‹ Le Château de Bagatelle, 1715-1908 d'après les documents inédits des Archives nationales, des Archives de la Seine et des mémoires manuscrits ou imprimésChapitre 47 sur 146 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

LES A:MIS de madame de MONCONSEIL ET SES ENFANTS

L'ordro do Bag-atello. — Mme l;i marôchnle do l.uxond)()ur<;'. — Ses impudoui's. — Un coiiplotdo M. (\c Ti-ossaii. — Elloôtahlil la tyrannio do la modo ol du bon Ion. — Mmo la oomlosso d'Egmont. — La roino dos folos. — \'ers do Hulhiôro. — Portrait de Mmo la comLosso d'Eg-mont, par Iloraco Walpole.

— Une impudique estampe. — Mort do Mme la comtesse (FEo-mout. — Mme de Poligiiac. — Mme dv lîlot. — Son portrait. — Lord Chostorfield veut la « décrotter ». — Sa pudeur et sa grâce. — Mmo do Prie. — Mme de Baye. — (lécilo- Margiierite-Séraphino do Monconsoil. — Elle éjiousc Joanl'rôdéric de la Tour du Pin. — Sa présentation à la cour. — Elle met au monde une fille qui épouse le comte de Lameth et mot au monde un fils. — Adélaïdo-Eélicité-Ilenriette de Monconsoil.— Lettre do lord Chesterfiold à Mme de Monconsoil.

— Adélaïde de Monconsoil épouse le })rinco (riléniu, — Elle se sépare de son mari. — Une rente de cS.OOO livres. — Elle est radiée de la liste des émigrés. — Son j)ortrait par Mme la vicomtesse do Noailles. — Bagatelle au prince d'Hénin. — - Mort du mar(piis de Monconsoil. — - Douil do la marquise. — Le ministère do la guorro lui fait une pension. — Lettre au marquis de Ségur. — Moii do ^hllo do Monconseil. — Une odo de >L Dudéré do Laborde.

Avant d'en lerniin(M* avec Mmo do Monconseil, il est séant de dire ici quelques mots do son intimité et do ses enfants, car les uns et les autres habitèrent Bagatelle et assistèrent comme spectateurs et comme acteurs aux réjouissances que nous avons précédemment décrites.

Mais dans quel état moral était la société à cette époque ? On peut dire que, depuis les Gaulois jusqu'à la lin du xviii*^' siècle, le génie français oscilla entre le sentiment et l'esprit critique comme entre deux pôles ; le sentiment, c'est les croisades, l'art religieux du moven •âge, la poésie amoureuse et chevaleresque, c'est Dugues-

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clin cl .I(N'nni(' d Arc. I/csprit criti(juc, c'est 1 iioiilcpic Louis XI, il \'.i (le la reforme ciiicliciiiHî à la jicriaiss;mc(^ naturaliste du xvi'" siècle et arrive ;i ra])og"ée avec Montaigne. Puis, au xvii' siècle, c'est rapparilion su- ])linie de la raison pure, celle déesse qui commanda en maître à la (in du xix'' siècle. C'est Spinoza, qui seul a pénétré dims le domaine de l'idée religieuses et c(dui de l'idée politique. Mais chez nous elle n'aboutit alors pas plus que le mouvement de Leibniz n'a abouti ; et le génie français est arrêté.

(( Déjà, Lesprit critique a sonné la charge avec le grand sceptique Bayle ; ce n'est pas assez; il faut une doctrine, le sensualisme en a une à l'étranger, en Angleterre, une doctrine métaphysique mêlée accidentellement à une doctrine de réforme politique ; on ira chercher le sensualisme en An^-leterre, comme au xvi^' siècle on est allé chercher le protestantisme en Allemagne : mais cette fois avec un succès plus vaste et plus profond ^ »

En etfet, la société y est toute préparée, et le sensualisme pratique a précédé le sensualisme philosophique. La licence déchaînée contre la dévotion et contre la rigidité de Louis XIY, et l'hypocrisie de la religion naîtra, et la religion elle-même sera attachée comme une servante au sensualisme.

Mais si nous pouvons aujourd'hui juger cette époque, la société ne remarquait pas le changement de ses idées, de ses mœurs, de ses lettres et de ses arts. Après le désordre effréné de la régence, la licence paraît être calmée et réglée. La licence orgiaque a fait place à la volupté ralïinée. Au lieu du délire des sens, c'est un sensualisme élégant, bien élevé, parfois subtil et raisonneur. On vit dehors ; l'esprit est fin, vif, léger, et les fortes saillies ne se retrouvent plus que dans les libelles. La conversation étincelle, charmeuse et entraînante, étonne remarque plus en France que le langage, le goût, les manières, la distinction. On ne s'occupe plus que de l'art de plaire. Mais cet art a fait naître le persiflage et le

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