LES JARDINS DU COAITK D ARTOIS
Blaikio. — La clôture du pai'c. — Les inai'('lu''S (rciilielicn. — lu apport (le nouvelles terres. — La loui^ueui' des travaux. — Un vol. — Description des jardins anglais. — Le jardin à la française. — On dég-age l'entrée. — Agrandissements du parc.
Tandis que les bâtiments s'achevaient, le célèbre jardinier paysa*^'iste Thomas Hlaikie s'occupait activement des jjirdins de Hai^*atelle pour en faire un modèle du g-enre anglais.
En même temps, on clôturait le parc, on semait les parties de i^azon ' en face du pavillon de Bagatelle et on faisait les marchés d'entretiens.
Le rapport de 1780 s'exprime ainsi :
La clôture du parc est un o-bjet de 21-. 000 livres et qu'il est de toute nécessité d'entamer cette année pour la sûreté des meubles du pavillon et pour la conservation de tous arbres, arbustes et plantes du parc contre les daims, les chevreuils, et les lapins qui détruisent tout ce qui y est planté.
La partie de gazon que Ton demande à semer en l'ace du pavillon est un objet de 400 livres, y compris le labour. Ce petit accessoire, (jui est d'un très grand avantage pour la vue du pavillon, n'est pas d'une dépense assez considérable pour être reportée au printemps prochain.
Les marchés d'entretien ne peuvent être faits et signés avant que les entrepreneurs désignés à cet ell'et ne soient approuvés de Monseigneur et choisis par M. le surintendant, suivant le tableau qui lui a été présenté il y a trois mois.
1. On comnianilail au\ sieurs Pcrricrs de la Pompe do Chaillot. un grand et un petit rouleau pour les .nazons. celte nièiue année 1780. niovennaal <« l'iO livres en\iron l'un dans l'autre- ». Arch. nat. 1{' iîT'J.
132 iiis'ioiiu: 1)1 ciiAiiiAi: di: \',\(.vi\aaa:
(Cependant les Icrrcs du Jia^atcdh; do MiihmIc; Moncoiiseil n'étaient pas sulïisantes pour que I^laikie, aidé de son fidèle Kotter', pût faire vallonner les t(;rraiiis de la propriété. On demanda donc à M. le prince de O^iiti de. prendre dans la plaine qui lui appartenait^ les teri'es franches nécessaires. Le j)rince de (]onti donna l'autorisation sous condition que Ton ensemençât ses terrains de foin.
Le transport de ces terres coûta 11.7:^() livres, 7 sols.
Ainsi aidé par Kotter et par Journet, le pépiniériste, Blaikie, qui touchait L800 livres par an, entreprit de creuser les rivières, les étants, de bâtir les maisons rusti(|ues et damonceler les rochers ayant sous ses ordres, parfois vingt, parfois soixante ouvriers !
Les travaux de la rivière ne furent commencés cependant que le 15 mars 1781, après une lettre et un rapport du 20 février. Trente ouvriers se mirent à 1 ouvrag-e.
L'hiver, on avait dû suspendre les travaux tant le froid avait été vif ; cependant on avait travaillé au grand rocher et aux grottes, pour que dès la belle saison la rivière pût passer dessous -K De même on prit encore 230 toises de bonne terre au prince de Gonti pour élever les bords de l'étang.
Dès que vint la belle saison, on ensemença les gazons '\ Blaikie demanda quarante-cinq ouvriers qui lui furent accordés, et les fleurs, les plantes, les arbustes et les arbres mêlèrent leurs couleurs variées dans toutes les parties du parc.
A ce moment, le fils du pépiniériste Journet profita de l'encombrement et du désordre des choses pour voler des arbustes qu'il transporta à Louveciennes. où il habitait. 11 fallut les prières de Journet père, brave homme et
1. KoLlei* était ktj^é et chaulîé à Bagatelle. Il coûta au conUc crArtuis du 2 mars 1778 au 22 juin 1782 : 2.91)6 livres, 10 sols, 8 deniers. Arcli. nat, 11' 309, rej^istre, page 6o.
2. C'est la plaine qui s'étend entre Bagatelle et la Seine, et que Ton nonnnc aujourd'hui j)laine d'KnIraînenient.
o. I-.ctlre du 22 jau\ier 1781.
4. Gontier, marchand de graines « au bourg la Reine », fournit pour ll.fiOl li\rcs de graines. (Voir une pièce du 9 avril 1789.) Arch. nat. R' 379.
LES JARDINS DU r.OMTR D ARTOIS 133
estimé, pour arracher le fils Journet des mains des hommes de police.
En vérité, les travaux durèrent jusqu'en d783. A ce moment seulement, la rivière, la terrasse, les maçonneries et les rocailles nécessaires furent terminées, et le tout s'éleva à la somme de 14.520 livres'.
Refaire hi description des jardins de Bag-atelle, qui fut si bien faite par M. Robert Henard -, serait chose superllue \ Nous nous contenterons d'en donner ici quelques extraits :
On accédait par l'avenue des Acacias, alors avenue de Lon<]^champ. 1/enlrée d'honneur, qui n'a fait que chang-er d'attrihulioii. aU'eclait un air rustique. Le chalet du portier, dit maison hollandaise, s'élevait sur le bord d'une demi-lune, tracée dans le l)ois de Boulogne même, et un taillis, « où Ton avait laissé à dessein le temps et la végétation accomplir leur OHivre », dérobait aux yeux la vue des jardins. Quand on avait parcouru le sentier qui contournait cet épais fourré, on rencontrait la route de pourtour a qui conduisait d'abord, sur la droite, à un pavillon » « dans le genre de ceux que se font les Indiens pour se mettre à l'abri des bétes féroces », belvédère du haut duquel on apercevait la colline et le village de Puteaux ; après avoir longé un temple consacré au dieu Pan, le a rocher d'où sort la source », et un obélisque égyptien supporté par des tortues de bronze placées sous les angles du piédestal, cette allée, toujours parallèle à la lisière de la propriété, se dirigeait à gauche, traversait deux fois une rivière, rencontrait une cabane dite « de Vllermilte », s'agrémentait d'un banc àa roche, d'un buste de Lucullus. et gagnait enlin une petite porte contiguë aux parterres d'un jardin français.
(( Le rocher d'où sort la source'' » se dressait dominant un
l. Uiipi)()rl (lu i(i juin ITS:}.
i. l{()l)erl Ilciiard. les jardins de Bagalelle. la (irnndo Renie lu mai 1907.
;}. On cultivait à Bagatelle des melons et des concombres si beaux quOn envoyait des hommes de Versailles en chercher exprès pour les dîners du Roi et de la Reine. Arch. nat. Il' 340.
\. Réparation du grand rocher au-dcvanl de l'entrée de la grode du réservoir recevant les eaux venant de la pompe de l'hermitage. Le rétablissement d'une partie du cours de la rivière pour empêcher la liltration des eaux ([ui détruisent actuellement le dexant de la porte d'entrée, en meulière, chaux et ciment ordinaire de 18" d'épaisseur.
Le rétablissement du ruisseau eu cailloutis conduisant les eaux dans