‹ Le chateau d'eu notices historiquesChapitre 9 sur 76 · B CÉSAR DUC DE VENDOME · texte numérisé non relu

B CÉSAR DUC DE VENDOME

César, duc de Vendôme, d'Étampes, de Mercœur, deBeaufortetde Penthièvre,fils naturel de Henri IV et de Gabriel d'Estrées, duchesse de fieaufort; né au château de Coucy en i5o,4, légitimé par lettrespatentes du mois de janvier 1 5o,5 ; épousa à Fontainebleau, au mois de juillet 1609, Françoise de Lorraine, fille unique et héritière de Philippe-Emmanuel de Lorraine , duc de Mercœur, et de Marie de Luxembourg.

On sait que Gabrielle d'Estrées aimait à entourer ses enfans d'un faste royal , comme si elle eût voulu accoutumer la nation à vofr en eux ceux qui devaient être un jour ses maîtres. Elle demanda donc au roi la permission de faire baptiser son fils aîné César avec la magnificence usitée dans les baptêmes des enfans de France. « J'ai le cœur trop tendre,

» dit Henri IV, pour refuser une courtoisie aux » larmes et aux supplications de ce que j'aime. » Et la cérémonie se fit avec l'appareil le plus pompeux , malgré la résistance du sévère Sully, qui refusa de payer les frais de baptême. C'est alors que Gabrielle , se précipitant aux pieds de son royal amant, s'écria : a J'aime mieux mourir que de vivre avec cette ver- » gogne que de voir soutenir un valet contre moi » qui porte le titre de maîtresse. » Henri, blessé de cet emportement, lui répondit : « Madame, je vous d déclare que, si j'était réduit en cette nécessité de » perdre l'un ou l'autre , je me passerais mieux de » dix maîtresses comme vous que d'un serviteur » comme lui. » Ce triomphe de l'amitié sur l'amour fut de courte durée, et les larmes de Gabrielle ne tardèrent pas à lui rendre le cœur du roi.

Dans la levée de boucliers que firent les princes en 161 4 contre Marie de Médicis, ou plutôt contre le maréchal d'Ancre, César Vendôme prit place parmi les confédérés. Il était gouverneur de la Bretagne, et, persuadé que 1 on ne viendrait pas l'attaquer dans son gouvernement, il refusa de signer le traité de Sainte-Menehould , qui devait mettre fin à cette petite guerre civile. La reine y mena son fils à la téte d'une armée, et Vendôme reconnut

l'autorité de son maftre. Mais il ne tarda pas à rentrer dans le parti et dans les intrigues du prince de Condé; et, lors de l'arrestation de ce prince, en 1616, il n'échappa au même sort que parce qu'il était convenu avec Mayenne , Condé , Guise et Bouillon , de ne jamais se trouver ensemble au Louvre : il sortit précipitamment de Paris.

Le frère de ce prince, le chevalier de Vendôme , grand-prieur de France, haïssait personnellement le cardinal de Richelieu. 11 accepta avec plaisir, en 1626, la proposition qui lui futfaitepar les partisans de Gaston d'entrer dans la conspiration formée contre le ministre. Il détermina également César à leur promettre son appui. Sur ces entrefaites, Louis XIII annonce le dessein d'aller passer l'été à Blois. Le grand-prieur suit la cour, flatté de l'espérance qu'on lui donne qu'après quelques arrangemens il aura l'amirauté qu'il désirait : il se laisse si bien persuader, qu'il conseille au duc son frère de quitter la Bretagne et de venir à Blois, où le roi désirait le voir. César ne partageait pas la sécurité du grand-prieur; il se souvenait de Guise, et redoutait le séjour de Blois. Louis, instruit de ces sollicitudes , dit au chevalier de Vendôme : « Je vous » donne ma parole qu'il peut me venir trouver, et

» qu'il n'aura non plus de mal que vous. » Sur cette parole, dont il aurait rougi pour le roi de deviner l'équivoque, le duc arrive; et en effet le sort des deux frères fut égal : ils furent arrêtés tous deux le i er juin, et conduits au château d'Amboise. On exigea de ces princes des aveux sur la conspiration tramée, disait-on, contre la couronne et les jours du roi. Le grand-prieur s'y refusa et mourut dans les fers. Le duc de Vendôme fut rendu à la liberté, mais dépouillé de ses gouvernemens.

Richelieu ne pardonnait pas aisément à ceux qui avaient menacé sa puissance; aussi sa vengeance, qui, une première fois, n'avait pu le débarrasser du duc de Vendôme, chercha-t-elle plus tard le moyen d'y réussir. Ce prince vivait tranquille au fond d'une terre avec sa famille, lorsqu'en 1640, après l'odieuse procédure du duc de La Valette, on essaya d'intenter contre lui une semblable accusation. Il offrit d'abord d'aller se justifier lui-même; le roi le prit au mot; César n'avait point encore oublié la bonne foi de Louis XIII et les cachots de Blois; il aima mieux s'exiler; il se sauva en Angleterre. A cette nouvelle , le roi dit : « Je m'avise d'un » expédient , c'est de retenir le procès criminel de » M. de Vendôme à ma personne, et d'en suspendre

» le jugement définitif : selon qu'il se conduira, » j'aurai des bontés envers lui et je lui pardonne- » rai. » Le duc n'osa revenir en France qu'après la mort de Richelieu. Il ne resta pas étranger aux cabales qui agitèrent la cour; mais enfin, las de soutenir contre la puissance royale des combats qui leur avaient été toujours funestes, le duc et la duchesse de Vendôme recherchèrent Mazarin , et concertèrent, en 1649, le mariage du duc de Mercœur, leur fils aîné , avec une Mancini , nièce du cardinal , qui devait apporter en dot l'amirauté, que la régente retenait toujours en dépôt depuis la mort de Brézé, beau-frère de Condé (1).

Après cette union , il resta fidèle au parti de la cour. Ce fut lui qui, en i653, rétablit la paix dans la Guienne; qui, en i654, représenta le duc de Normandie au sacre de Louis XIV; qui, en i655, mit en fuite l'armée navale d'Espagne, près de Barcelone.

(1) Le duc de Beaufort était très-opposé à ce mariage. On trouve de lui dans les pièces de la Fronde une lettre , vraie ou supposée , dans laquelle il s'exprime ainsi : « Que dira la France, que dira toute l 'Europe , lorsqu'elle > saura que le petit-fils d'un des plus grands rois de la terre a épousé la

• nièce d'un faquin qui a chanté sur le Pont-Neuf? Fallait-il mépriser une » princesse de la maison de Guise , illustre par ses vertus et par sa nais- » sance, en lui préférant uneguenuche d'Italie, dont le père n'a pu autre-

• fois avoir un emploi plus honorable que d'être vendeur d'allumettes? »

11 mourut à Paris, dans son hôtel, le 22 octobre i655. Son corps fut porté à Vendôme, où il fut enterré dans l'église des Pères de l'Oratoire.

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