I. IUmiim Martin. Histoire de France, t. XV, p
LES AMIS DE MADAME DE MOiNCUNSElL 'Jo
suprême é^oïsme, celui qui avoue sou mépris pour les liens privés, la famille et ramitié. Grasset a parfaitement représenté ce type nouveau ' :
La parenté m'excède, et ces liens, ces chaînes,
Des g-ens dont on parlaj^e ou les torts ou les peines.
Tout cela, préiug"és, misères du vieux temps!
C'est pour le peu{)le, enfin, que sont faits les parents.
chacun n'est que pour soi.
Mais ce qui domine c'est le tourbillon d'inliiq-ues g-alantes qui emporte tout : dans les réunions, les m;iris et les femmes formeront deux camps et ne peuvent paraître ensemble sans trahir Vincogn'ilo qui en fait l'attrait. Le nuuû jaloux devient l'ennemi public, car le ridicule le frappe et non plus le mari trompé.
Toute une morale nouvelle est créée : on se marie pour avoir un héritier de son nom ; puis on devient libre et chacun cherche ailleurs d'autres eng-ag-ements. La bonne compagnie raille l'amour d'un mari et d'une femme. C'est là le préjugé à la mode que ce Nivelle de la Chaussée sut attaquer dans une de ses premières pièces. Mais le génie lui manqua. On peut encore citer un autre fait remarquable de Tépoque : c'est Ihabitude qui s introduisit rapidement de stipuler, dans les contrats de mariage, que la femme ne serait pas tenue d'aller habiter les terres de son mari -.
Toutes les personnes qui fréquentaient Mme de Monconseil et sa petite maison de Bagatelle avaient ces idées. On a déjà vu par les fêtes qui furent données à Bagatelle et par les lettres de lord Ghesterfield, que l'esprit élégant, intrigant dominait, car les liaisons de galanterie étaient nouées et dénouées par les sens, par la vanité, par les agréments les plus superficiels de l'esprit, par les intérêts et les convenances ; d'Argenson. le ministre observateur, le remarque et le note :
« L amour est une faculté dont nous nous dépouillons chaque jour faute d'exercice, tandis que l'esprit s'aiguise et s'alîile. Nous devenons des êtres tout superficiels... ;
l. Œu\ Tes de Grcssel. le Mi'clnmt.
'2. Wùr Lcmoutée. T. fl. p. l'TT.
94 iiisroiiu: bi (;ii\ii;ai I)I, I'.ac ai i;i,i,i-:
mais, j)ai- rcxlinclioiMlcs racullt's (jui (IimIyciiI du cfriii-. ce royaume périi-a. je If pi-i'-dis. On na j)lus fl-niiis : ou n'aime j)Ius sa mailrcssc ; comment aimerait-on s;» pairie?... Les hommes perdent chacjue jour dit cette* Ixdle partie de nous-mêmes que; l'on nomme ];i sensibilité. L'anu)Uî', le besoin (raimer disparaissent (ie la terre;... Les calculs de Lintérèt absorbent aujourd'Iiui tc)us les instants: tout est voué au commerce; elintrif^ue... Le l'eu intérieur s'éteint, faute d'aliment. La paralvsie î^aLrne; le cœur... C'est en suivant les gradations de l'amour d'il y a trente ans à celui d'aujourd'hui, e[ue je prophétise son extinction prochaine. «
Tels étaient les sentiments et lesprit des habitués ele la maison de Bag-atelle de 1748 à 1770.
On prétend, du reste, qu'on y avait gardé l'Ordre de l^agatelle, puisque la mode était alors de créer des ordres fantaisistes elont les membres portaient une petite décoration et des insig-nes particuliers'. Seuls les intimes de la maison pouvaient aspirer à en faire partie. La maréchale de Luxembourg^ la marquise de Monconseil, la princesse d'IIénin, la comtesse d'Egmont, lille du meiréchal de Richelieu, furent du nombre et jouaient sur le petit théâtre élu lieu, théâtre pour lequel les poètes galants composaient des divertissements et des ballets et recevaient en récompense le titre de membre de l'Ordre.
Ce renseignement que nous avons pris dans un article de M. Mar- nous a paru intéressant par le nom des personnes qui y sont citées ; mais nous devons dire aussi que nous n'avons pu le contrôler nulle part, et nous ne le donnons que comme curieuse indication".
Il est cependant certain qu'un petit nombre de personnes avaient l'honneur de former l'intimité de Mme de Monconseil : c'étaient Mme la maréchale de Luxembourg, Mlle de Gharolaisj Mme la comtesse d'Egmont ; Mmes ele Polignac et de Blot ; Mlles de Baye, ses nièces ;
i. Ia* XVIII" siècle eut, en outre : l'ordre de l'Abeille, créé par la duchesse du Maine ; le fameux ordre de la Calotte ; celui de l'Allumette, en Bourjio^ne ; Tordre de l'Aloyau ; l'ordre de la Carafe ; l'ordre des Altérés; la confrérie de rAraijiiiéc. etc.
i. IhiUelin de lu Société histori.([ue d'Aiiteuil et de Pussy.