce qui nie choque le » plus, c'est quand il arrive que mes bonnes inten- » tions sont mal interprétées et que je reçois des » Rennoches d'où j'aurais à attendre des remercî* » mems.*

» La passion où j'ai le plus de pente est celle de » Pambition : néanmoins j'y mets autant que je »$peu]é cette borne, de ne la pousser que par de » bons et légitimes moyens, et je puis assurer » qu'elle ne se termine point en ma personne, et » que son objet principal est la maison où je suis » entrée.

» Quant à ce qui est de la piété, je m'y trouve * fort défaillante; mais néanmoins avec des senti- » mens fort épurés pour le service de Dieu et une » résolution ferme de les préférer à tous les avan- » tages de la terre. »

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