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CARDINAL— INFANT

Ferdinand d'Autriche, cardinal-infant d'Espagne, archevêque de Tolède, gouverneur des Pays-Bas espagnols, fils de Philippe III, roi d'Espagne, et de Marie Marguerite d'Autriche, naquit le iômai 1609.

Le cardinal-infant se distingua tour à tour par l'habileté des négociations et par l'éclat des armes. Il était en Italie lorsqu'il apprit la mort du célèbre Walstein, assassiné à Égra, le i5 février iG34- H voulut observer l'effet que cet événement inattendu produirait en Allemagne, où les Suédois continuaient à remporter des avantages. Dans cet intervalle, il fit venir à Crémone la princesse Marguerite, douairière de Mantoue, sœur du duc de Savoie, et, peu après, la fit passer en Espagne, où elle fut

nommée vice-reine de Portugal (i). Il parvint aussi à détacher du parti du duc de Savoie, le prince Thomas, son frère, qui se donna au roi d'Espagne, et se rendit en Flandre pour y servir ce monarque. Enfin, lorsqu'il se fut composé une armée considérable avec les troupes qu'il avait levées lant à Naplesque dans le Milanais, il passa dans le Tyrol, entra en Allemagne, s'empara de Ratisbonne, et força les Suédois à évacuer la Bavière. À la prière du roi de Hongrie, il se rendit à Nordlingen. C'est là que se livra, le 7 septembre i634 , cette grande bataille où les Suédois, réunis aux Wurtembergeois, sous les ordres du duc de Weimaret du maréchal Horn , furent complètement battus par les Impériaux, commandés par le cardinal-infant.

Horn fut fait prisonnier. « Le cardinal-infant fut » si ravi de l'avoir entre ses mains, que, dès qu'il » sut qu'il était pris, il témoigna désirer le voir; » mais , quand il eut contenté sa curiosité, soit que

(1) Jubery, qui a écrit la vie du cardinal de Richelieu, prétend qu'à celte époque ce ministre trama les intrigues qui préparèrent le trône de Portugal à la maison de de Bragahce, donnant pour instructions aux Portugais « que, s'ils voulaient se mettre en état de chasser les Espagnols de

• leur pays et même de toute l'Espagne, S. M. les assisterait puissamment

• de ses armes, sans néanmoins prendre part aux conquêtes; consentant

• dès lors qu'elles fussent tout entières pour celui qu'ils éliraient pour roi;

• et que, si le duc de Bragancey voulait entendre, S. M. l'aurait pour

• Ires-agréable. •

» son aspect lui causât l'étonnement que fait d'or- » dinaire le regard d'un ennemi formidable, soit » que sa colère et sa haine se renflam massent de » nouveau , il ne voulut pas souffrir qu'il s'appro- » chat de lui pour le saluer. La première action fut » un effet de la grandeur de sa naissance, la seconde » un effet de l'orgueil de sa nation.... Le pape fit » faire des feux de joie de cette victoire, deux jours » durant, dans Rome. Mais ce qui est le plus étrange » est que la reine-mère en fit faire à Bruxelles dans » sa maison; en quoi Monsieur, qui était lors dans » cette ville, ne l'imita pas (i). » Après cette bataille, le cardinal-infant poursuivit sa marche par le comté de Nassau, Cologne, Louvain et Bruxelles, où il arriva quelques jours après le départ de Gaston.

L'année suivante, le cardinal-infant s'étant ligué avec le prince d'Orange et le duc Charles de Lorraine, Louis XI II mit sur pied une armée pour faire la guerre à la maison d'Autriche. Le maréchal de Châtillon gagna la bataille d'Avaine; mais, les ennemis ayant reçu de nouveaux renforts, l'armée française crut prudent de se retirer. Le cardinal-in-

(1) Mémoires de Richelieu, tome vin. Ed. Petitot. Voir aussi les relations de la bataille de Nordlingen par le maréchal Horn ci par le marquis de Bassompierre. (Mémoires de Montuésor.)

fant fit alors quitter le siège de Liège à Piccolomini et à Jean de Wert, les appela à lui, et vint avec une puissante armée assiéger La Capelle, ville de Picardie. 11 publia en même temps un manifeste, par lequel il déclarait qu'il ne poserait point les armes , que la reine-mère {Marie de Médicis) ne fût contente. Le sieur de Vardes, gouverneur de La Capelle, se rendit le septième jour. Cette reddition fut bientôt suivie de la prise de Corbie. Cette nouvelle répandit la consternation dans Paris, et Richelieu lui-même trembla. Il voulait quitter le ministère , et il en aurait fait la folie, dit Siri, sans le père Joseph, qui le rassura. Par le conseil du capucin , il se promena sans gardes dans les rues de Paris, flatta le peuple qui murmurait contre lui, plaisanta de ses craintes, et affecta l'air et le ton d'un homme sûr de trouver des ressources et d'obtenir des succès (i). Cependant les Parisiens, qui croyaient déjà voir Jean de Wert à leurs portes, prirent la fuite en grand nombre, et emmenèrent au-delà de la Loire leurs femmes, leurs enfans et leurs meubles les plus précieux. Le roi fut obligé, pour les rassurer, de quitter Saint-Germain et de s'établir au château de Madrid, d'où il allait et veto Aubery.

nait à Paris. « S. M. envoya à toutes les compagnies » du Parlement, chambre des comptes, cour des » aides, grand-conseil, trésoriers de France, et aux » sept corps des marchands et artisans de Paris, » pour leur demander à chacune d'elles l'assis- « tance que de leur franche volonté ils voudraient » contribuer pour aider à S. M. à lever et sou- » doyer les gens de guerre dont elle avait besoin. » A. quoi la plupart d'elles satisfirent franchement; » et particulièrement les sept corps de métiers , » qui allèrent dès le lendemain trouver le roi , et » lui firent offre de leurs personnes et de leurs » biens avec une si grande gaîté et affection , que » la plupart d'eux lui embrassaient et baisaient » les genoux.... Dans cette audience ce fut le syndic » des cordonniers qui témoigna le plus de zèle : » Louis XIÏ1 l'embrassa (i). »

Le courage renaît; on s'arme, on s'enrôle; une armée nombreuse sort des murs de la capitale, le roi en donne le commandement à Gaston, duc d'Orléans, son frère, et au comte de Soissons, et se rend de sa personne à Amiens , où il établit son

(1) Mémoires de Richelieu , tome ix. Le livre xxvn renferme toutes les ordonnances qui Turent rendues soit pour les levées d'hommes, soit pour les levées d'impôts.

quartier-général. Le cardinal-infant fut alors à portée de reconnaître la faute qu'il avait faite, de ne point marcher sur Paris le jour même de la prise de Corbie; et, n'osant lutter contre l'armée du roi, il repassa la Somme et abandonna sa conquête.

Ferdinand d'Autriche mourut le 2 3 novembre 1 641. « Sa maladie, dit mademoiselle de Montpen- » sier (1), n'avait point paru fort dangereuse; elle » ne l'avait pas empêché d'être toute la campagne » à l'armée. Néanmoins, quand il fut retourné à » Bruxelles, il y mourut en fort peu de jours; ce » qui a fait accuser les Espagnols de l'avoir em- » poisonné, dans la crainte qu'ils eurent qu'il ne se » rendît maître de la Flandre par une alliance avec » la France : tel était véritablement son dessein. » La reine m'a dit qu'elle avait trouvé dans la casw sette du roi, après sa mort, des mémoires, où » elle avait vu que mon mariage était résolu avec » ce prince. Quand cette perte arriva , le roi dit fort » rudement à la reine : Votre frère est mort.... C'é- » tait un prince de mérite, fort bien fait de taille, n quoique petit; autant beau de visage que l'on » peut l'être , et parfaitement honnête homme. »

(1) Voir ses Mémoires, tome 1.

LEOPOLD-GUILL AUME ,

ARCHIDUC D'AUTRICHE , GOUVERNEUR DES PAYS-BAS (l).

Léopold-Guillaume, archiduc d'Autriche, fils de Ferdinand II, empereur d'Allemagne, roi de Bohème et de Hongrie, et d'Anne de Bavière, né en 1 6 1 4 , fut évêque de Passau , d'Olmùtz et de Breslau ,

(1) Ce portrait se trouve dans les œuvres de Vandyck , avec ces vers pour inscription;:

« S'al gran genio real scoperse il cielo , » GH arcani intutti d'ell' eccelsasfera • Oggi la terra emulatrice altéra, » Toglie ad ignote meraviglia il uclo. »

On lit aussi ces mots au bas de la gravure :

« Francisgus Pétris Lotharinces sculpebat 1659. »

Malgré ces indices et de nouveltes recherches, on n'était point parvenu à découvrir quel était ce personnage, lorsqu'une autre gravure de ce portrait, où se trouve son nom, a fait connaître que c'était l'archiduc Léopold- Guillaume.

maître de Tordre Teu tonique, abbé de iMorbach et

gouverneur des Pays-Bas.

On lit sous un ancien portrait de ce prince :

« Le bruit de son renom remplit toute la terre ; » Nos plus fameux guerriers admirent ses beaux faits, » Et, quoique sa valeur ne prêche que la guerre, » L'intérêt du public lui fait chercher la paix. >

Cette épigraphe porte l'empreinte de l'adulation , qui ne résiste pas au plaisir d'encenser les grands de la terre. Léopold-Guillaume avait sans doute d'honorables qualités; il montra du talent et du courage, dans la guerre de trente ans, à la tête des armées autrichiennes contre les Français et les Suédois réunis; mais cette gloire, qui avait rempli toute la terre, pâlit, en 1648, dans les plaines de Lens, devant l'épée du grand Condé, qui défit complètement l'archiduc.

En 1649, les frondeurs appelèrent ce prince a leur secours; il s'avança avec une forte armée jusqu'au-delà de Reims (1); mais, instruit que le Parlement avait fait sa paix avec la cour, qui était alors à Saint-Germain, et que les généraux de la Fronde traitaient aussi avec la régente, il crut prudent de

(1) Lire à ce sujet, dans les journaux de la Fronde, « le Courrier » Estranger, contenant la lettre de créance que l'archiduc Léopold a en- • voyée à Messieurs du Parlement de Paris, du vingtième février 1649. »

se retirer. 11 se jeta sur Ypres et sur Saint- Venant, dont il s'empara, et fit lever le siège de Cambrai au comte d'Harcourt. De retour dans les Pays-Bas, il les gouverna avec sagesse et bonté jusqu'en i656, époque où il fut rappelé par l'empereur, à cause de la perte qu'avait faite ce monarque de son fils aîné, qui avait été élu roi des Romains, et dont la mort rendait incertaine l'occupation du trône germanique après Ferdinand. Il fut remplacé Dar don Juan d'Autriche.

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