‹ Le Château de Bagatelle, 1715-1908 d'après les documents inédits des Archives nationales, des Archives de la Seine et des mémoires manuscrits ou imprimésChapitre 69 sur 146 · Arch. nat. R · texte numérisé non relu

Arch. nat. R

LES JARDINS Di' r,o:siTr: d'artois 137

romtc fl'Arlois la satisfaction qu'il demande, mais voulant aussi qu'il soit ineessammentprocédé aux ouvrages nécessaires pour porter les dites routes et carrefours à leur perfection tant par essartement. bombement etconstruction de fontceaux pour servir à l'écoulement des eaux, le tout suivant les prix iixés par dill'érents ari'cts du conseil pour les ouvrages de pal'eille nature...

En 1782, le comte d'Artois obtint l'autorisation do faire enclore enseni])le ]!)() arpents nouveaux.

Telle est Torij^-ine du parc splendide qui entouie encore aujourdliui le cliàteau de Hjig-alelle sur lequel le comte d'Artois fit g-raver la devise si connue :

Parva socl ajjfa.

GHAPITUK X

DÉCORATION INTÉRIKCRE DU BATIMENT KT FÊTES DONNÉES PAR LE COMTE I) ARTOIS

Ln frlo (rinau*>n ration retardée. — Cependant elle est donnée. — Émerveillemenl des invités. — Desciùplion de Tintérieur du pavillon. — Les ai'liste,s ([ui y contribuèrent. — Jacob, Heaulard, Rode, Denizot, Gonthières, L'IIuillier, Dusseaux, Hubert Hoberl. — Un opéra joué par la Reine. — La Reine silllée |)ar le Roi. — Les écuries et la cave. — Une colère du comte d' Artois. — Le baron de Montyon, gentilhomme de la chaml)re. — La bibliolliè(}ue du comte d'Artois. — Quatre seigneurs polonais attendris. — La comtesse d'Artois à Ragatelle. — Ses j)laisirs de la musi((ue et de la toilette. — Fête en l'honneur du comte et de la comtesse du Nord. — Improm{)tu du comte d'Artois. — Fêtes en 1782. — Un grand dîner. — Réi)arations aux jardins, aux bâtiments et aux tableaux. — Un boudoir amusant. — Le comte d'Artois émigré. — Vers de l'abbé Delille.

Ainsi, M. le comte d'Artois avait <i;'agné son pari.

La Heine, encore tout heureuse des premières années de son règne, insouciante et légère, voulait inaugurer avec le Roi la nouvelle résidence de son beau-frère.

Le benjamin de la famille, dit M. Gaston Maugras, (( était étourdi, élégant^ joli garçon ; il possédait tous les goûts et tous les travers des jeunes gens de son temps ; mais sa conduite légère et peu mesurée le rendait fort compromettant ; il commettait sottise sur sottise ; c'est lui qui, pendant longtemps, se chargea d'organiser les plaisirs de sa belle-sci^ur, et il le fit avec si peu de mesure et de tact qu il en résulta mille mauvîiis propos' ».

a Tout était prêt, dit M. Gh. Yriarte - ; et Marie-An-

1. Le duc lie Lnuziin et lu cour de Marie-.\nloinelle. p. 4" -\ lievue de /\i/-/.s. 1" jiiilK'l l'IUiJ. p. li>.

MO nis'Ktii'.i; Di: cfiai kac di: \;Ar..\\\:\A.\:

loliu'lto allait venir, quand le. hori Lassono, le médecin de. Louis X\'('l(l(î Louis XVI, très dévoué k ses maîtres (il qui savait L-^i Reine très soullVante, représenta au IU)i (|U(î Sa Majesté faisait de visibles elï'orts pour ne point manquer à sa promesse et qu'elle pouvait le payer cher. La partie lut remise; nuiis, au jour convenu, un courrier d(; \ ienne annonça la mort de l'empereur, père de la Ueine, et la cour dut })rendre le deuil. »

Cependant la fête d'inauj^uration fut donnée, et ce fut un émerveillement pour les invités.

Si vous voulez, nous allons pénétrer avec eux dans la propriété et en admirer les richesses :

Deux enceintes cachaient le château. C'était grand et élég-ant.

A peine entré dans le parc, la courbe d'une allée dérobait les promeneurs aux reg-ards. Après avoir traversé un massif ombreux, une prairie se présente parsemée çà et là de bouquets de bois. Vers le milieu de la pelouse se creuse une pièce d'eau aux al^ords découpés comme une coquille marine. Au centre une ile qu'ombragent quelques saules pleureurs; à droite, un peu plus loin, un kiosque^ au sommet d'un labyrinthe. Au pied s'élève une voûte sombre en arceau gothique, d^où une source s'échappe et forme une rivière qui est traversée par un pont.

Après des parterres et une cour d'honneur, on arrive au château composé d'un rez-de-chaussée précédé d'un attique.

Ce rez-de-chaussée renfermait un vestibule, une salle à manger, un billard, un salon et un boudoir orné dans le goût de l'époque. Puis un escalier en acajou, coupé avec une légèreté incro} able et suspendu sur lui-même, conduit au premier étage où se trouvent plusieurs chambres à coucher qui ont un air de famille avec les délicieux boudoirs des Trianons ; celle du maître du logis montre une décoration toute militaire.

C'est à la collaboration de Nau et de Bailly qu'était

1. C't''(ail, un kioscjuc cjne la ville avait fait construiro sur la plaine des Sablons; mais, l'ayant donné au comte d'Artois, celui-ci le lit transporter à Baj;atelle,

DÉCORATION DU tîATlMKNT ET FI>TES 111

due cette chambre à coucher, l^lle représentait une riche tente de campement militaire, avec son lit à fers de lances, son plafond à g-ros plis retenus par les foudres de Mars, et sur les murs drapés, c'étaient des boucliers, des panoplies, des attributs g-uerriers.

La cheminée avait pour jambages deux couleuvrines en cuivre ciselé posées sur leur culasse et portant un riche entablement à frises de symboles militaires. Les chenets avaient la forme de boulets et de bombes ; la pendule ' dessinée par Helang-er et exécutée par Lepaute - fig-urait un trophée d'armes antiques ; les bras de lumière : des instruments de musique g-uerrière. C était une allusion à la chargée de g-rand maître d'artillerie dont fut investi le duc d'Ang-ouléme, aujourd'hui comte dWrtois.

Mais on revenait involontairement au salon circulaire en coupole où le meuble était en gros drap de Hollande, vert anglais comme celui des boudoirs. « Les sièg-es, paravents et écrans étaient en velours d'Italie; les housses, en talfetas d Italie vert, s'harmonisaient avec les tons légers des stucs relevés d'or. C'est le fameux Jacob ((ui fournissait le meuble élégant ; Beaulard faisait le courant ; liode la sculpture sur bois. Denizot, l'ébéniste du gardemeuble avait entrepris le salon de jeu. Tout ce qui était rideaux, tentures et garnitures était exécuté par Nau, une célébrité en faveur à Trianon, et Baillv avait fourni toutes les étotîes"'. »

Toute la ciselure d'art, bronze, cuivre, sous ses dilFérentes formes, portaient le chiffre, non du comte d'Artois^ mais de Marie-Antoinette.

Les cheminées sont restées célèbres par la gravure. Toutes les dix étaient dues à Gouthières et à ses meilleurs élèves.

(( LTIuillier'^ avait entrepris l'ensemble des sculptures décoratives, et Dusseaux avait assumé toute la décoration

1. Celle clioniinée existe oiicorc. mais elle a rlé déplacc'e. l^Uc csl actuellement au même élaiie à l'autre an^le du pavillon.

2. Ia^s autres pendules turent aussi dessinées par Helanyer cl exécutées par Lepaute.

o. lievue de Paris, 1" juillet l!)0:;.

4. Il habitait rue du Faubourj^-Saint-Denis. Kn 178S, on trouve son adresse rue du Faubouri;-Sainl-Marlin.

\ il iiisroiiU'; 1)1 (iiiAïKAi i)i; iîaca i i;f,i.i-:

peinte : c'est ii lui (ju'oii doit les pcinluics (!<■ la coupole, les pjuiiieaux dv,s> portes, les (( caniées »^ les Noces de Psjjchc, les Qu/((Irir/cs^\v,s Jrii.r d'cnfan/s, loute une sôiic d'arabesques dans le ^oût des l^erain et des Watteau. Les portes des boudoirs des deux éta«^es lui avaient aussi été eonliées; il avait semé sur les panneaux de petites compositions : le Temple des (/races, la Jinlfjneuse soulenne par des naïades, V Amour quêteur dér/uise en pèlerin, le tout trt^s g-alant et approprié au caractère des pièces.

« C'est à Hubert Robert, peintre du Roi, l'un des i^ardes du muséum et dessinateur des jardins de Sa Majesté, que Bélanger avait confié les six panneaux qui ornaient les parois du petit boudoir, à gauche du salon circulaire : Callet le portraitiste otïiciel de Louis XVI s'était chargé de décorer celui qui fait pendant. Dès 1784, ces panneaux dont chaque sujet avait été payé cinq cents livres à l'artiste, étaient déjà détériorés par l'humidité : nous trouvons de ce chef une dépense de cinq cents livres pour la restauration \ »

Mais aujourd'hui, c'est jour de fête, et tous les détails en ont été réglés par la Reine, à laquelle la fête est dédiée-.

On s'est décidé à jouer un opéra. La troupe se composait de la Reine, de Mmes Jules et Diane de Polignac% de Mgr le comte d'Artois, de MM. Dillon, de BesenvaP, d'Adhémar% de Coigny et de Vaudreuil.

On devait jouer Rose et Colas, le charmant opéracomique de Sedaine (1719-1797). La reine Marie-Antoinette avait pris l'emploi de soubrette ; Mmes de Polignac ceux d'ingénue et de grande coquette ;

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